Au secours !

Ils ont dû appeler les pompiers...

Ils ont dû appeler les pompiers...

Notre réflexe est d'appeler les pompiers. Ils sont toujours là. Professionnels et volontaires. Portent les premiers secours, les soins d'urgence sur la voie publique, à notre domicile, partout. Accidents, malaises, extrêmes solitudes, détresses.

Détresse.

Nous les fréquentons tous les jours. Citoyens français, nous tricotons avec eux des relations particulières. Du feu aux bals du 14 juillet, en passant donc par ces premiers secours qui sauvent nos vies, ils apportent le soin nécessaire, nécessaire. A Paris, 75% des interventions sont celles de secours à la victime et accidents de circulation (source : Brigade de sapeurs-pompiers de Paris).

Et puis, ils font rêver les petits garçons et plus tard bien des jeunes filles, forcent l'admiration des plus résistants.

En France ? Jusque-là...

Hier samedi 9 mars 2013, fin d'une agréable après-midi ensoleillée à Paris. Nous rentrons tranquillement à pieds. Un air de printemps a fait danser le soleil de mars dans les yeux de nos amours. Un pas de légèreté, un pas sur le côté de nos quotidiens.

Remontant la ruelle face à la caserne des pompiers, un camion de premiers secours, gyrophares bleus aux lumières intermittentes, bloque la circulation. Peut-être trois personnes portent les premiers secours à au moins une quatrième au sol, sur le trottoir. Pour ne pas gêner les sauveteurs ni incommoder la personne secourue, nous traversons avant d'arriver à la hauteur du camion.

Les gyrophares ne laissent aucun doute sur la nature de l'intervention. Cependant, la couleur des tenues des secouristes nous surprend, celle du camion nous fait tourner la tête. Gilets jaunes et camion blanc. Si ce ne sont les pompiers ce sera le SAMU, la sécurité civile. Voire... allez, la Croix Rouge dont je sais qu'ils prennent le relais lorsque les secours sont particulièrement occupés, le week-end en particulier !

Ni les uns, ni les autres. Une croix blanche inattendue sur fond rouge sur la porte du camion attire mon regard. Instant de surprise... incrédule je lis : Ordre de Malte. L'Ordre de Malte... et pourquoi pas... le Vatican ?! On me dit qu'en Espagne, l'Opus Dei serait déjà leader sur le marché de l'urgence et du secours !!!

Parce que c'est bien de cela dont il s'agit, n'est-ce pas ? Ce champ qui nous semblait jusque-là intouchable, fruit de notre culture choisie, volontaire même si parfois un peu oubliée, ce champ n'est plus qu'un marché, ici livré au pouvoir religieux. 

Fi des secours organisés par la société entière, mutualisés au bénéfice de tous y compris des plus faibles, des plus démunis, pris en charge par un Etat de droit solidaire. Qu'ai-je écrit ? Soli... Comment ? Solidaire ? J'ai cru pouvoir encore écrire le mot "solidaire" en parlant de notre Etat ? Oh, douce rêveuse, ingénue...

Aujourd'hui, en France, à Paris, le week-end au moins, ce ne sont plus les pompiers ni aucun service public qui interviennent dans l'urgence des premiers secours à porter. Non, c'est l'Ordre de Malte. 

Je lis sur leur site ces perles, pour ne citer qu'elles : " indépendant, l'Ordre de Malte France assure des missions de service public dans le cadre et les limites de la loi" : parce qu'ils en sont à devoir préciser qu'ils agissent dans le cadre et les limites de la loi ! Il ne manquerait plus que ça... Puis je continue : "Il conserve une neutralité qui lui permet d'agir selon les valeurs et les principes qui l'animent"... Hmm...

Quelqu'un pourrait-il me dire ce qui m'a échappé ? Depuis quand et comment a-t-on ainsi remis les clés du secours en France à une association catholique dont je ne doute pas que ses membres aient grande compétence en la matière mais qui revendique dans sa "charte de comportement (aïe, ouille) "(la) Mise en application des valeurs de l'Evangile (...)" ???

Dorénavant, si la nausée vous prend comme moi ici... lorsque vous appellerez les secours regardez-bien, soyez attentif :  vous voyez des "gilets jaunes" et ce logo ?

N'oubliez pas : ici ce n'est plus la République qui vous porte secours mais l'Ordre de Malte.

A bon entendeur...

 

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