Le renard bientôt à nouveau condamné

La procédure conduisant au classement du renard comme "animal susceptible d'occasionner des dégâts" est en route. En 2019 et pour une période de trois ans il sera exterminé tous les jours de l'année, sans répit. Le ministère de la transition écologique, sur l'avis des préfets, eux-mêmes poussés par les chasseurs, promulguera l'arrêté assassin.

Dans quelques mois, le renard va être déclaré nuisible, ou plutôt "susceptible d'occasionner des dégâts" selon la nouvelle appellation.

Mais lui, le beau goupil n'y verra pas de différence, il sera poursuivi, piégé, gazé, mutilé. Comme avant.

Malgré le travail acharné de quelques associations de protection de la nature qui auront produit des kilomètres de dossiers scientifiques irréfutables, qui se seront battus becs et ongles afin de montrer l'utilité de l'animal pour l'agriculture et pour la santé publique, le renard sera déclaré nuisible comme toujours depuis la nuit des temps.

Parce que depuis la nuit des temps, les chasseurs haïssent le renard.

Et depuis le nuit des temps les puissants laissent faire.

De nos jours, nos gouvernants laissent faire une procédure inique qui fait que les chasseurs et les piégeurs sont juges et bourreaux.

Il faut être précis et arrêter d'être naïf: tous les trois ans, les chasseurs et les piégeurs font le tour des amis, éleveurs, agriculteurs, familles et alliés et "constatent" les dégâts soit-disant occasionnés par les renards (mais aussi par les fouines, corneilles noires...). Ils établissent des déclarations de dégâts, bases de la procédure qui conduit au classement de ces animaux en espèces "susceptibles d'occasionner des dégâts".

Ces déclarations ne sont jamais contrôlées ni par un organisme d'état (DDT ou DDTM), ni par aucune ONG à laquelle l'accès à ces documents, qui sont pourtant des documents administratifs par usage, est systématiquement refusé.

On imagine (et parfois on observe à l'occasion de rares fuites) les dérives qu'impliquent l'entière latitude qui est laissée aux chasseurs et aux piégeurs. Sans barrières, tout est permis: des centaines de volailles croquées de façon récurrentes dans des élevages pourtant industriels, des poules pondeuses dont le prix se trouve estimé à plus de 25 euros pièce alors qu'une poule pondeuse, dès qu'elle a plus de six mois est vouée à la réforme et n'a plus qu'une valeur symbolique de un ou deux euros, des pertes régulières déclarées par des élevages de gibiers, par ailleurs clients des fédérations de chasseurs...etc

La procédure est scandaleuse, le procédé est grossier.

Chaque année, la compilation des dégâts imputés au renard atteint pour chaque département un montant d'environ 15 000 euros, pas trop pour ne pas réveiller l'attention de l'administration, mais suffisant pour déclencher le classement automatique parce des 10 000 euros requis officieusement par les préfectures.

 

Tout cela est bien rodé, les chasseurs et les piégeurs "chargent la barque", l'administration ferme les yeux et le renard subit...

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