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Billet de blog 25 juillet 2014

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Pardonnez-nous si vous le pouvez

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Parmi les fleurs et les peluches déposées par les habitants de Moscou devant l’ambassade des Pays-Bas, après la destruction du vol MH17 de Malaysian Airlines, on pouvait lire le message suivant :  Forgive our president and our government for what they are doing. Forgive us if you can . Pardonnez à notre président et à notre gouvernement pour ce qu’ils font. Pardonnez-nous si vous le pouvez.

Une semaine après la destruction en vol du Boeing 777, une centaine de corps gît toujours dans les champs du Donbass. Le site du crash, le respect dû aux victimes et à leurs familles ont été profanés de toutes les manières possibles. On a pu voir un soudard aboyer des consignes et des menaces aux observateurs de l’OSCE contraints d’arriver à pied sur les lieux. Les correspondants de presse ont largement rendu compte des miliciens ivres et agressifs, du site du crash ouvert au tourisme local et au pillage. Les débris et les corps ont été déplacés, emportés, le cockpit a été coupé en deux au chalumeau, sans qu’on sache pourquoi. La Russie a allumé des contre-feux incohérents les uns avec les autres, multipliant les rumeurs complotistes : attentat contre Poutine, chasseur, …. Selon l’ineffable Strelkov, citoyen russe, chef militaire des séparatistes, les corps trouvés sur place n’étaient pas frais ; il voulait dire qu’il s’agissait des corps des passagers de la précédente catastrophe de Malaysian Airlines.

Tout cela ne semble guère avoir ému le Président de la République Française, qui a déclaré essentiellement trois choses. D’abord, qu’il n’y avait pas de français parmi les victimes (ce qui l’aurait certainement obligé à s’engager d’une toute autre manière), et qu’il fallait se garder de toute conclusion prématurée. Ensuite, dès le mardi, d’une manière particulièrement indécente, alors que les corps attendaient encore dans des wagons frigorifiques, et que le moment était au deuil international, il a fait savoir publiquement que sa préoccupation principale restait la livraison des Mistrals à la Russie. David Cameron ayant déclaré cette livraison impensable, il est revenu au second couteau Cambadélis, qui n’a pas de responsabilités officielles, d’engager la polémique avec les Britanniques. L’UMP et le PS, qui n’ont de cesse de s’étriper, étaient pour une fois unanimes, comme l’a fait savoir Xavier Bertrand.

Au-delà des procès en hypocrisie, il y a bien deux positions qui s’affrontent. D’un côté le dogme de l’intangibilité des contrats d’armement, de l’autre l’idée exprimée par Cameron qu’il faut se préparer à faire des sacrifices pour ne pas devoir en faire de plus grands par la suite. A partir de mars, plusieurs pays européens, Allemagne, Royaume-Uni, Belgique, Finlande,  ont entrepris de réduire les exportations d’armes vers la Russie, de son côté la France apparaît comme le chef de file du parti de ceux (Italie, Espagne…) qui ne veulent rien savoir, et surtout ne rien changer à leur commerce.

Il paraît en effet que le montant du marché des Mistrals (1,2 milliards d’euros) et l’enjeu de l’emploi interdisent de reconsidérer en quoi que ce soit la livraison de ces bâtiments à la Russie. Le montant du contrat tétanise ce gouvernement qui pourtant ne cesse de dévoiler aux Français des trous gigantesques que les contribuables devront combler sans jamais savoir qui les a creusés. On vient  par exemple d’apprendre non seulement que le réseau ferroviaire français est dans un état de délabrement inquiétant, mais qu’en plus RFF, responsable de son entretien, a une dette de 44 milliards d’euros.

Pour ce qui est de l’emploi, selon Joël Cadoret, secrétaire de la CGT, premier syndicat du chantier naval STX de Saint-Nazaire, 300 salariés (sur 2000 salariés et 4000 sous-traitants) risqueraient le chômage partiel si on renonçait à construire le deuxième Mistral. L’industrie de l’armement reçoit chaque année pas loin de 40 milliards d’euros de subventions, et il n’y aurait pas d’alternative pour trouver quelques centaines d’emplois ? Comment peut-on prétendre qu’il est impossible de renoncer à vendre des armes, alors qu’elles sont financées par les contribuables ?

Hollandais, Malaisiens, Australiens, Britanniques, Canadiens, Ukrainiens, pardonnez notre président et notre gouvernement, pardonnez-nous si vous le pouvez.

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