Il faut dire la vérité aux enfants, parce que les adultes n'aiment pas la vérité, ni les enfants.

 

Affaire Marina : l'État ne sera pas poursuivi pour faute lourde

Le Point.fr - Publié le 06/06/2013 à 13:10 - Modifié le 06/06/2013 à 15:07

[ Deux associations de protection de l'enfance poursuivaient le service public de la justice pour n'avoir pas su protéger la fillette.

Jamila Aridj

Sur le même sujet

C'était une première judiciaire. L'État était jugé pour faute grave dans l'affaire de la petite Marina Sabatier, morte en 2009 sous les coups de ses parents. La demande avait été formulée par deux associations de défense de droits de l'enfant, Innocence en danger et Enfance et partage, qui estimaient que les institutions publiques et les services sociaux, qui dépendent du conseil général, n'avaient pas traité sérieusement cette affaire. Selon les associations, "si l'enquête pénale avait été effectuée correctement", la fillette de 8 ans "aurait pu être sauvée".

Le tribunal d'instance du 13e arrondissement de Paris a rendu sa décision jeudi matin : l'État ne sera finalement pas poursuivi. "Nous sommes déçus", nous confie Me Rodolphe Costantino, avocat d' Enfance et partage, pour qui cette décision signifie : "Circulez, il n'y a rien à voir, l'État n'a rien à se reprocher."

Signalements

Durant le procès à l'issue duquel les parents de Marina ont été condamnés à trente ans de réclusion criminelle pour actes de torture et barbarie sur mineur, les débats avaient pourtant montré comment les enquêtes sur les soupçons de maltraitance avaient été refermées malgré des signalements auprès du parquet du Mans, initiés notamment par les enseignants de la petite fille et son médecin scolaire. Dès 2008, ils avaient consigné par écrit les bleus, les jambes et doigts déformés, les hématomes ou encore "la peau des pieds arrachée".

À la barre, une cadre des services sociaux du conseil général de la Sarthe avait expliqué que, lors d'une visite de l'assistante sociale et de la puéricultrice à la famille Sabatier le 17 juin 2009, il n'y avait "pas de danger immédiat repéré" pour Marina. La petite fille est morte le 6 août 2009 succombant à une ultime séance de torture où elle a été plongée dans un bain glacé, forcée à boire du vinaigre et du gros sel avant d'être passée à tabac.

"Cette démarche était une première et malgré cette décision nous n'abandonnons pas, insiste Me Costantino. Des dossiers comme celui de Marina, j'en ai malheureusement quelques-uns sur mon bureau." ]

 

La maltraitance des enfants à l'?il d'un jeune garçon ou une fille avec une seule larme pleurer à cause de la crainte de la violence ou la dépression causée par la faim et la pauvreté et la peur de l'intimidation à l'école. Banque d'images - 12353991

Click here to find out more!

Je me suis réveillée ce matin avec un drôle de goût dans la bouche. Et mal au ventre.

J'avais l'impression de vivre un cauchemar.

 

J'ai entendu qu'on avait tué deux fois Marina, qu'on l'avait laissée souffrir et mourir encore et encore... Toujours !

 

Toujours, car c'est la faute :  "- A pas d'chance !",   la faute : "- A personne !".

 

La nausée. Envie de rester au lit, de ne pas me lever, jamais plus, pour ne plus jamais entendre qu'une petite fille est morte et que personne n'a rien fait.

 

Alors que tout le monde savait.

 

S'il faut dire la vérité aux enfants, rien ne sert de dire la vérité aux adultes.

 

Un enfant est un bien mobilier, un meuble qu'on peut salir, marquer, broyer et casser, comme du bois.  Il n'est même pas assuré. Quel financier accepterait d'assurer la vie d'un enfant ? Ca coûte combien, la vie d'un enfant ?

 

Si, à chaque fois qu'un enfant était maltraité, estropié, handicapé à vie sous les coups de ses parents ou mort, l'Etat devait verser de l'argent à la victime ou aux associations d'aide à l'enfance, une somme qui serait à la hauteur du préjudice subi par la petite victime, le  "pretium doloris", le prix de la souffrance, le prix de la douleur, peut-être que les services sociaux considéreraient les enfants comme des êtres humains, pas comme des biens mobiliers.  Ou peut-être que la valeur marchande de la vie d'un enfant étant enfin fixée, ils seraient obligés de protéger ce bien précieux, la vie d'un enfant. 

