Eoliennes à 1000 mètres c'est mieux que 500 mais moins bien que 1500

Le Sénat a voté un amendement portant la distance minimale entre les habitations et les éoliennes géantes à 1000 mètres contre 500 mètres actuellement. Bravo !

http://www.senat.fr/enseance/2014-2015/264/Amdt_335.html

La volonté des politiques et des entreprises du secteur d’installer à marche forcée des éoliennes en France les conduit à négliger les riverains, à limiter les informations, à favoriser les intérêts particuliers (cf le rapport du service central de lutte contre la corruption http://www.justice.gouv.fr/publication/scpc_rapport2013.pdf, page 119 et suivantes).

Il ne s’agit pas d’être contre les éoliennes, mais contre l’instauration d’un risque de santé publique au prix de la transition énergétique.

De plus en plus de riverains  (dans le monde entier)  se plaignent de symptômes qu’ils attribuent à la proximité des éoliennes. Ces plaintes sont le plus souvent écartées par les mouvements écologistes qui les reçoivent comme insincères,  provoquées par  une opposition archaïque à la transition énergétique, ou bien sincères certes, mais d’origine psychologique (donc sans importance ?). Ils  ne s’appuient sur aucune preuve scientifique car faute de volonté et de financement les études sont rares, à charge ou à décharge il faut le souligner.

Pourtant dès 2006 l’OMS a jugé prudent de définir une distance minimale éolienne-habitation de 1500 mètres. Cette même distance a été retenue par l’Académie de Médecine en France. Le gouvernement Sarkozy-Fillon a décidé que ce serait  500 mètres. Sur quelle base scientifique ce choix avait-il  été fait ?  Essentiellement sur un rapport fourni par l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail), saisine 2006/005, intitulé « impact sanitaire du bruit généré par les éoliennes », repris par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)

https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/AP2006et0005Ra.pdf

Quel crédit accorder à ce rapport ? 

La méthode de travail a consisté à « interroger de nombreux professionnels du secteur éolien »  mais ceux-ci  ont redirigé la demande vers leur syndicat, le SER (Syndicat des Energies Renouvelables), chargé lui-même d’interroger les professionnels adhérents et de centraliser leurs réponses (peu nombreuses au demeurant). Ont été  fournies des mesures  concernant les longueurs d’ondes audibles (comme indiqué dans le titre du rapport), données « à titre d’exemple », sans valeur statistique et sans précision sur les conditions de mesure.

Le ressenti  des riverains figure peu  dans l’enquête. Recueilli via les DDASS, il a été essentiellement  ramené au nombre de plaintes. L’étude  des infrasons, par  définition inaudibles, n’a pas été développée  bien que leur  impact mérite une étude approfondie.

Dans la conclusion émise on peut lire : « au vu de ces éléments, l’énoncé à titre permanent d’une distance minimale d’implantation de 1500 mètres vis-à-vis des habitations, même limitée à des éoliennes de plus de 2.5 MW, ne semble pas pertinent. Les avantages de la généralisation d’une telle distance, simple à mettre en œuvre, doivent être mis en balance avec le frein au développement qu’elle constitue ».

En d’autres termes dans l’arbitrage principe de précaution sanitaire/développement des éoliennes, notre agence de « Sécurité Sanitaire » choisissait clairement.

Il faut préciser que depuis 2006 la hauteur des éoliennes a souvent doublé et leur puissance quadruplé. Il ne faut pas confondre un "rapport" parfois plus politique que scientifique et une étude scientifique. On manque ici cruellement de travaux menés par des experts indépendants, et de résultats publiés dans des revues internationales à comité éditorial irréprochable.

Il eût mieux valu, certes,  faute de mieux, que le Sénat choisisse de tenir compte des recommandations de l'OMS et de l'Académie de Médecine et fixe à 1500 mètres la distance minimale éolienne -habitation mais 1000 mètres manifeste déjà un effort louable de s'intéresser aux riverains. N'est-ce pas le meilleur moyen d'amener les opposants à reconsidérer leur point de vue ?

 

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