Comme une lettre ouverte à Cécile Duflot, Députée

Comme une lettre ouverte à Cécile Duflot, Députée. En 2012, nous vous avons élue dans la 6ème circonscription de Paris sur le programme d'EELV. Votre élection fut impressionnante dans cet arrondissement qui vous était acquis. Depuis hier, vous ne me représentez plus, vous ne nous représentez plus.

Comme une lettre ouverte à Cécile Duflot, Députée

En 2012, nous vous avons élue dans la 6ème circonscription de Paris sur le programme d'EELV. Votre élection fut impressionnante dans cet arrondissement qui vous était acquis.

Depuis hier, vous ne me représentez plus, vous ne nous représentez plus.

Qu'est-ce qui vous a laissé croire, Madame, que de l'immense horreur que nous avons vécue, sortirait une volonté belligérante, un désir de guerre qui devrait être porté par l'État et ceux qui nous représentent, alors qu'au contraire, là-où la peur, la haine, le désir de vengeance même peut-être pour certains sont compréhensibles à titre personnel, individuel voire sociétal, ils se doivent d'être transformés en actes de justice et de paix par nos institutions comme, après un acte odieux sur l'être cher nous crions vengeance tout en nous retournons vers la justice qui fera son travail et rendra le droit, vers la justice qui, par cet acte, nous protègera de nos pulsions humaines justement émues et affectées par la souffrance subie.
Jamais la justice n'apaise en elle-même, nous savons tous que le travail intime est à faire aussi ailleurs, mais elle rend ce travail possible en posant les limites d'un État de droit. Elle dit le droit. Les sanctions et les peines sont censées être proportionnelles à l'acte, tenir compte de l'histoire de chacun et des circonstances. Elles non plus, jamais, jamais ne guériront les pertes et les blessures. Cependant, elles se doivent d'être justes. Ou n'ont aucun sens pour le condamné reconnu coupable, aucun sens pour la société au nom de laquelle elle doivent porter réparation.

C'est ce qui, victime, me sauve.

 

Qu'avez-vous fait hier ? Vous avez omis — et cette omission me semble une faute lourde pour une parlementaire, quand bien même seulement sept d'entre vous ne l'ont pas commise, en attente du vote des membres du Sénat — d'opérer cet acte du détour, cet acte premier de justice entre les victimes, au nombre de plusieurs milliers si l'on entend bien le nombre de morts, de blessés, d'êtres traumatisés, de familles brisées, entre les victimes donc et les assassins, fussent-ils terroristes.

Vous avez omis de procéder à la protection de chacune de ces personnes et de la société entière, victime. En ça, vous avez contribué à dégrader ce que sont les victimes, ce qu'est notre société, ce que nous sommes, aux yeux des assassins, aux yeux des criminels. En ça, vous participez à nourrir le désir de vengeance d'un pays. En ça, vous participez à nourrir la soif de meurtre de terroristes aux yeux de qui vous dégradez leurs victimes.

 

Votre vote, cet acte posant la Loi, est un acte de vengeance, un acte de guerre, oui, dans toutes les acceptions du mot. Et à vous lire aujourd'hui, vous l'auriez fait sciemment et à contre-coeur ? Il est encore plus infâme, soumis aux pressions d'un pouvoir qui se rêve totalitaire et qui aussi grâce à vous, l'est vraiment, maintenant, devenu.

 

Je m'interroge, Madame, sur ce qui vous a laissé croire que vous aviez, au-delà de la règle, la légitimité d'accepter un tel vote ?

 

Si l'état d'urgence ne peut être maintenu au-delà de 12 jours sans une Loi, les parlementaires des deux assemblées ont bel et bien douze jours pour dire la Loi. Et ces douze jours ne sont pas 4, justement. Parce que parlementaires, vous n'en êtes pas moins hommes et femmes dont le jugement peut être très normalement affecté par la violences des causes qui appellent un État d'urgence. 

Que retiendrons-nous pour raisons de votre empressement à répondre à un président qui se rêve assis à la table "des grands" et ne voit comme unique chemin pour y parvenir que la guerre pour "éradiquer" selon les termes de son premier ministre, l'ennemi. Qui préfère un pays condamné au silence.

Votre trouble infini, humain, de femme ? Votre allégeance au pouvoir ? Votre désir infini de vengeance ? Autre chose ?

