La chasse au renard est une aberration (6/6)

Le renard est pourchassé en France tout au long de l'année. Il est tiré, piégé, déterré et même parfois de nuit! On lui reproche de pulluler, de propager des maladies, de piller des élevages. Tout est prétexte pour l'exterminer. En réalité, le renard est utile à l'agriculture, à l'écologie et à la santé publique.

Le statut d'animal "susceptible d'occasionner des dégâts"

Le renard fait partie, avec neuf autres dont la belette, la fouine et la pie bavarde, des animaux pouvant être classés parmi les "nuisibles" maintenant dénommés "susceptibles d'occasionner des dégâts". A ce titre, chaque année jusqu'en 2012 puis tous les trois ans et peut-être bientôt tous les six ans, les préfets classent cet animal dans cette catégorie qui permet leur extermination tout au long de l'année et par (presque) tous les moyens.

La procédure pour parvenir à ce classement mérite qu'on s'y attarde.

Les fédérations départementales des chasseurs collectent des fiches rendant compte des dégâts causés par l'animal auprès des victimes: éleveurs et particuliers. Ces fiches-dégâts sont signées par le déclarant et contre-signées par une personne assermentée qui peut être un garde-chasse ou un piégeur agréé, par exemple. Elles peuvent être remplies par le piégeur lui-même puis visées par la victime. Ces fiches sont ensuite confiées à la Direction Départementale des Territoires (DDT) locale qui ne contrôle ni la véracité des déclarations, ni même leur vraisemblance.

On a vu en Moselle la déclaration d'une perte de 350 agneaux sur un an, chez un unique éleveur, prétendument due aux renards. C'est à croire que l'éleveur avait perdu la clé pour fermer la porte de son exploitation!

La DDT réalise une synthèse des déclarations et la fournit aux membres de la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS). La CDCFS en formation "nuisibles" se réunit donc tous les trois ans (peut-être bientôt tous les six ans), elle est constituée de huit membres sous la présidence du préfet. Parmi ces huit membres, on compte un représentant des chasseurs, un des piégeurs, un des louvetiers (avec voix consultative), un membre de l'ONCFS (avec voix consultative), un représentant des intérêts agricoles, deux personnalités du monde scientifique et technique et un représentant d'une association de protection de la nature (APN). C'est cette commission qui délibère et...finalement déclare le renard "susceptible d'occasionner des dégâts"- sauf lorsque, comme en Savoie en 2015, les chasseurs ayant "oubliés le dossier à la maison", le préfet se voit obligé, à son corps défendant, de surseoir à ce classement.

Un des motifs suivants suffit pour le classement:

- dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publique

- pour assurer la protection de la flore et de la faune

- pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles

- pour prévenir les dommages importants à d'autres formes de propriété.

Le critère retenu pour le classement du renard est toujours le troisième de la liste en arguant, de plus, d'une abondance de l'espèce.

Quelques remarques s'imposent:

Les fiches faisant état de dégâts peuvent être exagérées, voire farfelues puisque jamais contrôlées par un organisme indépendant et jamais rendues publiques. Les APN ne pouvant que très difficilement y avoir accès. Elles sont établies sous le contrôle (voire à la demande) des chasseurs.

Les membres de la CDCFS sont pour la plupart favorables au monde de la chasse. Le seul représentant des APN ne peut influer sur les décisions qui vont toujours dans le sens de la destruction des espèces.

Les préfets, dans leur immense majorité, ne s'opposent jamais aux souhaits des chasseurs, que se soit pour classer un animal "nuisible", pour le tirer de nuit ou le déterrer vivant. C'est à croire qu'ils n'ont pas conscience de l'état dramatique de la nature en France.

On peut donc, dans la France du XXI ième siècle, condamner sans jugement équitable un animal utile à être exterminé pour le plaisir sadique d'une minorité influente. 

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