Entre espoirs et inquiétude

Nous avons vécu dans l'amertume, pendant trente ans, les défaites et les piètres scores des écologistes, enfermés, semblait-il, dans une marginalité dont tout laissait présager qu'ils ne sortiraient jamais. Retour sur une soirée qui nous redonne un peu d'espoir.

Pour nous qui considérons que l'érosion de la biodiversité  et la pollution de l'environnement devraient être des sujets majeurs de préoccupation,  le deuxième tour des élections municipales a été une divine surprise, même s'il faut rester prudent sur l'interprétation des résultats du fait de la très forte abstention.

Nous sommes nés dans les années soixante, au milieu des Trente Glorieuses et nous avons commencé à militer au début de la décennie 90, certains plus, d'autres moins, dans différentes structures, pour promouvoir un modèle de société plus respectueux de la nature et moins énergivore. Nous avons jeté dans la bataille toutes nos forces, toute la fougue de notre jeunesse. Le monde allait changer. Cela ne faisait pas de doute. Nos peines recevraient leur récompense.

Ce beau scénario ne s'est malheureusement pas réalisé. C'a même été tout le contraire. Nous avons, au fil des décennies, enchaîné les déconvenues électorales, avec une régularité qui forçait l'admiration. Nos valeurs ne parvenaient pas à s'imposer dans le débat public. Pire encore, elles prêtaient le flanc à toute sorte de caricatures stupides et primaires ("Vous voulez qu'on revienne à la bougie avec vos énergies renouvelables", " L'écologie, c'est le retour à l'âge des cavernes"). Nous étions condamnés la plupart du temps, pour exister sur le plan politique, à jouer les faire-valoir d'un parti socialiste, alors dominant, qui nous traitaient en alliés de circonstance qu'on peut aisément museler et bafouer. De sorte que nous avons fini par nous convaincre que nous appartenions à une génération de vaincus dépités de voir tous les jours dans les politiques menées par les gouvernements en place un cinglant désaveu de leurs idéaux.

Et voilà que tout à coup un éclair vert zébrait en tonnant le ciel serein. Des villes de première importance comme Bordeaux, Lyon, Tours, Poitiers, Besançon, Strasbourg, tombaient, au soir des élections, les unes après les autres, dans l'escarcelle des écologistes (alliés souvent aux formations de gauche et aux organisations citoyennes (preuve , s'il en est, que l'union permet seule de conquérir le pouvoir).

Tant de victoires, et si belles, et si inespérées, nous ont bien entendu donné envie de reprendre un combat que nous avions abandonné en rase campagne par lassitude autant que par dégoût. Mais nous voulons garder la tête froide. L'expérience nous a enseigné que rien n'est gagné d'avance. Les socialistes ont remporté les élection en 1981. Leur succès a soulevé d'immenses espoirs. Ils les ont en partie déçus en reniant peu à peu les valeurs fondatrices de leur parti et en se convertissant sans complexe à un libéralisme sans foi, ni loi.

La promesse des lendemains qui chantent est un chemin bordé de précipices où l'on a tôt fait de choir. Ne nous voilons pas la face à l'heure d'un succès qui aiguise singulièrement les appétits. Le risque est grand aujourd'hui que certains leaders du parti écologiste n'affadissent ou ne dévoient le projet initial du mouvement, par intérêt, par calcul, par opportunisme. C'est à nous, citoyens vigilants et mobilisés, d'empêcher que ces idéaux de solidarité et préservation de l'environnement ne se pervertissent dans les mains des "politiques".

Les élus, est-il besoin de le rappeler, ne doivent pas utiliser une cause pour servir leurs ambitions, mais mettre toutes leurs ambitions à servir une cause.

 

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