J'habite un ravissant et à première vue idyllique village du Morbihan. Par contre, si vous y séjournez quelques jours vous vous apercevrez que le fond de l'air est âcre la plupart du temps et carrément nauséabond le reste. La communication de l'Agro-industrie est de faire croire que la campagne sent mauvais et que c'est normal. Et maintenant c'est acquis !
Si vous osez, ne serait-ce que mentionner que vous êtes incommodée, on hurle à l'"agri-bashing". Au mieux, on vous enjoint à aller vivre en ville, au pire on vous pousse au départ, c'est tabou.
J'ai suffisamment d'âge pour avoir eu la chance de humer les senteurs des aubépines au printemps, l'odeur des foins coupés, et même le fumier, le vrai fumier, celui qui sent la tourbe et les sous-bois. Rien à voir avec la pestilence du lisier des élevages hors-sol où les animaux stressées sont malades d'avaler des aliments industriels avec, entre autres conséquences, la production accrue d'azote, de nitrates et d'ammoniac dans leurs excréments. Rajoutez-y tous les anti-biotiques, pesticides, vermifuges, bactéries qui viennent polluer par diffusion l'air que nous respirons, tuant la vie des sols au passage avant d'infiltrer les cours d'eau et nappes phréatiques et se déverser dans la mer.
Ici, on est dedans jusqu'au cou, les éleveurs sont prêts à tout pour épandre, leurs cuves débordent. On défriche le moindre lopin et on s'arrache les terres qui ne servent qu'à ça, quitte à pousser les paysans laitiers à la faillite pour récupérer les derniers prés pour les plans d'épandage des porchers.
Les ruisseaux et rivières sont morts et nous, nous sommes empoisonnés lentement mais sûrement, mais chut!!! Attention, il ne faut pas être radical, non, il ne faut surtout pas s'attaquer aux racines du problème, soit, les ravages de l’agrobusiness dont les profits peuvent tout acheter surtout le silence. C'est pire en Chine, ah, oui ? Quelle chance on a, donc !
Ne pas sortir les jours de brouillard, ça pique les yeux et brûle la peau. Ne plus se promener sur les plages des Côtes d'Armor et du Finistère. Ne pas boire l'eau du robinet, ne pas se baigner dans les lacs... La Bretagne est devenue une méga-zone industrielle. Air Breizh, l'organisme qui "s'occupe" de la qualité de l'air en Bretagne, effectue principalement des relevés dans les villes côtières et donc épargnées par l'ammoniac. D'ailleurs, quand bien même ça passe au rouge, la communication est quasi inexistante. Ce matin, j'apprends que les Pays-Bas vont réduire leur cheptel de 30%. Est-ce pour cela que les projets d'installation et d'extension des fermes-usines, de méthaniseurs, etc. ont plus que jamais le vent en poupe, subventionnés par l'état et financés par le Crédit Agricole ?
Ainsi, la quasi totalité de l'élevage intensif européen est relocalisée en Bretagne ? Ainsi, nous serons les champions du monde de déjections au M2? Hé Mr Macron, alors, on le lance ce Cocorico !