 

Ce sont des affaires privées, ces affaires d'enfants maltraités. Pas de leur faute aux assistantes sociales si le gosse est né dans la mauvaise famille. C'est son destin, son chemin de vie. Les bons ou mauvais  parents ont un droit de vie et de mort reconnu socialement sur leur progéniture. C'est comme si l'enfant était un simple appendice, un peu comme un cordon ombilical qu'il ne faut jamais couper pour séparer l'enfant de la mère, le lien biologique élevé au stade du sacré, le tabou de l'amour biologique. Mais un cordon ombilical sans bébé, parce que le bébé, il appartient à la mère, "en-corps"/encore confondu avec le ventre infâme qui va le tuer, qui veut sa mort.

 

Marina avait menti pour protéger ses parents maltraitants, enfant capable d'aimer ceux qui allaient la faire mourir dans d'atroces souffrances. Que connaissait-elle de l'amour, Marina ? De l'amour "normal" ?

Affaire Marina : Enfants maltraités, mais que font les adultes ?

 

La décision du tribunal d'instance est amère, comme l'arsenic, la mort aux rats ou le vinaigre et le gros sel que ses parents ont forcé Marina à avaler, avant de la frapper jusqu'à ce qu'elle en meure.  En même temps cette décision de justice rentre dans le banal ordinaire du fonctionnement ordinaire d'un tribunal ordinaire. En France, pays des Droits de l'Homme, pas ceux des enfants.

 

C'est quand même incroyable cette fracture éthique entre des intervenants sociaux et des juges totalement indifférents à la souffrance d'enfants, n'imaginant même pas que des enfants puissent aimer des parents maltraitants, parce qu'eux-mêmes sont des filles et fils de familles d'un niveau éducatif et social différent, respectueux, jusqu'à l'imbécillité, d'un modèle parental qui leur colle aux neurones.

 

Je me souviens de ce juge pour enfants à Orléans qui obligeait Romains, un jeune garçon de huit ans, à voir ses parents le week-end, pour prouver qu'il les respectait et qu'il les aimait. La semaine, Romains était placé dans un orphelinat. Pour éviter d'aller voir ses parents le week-end, Romains faisait des bêtises, parce qu'il était alors puni et privé de sorties, le week-end. J'ai encore la photo de Romains, tenant dans sa main un papillon multicolore qui allait s'envoler. Et que Romains a laissé s'envoler, extatique.

 

Lorsque Romains revenait de chez ses parents qui ne l'aimaient pas, eux, Romains ne pouvait plus dormir que sur le côté, parce qu'il était frappé à coups de chaises par le père, sous les ricanements et les cris d'excitation de la mère. Les parents biologiques détestaient leur fils, Romains, le troisième de la fratrie. Ils avaient le droit, eux, de ne pas l'aimer. Ils devaient être respectés, même mal-aimants, même maltraitants.  

C'est là que j'ai compris que le modèle parental biologique était un modèle "hystérique", une forme d'hystérie collective française fomentée par une bienpensance bourgeoise, érigeant la norme biologique comme les Indiens d'Amérique du Nord érigeaient des Totems, pour protéger leurs tribus.  Lorsque j'ai demandé à pouvoir prendre Romains chez moi un  week-end sur deux, pour qu'il joue avec mon fils, le juge pour enfants refusa. Romains devait aller chez ses parents qu'il ne voyait pas la semaine. Romains fugua. Plutôt la rue que mourir sous les coups de ses parents ! Il avait, je le réécris, seulement huit ans.

 

Cette fracture sociale entre la bourgeoisie et les classes populaires éclate dans le mépris affiché vis à vis de l'origine "vulgaire" de ces familles "poisseuses", "poissardes" et dites "cossardes", de ces familles mortellement empoisonneuses et empoisonnantes, familles à la dérive, entre la rue et la boisson, entre les coups et la passion. L'empathie "bourgeoise" ne pourrait-elle fonctionner que si le miroir renvoie l'image de son propre enfant, ou de l'enfant que l'on était, cet enfant parfait, bien élevé, propre sur lui et premier de sa classe ? Un narcissisme social tueur et ravageur qui démontre cette incapacité à comprendre l'autre parce qu'il est différent, parce qu'il est pauvre, parce qu'il est handicapé, parce qu'il est étranger, ce qui nous rend indifférent à son sort d'enfant maltraité.

