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Billet de blog 21 juil. 2013

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Le Mal du Siècle : « Alors s'assit sur un monde en ruine une jeunesse soucieuse. » de Alfred de Musset

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Ce fut comme une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre, qu'on peut nommer désenchantement, ou, si l'on veut désespérance ; comme si l'humanité en léthargie avait été crue morte par ceux qui lui tâtaient le pouls"

La Confession d'un enfant du siècle – 1836 - Alfred de Musset

Lorsque paraît, en 1802, René, roman autobiographique de Chateaubriand, le malaise de la génération romantique apparaît en pleine lumière. S'y révèlent en effet l'affirmation absolue du « moi » et le constat amer d'une incompatibilité avec les exigences du monde et de la société. Le « mal du siècle » est cette prise de conscience d'une inadaptation fondamentale de l'être sensible à son environnement social.

Dans un premier temps, les écrivains romantiques expriment donc un certain désenchantement : le monde est mauvais, la société corrompue, et toute tentative d'y remédier est vaine. Ainsi, Lorenzaccio, le héros de Musset dans la pièce éponyme (1834), s'engage pour sauver la cité de Florence de la tyrannie d'Alexandre de Médicis. Mais plus il s'implique politiquement, moins il perçoit le sens de sa mission. Il exécute le duc sans véritable espoir ni conviction, et un autre Médicis succède immédiatement au tyran.

Ce récit porte l'esprit qui anime alors le romantisme : volonté d'agir seul, même de manière désespérée, mais aussi intelligence vive qui dissèque la réalité et abolit les illusions. Le  héros romantique est ce jeune homme au costume sombre et élégant, appuyé à une pierre tombale, dans un cimetière, sous la lune, ou debout face à la Nature, contemplant les éléments déchaînés.

L'idéal romantique peut être résumé en un mot : liberté. Le romantisme est en effet l'emblème de cette jeunesse née au début du XIXème siècle et frustrée des espoirs suscités par la grande épopée révolutionnaire et napoléonienne. Car les enfants du début du siècle sont une génération sacrifiée.

Aussi, ce mouvement européen, au départ anti-français et anti-révolutionnaire, vire-t-il, en France, du monarchisme des débuts, au combat violent pour la liberté. Liberté politique, d'abord : même conservateurs (comme Chateaubriand), les romantiques animent la lutte contre la censure et participent à la victoire des Trois Glorieuses contre le régime de Charles X. Liberté morale, ensuite : ils tirent un pied de nez à l'ordre bourgeois. Liberté artistique, enfin : Hugo « tord le cou à ce grand niais d'alexandrin » et crée le drame romantique, cependant que Musset (au théâtre), Lamartine (en poésie), Chopin (en musique) font entendre leur voix singulière.

Pour cette génération et pour celles qui suivent, le romantisme incarne donc ces valeurs de révolte individuelle et de passion pour la liberté, proclamées par Hugo dans la préface de Hernani : « Jeunes gens, ayons bon courage ! Si dur qu'on veuille nous faire le présent, l'avenir sera beau. »

Sur le plan social, le romantisme est également militant. Lorsque Victor Hugo écrit « Les poètes sont les éducateurs du peuple »(dans William Shakespeare), il prend clairement position : le seul privilège de l'artiste est de posséder un moyen d'expression, qu'il doit mettre au service du peuple. Les injustices politiques et sociales deviennent la cible de nombreux écrivains romantiques qui entrent en politique pour faire entendre leurs idées. Lamartine, par exemple, est candidat à la présidence de la République (1848) ; Hugo manifeste une violente hostilité à l'égard de Napoléon III, ce qui lui vaudra dix-neuf ans d'exil.

« La révolution comme apocalypse : voilà sans doute l'idée romantique de base, et c'est en cela que le romantisme se distingue des conceptions et des images rationnelles des Lumières, qui pensent la Révolution selon la symbolique géométrique de la lumière, du soleil et de l'équerre triangulaire. La penser en termes romantiques, cela signifie évoquer l'événementiel, et même le catastrophique. À la place de la lumière et du soleil intervient l'orage, la décharge électrique » Olivier MANONNI

Le romantisme « n'est autre chose que le courant de la révolution dans les idées. » (Victor Hugo)

Je réécris, en  actualisant pour ceux qui n'auraient pas tout compris : 

Car les enfants du début de ce siècle (le XXIème siècle) sont une génération sacrifiée.

Du 22 au 24 février 1848, le gouvernement est renversé : c'est la deuxième révolution française. Le 24 février 1848, dès 15 heures, la  Seconde République est proclamée par  Alphonse de Lamartine, entouré des révolutionnaires parisiens. Vers 20 heures, un gouvernement provisoire est mis en place, mettant ainsi fin à la  Monarchie de Juillet.

Les républicains ont appris de leur  échec de 1830. Ils n'ont pas laissé à la bourgeoisie le temps de s’organiser un nouveau gouvernement simplement plus libéral. Pendant la séance, le Palais-Bourbon est envahi par les révolutionnaires qui, d'accord avec les élus de l'extrême gauche, repoussent toute solution monarchique et font proclamer ce gouvernement provisoire.

La Deuxième République française est née.

« […] sur tous les murs de Paris s'étalaient en caractères gigantesques  : « République française ! Liberté, Égalité, Fraternité ! » » de Karl MARX – Extrait de  Les luttes de classe en France 

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