 

Qu'est-ce qui, dans votre programme, aurait pu nous laisser entendre que vous nous précipiteriez ainsi ?

Qu'est-ce qui, depuis ce sinistre vendredi 13 novembre 2015, il n'y a pas douze jours, non, pas dix, pas même une semaine… qu'est-ce qui en trois jours vous a permis de conclure que vous deviez accepter, vous et vos collègues, de répondre à l'injonction présidentielle et gouvernementale ?

Qu'est-ce qui vous a permis de nous entraîner dans la suite folle et délirante dans laquelle vous nous propulsez à votre tour ?

Des sondages ? L'émotion ?

 

Madame Duflot, qu'est-ce qui s'est passé entre le jour de cette photographie…

…et aujourd'hui ?

Qui vous a redonné mandat moral impératif afin que vous agissiez ainsi ? Pensez-vous sincèrement que c'était la seule voie possible ?
Est-ce cette femme-là que nous avons élue, ici, dans la sixième circonscription de Paris, 11ème arrondissement ?

Pensez-vous, justement, que les victimes directes de ces meurtres de masse, sont de ceux qui, jeune classe moyenne supérieure, non seulement très bien formée mais pour plusieurs d'entre eux enseignants jusque dans l'enseignement supérieur et la recherche, seraient des promoteurs d'une guerre d'éradication et d'un pays sous le coup de lois d'exceptions et donc de restrictions drastiques ? Franchement ? N'avez-vous pas l'impression qu'il s'agit encore de tenter de les dégrader et en tout cas de leur faire injure que de les assimiler à ceux dits "faucons" que vous suivez, de les instrumentaliser maintenant, pour que ces derniers prennent les pleins pouvoirs et réduisent notre société à un état totalitaire, où la vice-présidente de l'Assemblée nationale, porte un amendement pour maintenit le "contrôle" de la presse et toute publication afin de s'assurer de la fin de leurs… "manquements" ?

Évidemment, nul n'imaginait parmi nous l'ombre des jours que nous vivons. Évidemment. Et sans doute est-ce l'une des raisons qui porte le délai légal à douze jours. Parce que l'état d'urgence vient lorsque… nul n'imaginait !

Personne sauf…
Sauf tous ceux qui "savaient que cela allait arriver, la seule question est où et quand ?"… et qui avec un cynisme sans mesure ont levé ou laissé lever les protections — Charlie Hebdo —, les surveillances, qui ont "baissé la garde sur le renseignement humain"… pour préférer un état d'exception qui vient, avec votre acte, de prendre la place de l'État de droit.

 

Pendant cet état d'exception qu'est l'état d'urgence, alors que les français n'ont plus le droit de manifester, de signifier leur mécontentement ou leur refus sous peine d'accusation de trouble à l'ordre public, dont les associations peuvent être dissoutes, dont le seul comportement et non plus les actes sont criminalisés, déjà, le Sénat continue son travail et l'âge de la retraite est repoussé de 62 à 63 ans. Les deux assemblées continueront donc de voter des lois sans qu'aucun français ne puisse y répondre, s'y opposer. Non. Ce n'est plus un État de droit. Mais une organisation d'abus de confiance.

Les lois que vous votez sont devenues, depuis hier, illégitimes.

 

Parce que si d'aucuns pensent encore que nous vivons dans un État de droit, je crois pour ma part que dans le meilleur des cas ils se trompent, et dans le pire, ils mentent.

Il ne s'agit plus de l'État de droit que la lettre : le congrès a été réuni et les assemblées voteront la Loi. Mais l'esprit n'y est plus.

Nous étions en chemin depuis bien des lois et règlements votés ces dernières années, d'une société détruite de l'intérieur par ceux que l'on dit "faucons" et autres libéraux, vous venez de leur donner ce petit reste, ce supplément qui résistait encore : notre liberté.

 

Et par ce billet, Madame, qui m'aurait été permis et au pire ridiculisé il y a encore 3 jours, je peux dorénavant, Allez savoir ! faire l'objet de l'une de ces sinistres fiches S, comme portant atteinte par mes paroles à la sûreté de l'État !

 

Madame, citoyenne, je ne suis plus représentée. Citoyenne, je ne suis plus protégée par le gouvernement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.