Petit enfant avec la bouche du ruban adhésif, la mendicité de l'aide. Sad fille abus,. La violence, le désespoir. Banque d'images - 14065145

 

J'imagine ce qui se serait passé si les policiers de la Brigade des Mineurs avaient laissé mourir une petite fille, parce qu'elle avait su mentir aux adultes pour sauver ses parents maltraitants ? Direct "au trou" pour non assistance à personne en danger ! Et quelle personne ? Une enfant couverte de bleus,  avec des traces de coups évidentes, peau de la plante des pieds arrachée, une enfant affamée, boulimique et neurasthénique.  Ils seraient au trou, les flics, pas le trou de l'oubli, où la petite victime va disparaître à jamais, le trou de l'infamie, de la honte sociale et de la Justice frappant les ignobles flics ne portant pas assistance à une mineure victime de maltraitance familiale.

 

Mais bon, qu'on se rassure ! Ce sont les services sociaux qui n'ont pas fait leur travail ou si superficiellement, malgré des signalements précis, signalements émanant d'enseignants et d'un médecin scolaire, petites gens sans intérêt, au demeurant. 

 

On ne va pas encombrer le Parquet avec des affaires de si peu d'importance, une enfant maltraitée !  Après,  on ne pourrait plus le cirer, le Parquet, pour qu'il brille.

 

  • Rappelez-moi, elle s'appelait comment, cette gamine ? Ah Marina.

 

Le peuple oubliera. Une fois l'émotion passée, le peuple ne se souviendra plus.

 

Oyez, le peuple, des enfants comme Marina, il y en a tout autour de vous. Partout en France !

 

Child Abuse avec le père de parent violent Banque d'images - 12603342

 

Je voudrais juste qu'on réponde à ma question :

  • Quand on signale une maltraitance familiale et que les services sociaux s'en fichent (( - Z'êtes qui, d'abord ? De quel droit vous saisissez les services sociaux  ?)  , ajoutant langueur et longueur de temps à une intervention qui sera baclée et bouclée très vite, on fait quoi ?

  • Quand on écrit au Procureur de la République pour un(e) enfant maltraité(e) (- Z'êtes qui, d'abord ? De quel droit vous saisissez le Parquet ?) et que l'affaire est classée sans suite, on fait quoi ?

Surtout quand une assistante sociale en chef vous écrit que : "Une fois le signalement opéré, vous êtes dessaisi(e) de la suite de l'affaire". Imaginez, l'institutrice qui revoit Marina, affamée, ses petits doigts déformés, ses bleus sur le corps, pas grave ! Elle a signalé. Maintenant, y'a plus qu'à laisser faire. Le voisin qui a appelé la gendarmerie et qui entend  les cris et les pleurs de la petite fille, pas grave ! Il a signalé.  Maintenant, y'a plus qu'à laisser faire.

 

Alors elle fait quoi, l'institutrice ? L'institutrice se met un bandeau sur les yeux, pousse Marina au fond de la classe et l'ignore, ajoutant à l'horreur de la situation le déshonneur de l'indifférence et de la maltraitance institutionnelle. Le voisin monte le son de sa télévision et, si les cris sont plus forts que les coups de révolver de sa série criminelle préférée, il part se coucher avec des boules "quies" dans les oreilles. Quies, comme repos. Parce qu'il abhorre ce qui va suivre, les hurlements plaintifs d'une petite bête qu'on tue.

 

La SPA aurait déposé plainte contre les services de l'Etat pour un chien tué dans les mêmes conditions  que Marina, vous voulez que je vous dise !, l'Etat aurait été condamné.

 

Mais qui représente en France  les enfants maltraités ? Qui va aller déposer plainte pour eux ? Les parents ? Des parents maltraitants, capables de tuer,  des coupables qui s'auto-dénonceraient ?  

 

Pourquoi la vie d'un enfant en France a-t-elle si peu d'importance ? Pardon, la vie d'un enfant pauvre, j'oubliais.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.