Macron, Darmanin et la Palestine : nous accusons !

Nous reproduisons ici avec leur aimable autorisation un texte publié dans l'Humanité.fr, disponible au lien suivant : https://www.humanite.fr/macron-darmanin-et-la-palestine-nous-accusons-707767

Macron, Darmanin et la Palestine : nous accusons !

 Nous reproduisons ici avec leur aimable autorisation un texte publié dans l'Humanité.fr, disponible au lien suivant : https://www.humanite.fr/macron-darmanin-et-la-palestine-nous-accusons-707767

Il est allé à Alger, y a fait son numéro de charme et s’est fendu d’une formule fort opportune : « Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité » (14 février 2017). Une fois élu à la magistrature suprême, il s’est mis à prendre aux pauvres (baisse des aides personnalisées au logement) et aux moins pauvres (hausse de la CSG) pour donner davantage aux plus riches (réforme de l’impôt sur la fortune). C’est bien là l’un des fondements du colonialisme. Deux ans plus tard, toujours sous sa présidence, pendant que sa police et sa justice martyrisaient sa population comme jamais depuis la fin de la « guerre d’Algérie », la chambre française de commerce et d’industrie inaugurait une délégation en territoire colonisé par le Maroc « ami » (Dakhla, 1er mars 2019). Encore près de deux années plus tard, au moment où était examiné et adopté son projet néocolonial dit « loi sur le séparatisme », son parti politique LREM ouvrait également une antenne à Dakhla (8 Avril 2021). Il faut dire que le rapport remis quelques semaines plus tôt (20 janvier 2021) par l’historien macronisé et, plus spécifiquement les digressions orientales sur l’insuffisance et donc l’inutilité des excuses[1], avaient suffi à leur donner bonne conscience.

Aussi, lorsque des élus et des personnalités de la société civile, l’ont interpellé (11 mai 2021)[2] pour qu’il agisse en faveur des droits légitimes des Palestiniens, nous nous sommes dit qu’il aurait été préférable d’adresser la lettre ouverte au père Noël. Sans surprise aucune, Emmanuel Macron a réagi deux jours plus tard (13 mai) pour condamner le Hamas « et d’autres groupes terroristes », et s’inquiéter de la « sécurité d’Israël ». Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, a décidé d’interdire la manifestation parisienne en soutien au peuple palestinien, prévue pour le samedi 15 mai.

Malheureusement, cela fait déjà longtemps que les présidents et gouvernements français successifs, au mépris manifeste de l’histoire, des conditions de la création de l’État d’Israël ainsi que des résolutions de l’ONU (et donc des droits humains qu’ils prétendent soutenir) ne font que reproduire la propagande d’un gouvernement d’extrême-droite. La confusion entretenue sciemment entre antisionisme et antisémitisme jette constamment de l’huile sur le feu, en criminalisant les manifestations de soutien au peuple palestinien et provoquant eux-mêmes les rares incidents qu’ils prétendent prévenir. Ne suffit-il pas de constater que samedi 15 mai, toutes les manifestations autorisées en France se sont déroulées dans le calme ?

Mais que peut-on attendre en vérité d’un président et de son gouvernement qui ont fait l’objet en mai 2019, d’une si importante accusation (trop peu relayée par une presse aux ordres), signée par de si nombreux intellectuels et universitaires « respectables » (et exerçant en France)[3] ?

 

Quant à nous, nous savons que la colonisation est fille de duperie ; elle s’est toujours présentée comme une œuvre civilisatrice, et l’ingérence s’est bien souvent drapée sous les mots de la démocratie. Nous savons aussi, en dépit de la grande propagande de certains gouvernants « donneurs de leçons », qu’un État qui commet des crimes d’apartheid ne peut être démocratique. Aussi tant que durera le joug colonial[4], nous sommes et serons avec la Palestine.

 

Nous accusons le président Emmanuel Macron et son gouvernement de s’être positionnés comme complices, de fait, du colonialisme. Nous accusons le président Macron, son ministre Darmanin et leur sous-fifre le préfet Lallement de sciemment tenter de provoquer des troubles pour mieux les réprimer. Nous accusons le gouvernement de répercuter dans ce qu’ils nomment bien mal « les territoires perdus de la République » les crimes coloniaux commis par les puissances occidentales.

Nous sommes solidaires de celles et ceux qui en Palestine, en Israël, et à l’international dénoncent et s’opposent à la colonisation, militent en faveurs d’une paix qui placent les droits humains en son centre.

[1] https://www.vie-publique.fr/rapport/278186-rapport-stora-memoire-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie pp. 78 et suivantes.

[2] https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/110521/jerusalem-la-parole-est-vous-monsieur-le-president

[3] https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040519/nous-accusons-0

[4] Voir les résumés de Julien Salingue : https://twitter.com/juliensalingue/status/1391809463233957889 ; https://twitter.com/juliensalingue/status/1392820092564561920

Sophie Bava (IRD)

Yazid Ben Hounet (CNRS)

Véronique Bontemps (CNRS)

Etienne Bourel (Lyon 2)

Pascal Buresi (CNRS-EHESS)

Jacqueline Fontaine ( militante DH)

Corinne Fortier (CNRS)

Alain Gabon (Université Wesleyenne de Virginie)

Fanny Gallot (historienne)

Marie-Luce Gélard (Université de Paris)

Véronique Ginouvès (archiviste, CNRS)

Barbara Glowczewski (CNRS)

Laure Guirguis (historienne, institut d'études avancées de l'université d'Aarhus - AIAS)

Hugo Harari-Kermadec (ENS Paris-Saclay

Magali Jacquemin, Professeure des écoles 

Chantal Keller (Université Paris-Saclay)

Mathilde Larrere ( historienne)

Emir Mahieddin (CNRS) 

Gilles Martinet (géographe)

Paul Poulain (spécialiste des risques et des impacts industriels)

Christelle Rabier (EHESS)

Gianfranco Rebucini (CNRS)

Vincent Romani (UQAM)

Michel Seigneuret (musicien)

Baptiste Sellier (sociologue, EHESS)

Marion Slitine (anthropologue, EHESS)

Alessandro Stella (CNRS/EHESS)

Hèla Yousfi (Université Paris-dauphine)

Timur Cengiz Uçan (philosophe, Université Bordeaux Montaigne)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.