recit de qielques déportations sauvages vers l'Italie depuis les pradhas

récit de quelques déportations de "dublinés", vécus par nos camarades à la fin de l'année de Vitrolles et Gemenos

Récit de quelques déportations sauvages vers l'Italie depuis les Prahdas
de Gémenos et Vitrolles... Quand la police se sert du règlement Dublin
comme arme d'exception pour piétiner le droit d'asile.
Suites aux arrestations et déportations sauvages de quelques camarades
du collectif « STOP DUBLIN -Marseille », le mardi 12 Décembre, juste
après une mobilisation publique du collectif, nous publions quelques
témoignages sur les conditions d'arrestations et de déportations de ces
camarades, ainsi que d'autres demandeurs d'asiles Dublinés, assignés à
résidence dans les PRADHAs de France. Absence de traductions et
d'interprètes à toute les étapes de la procédure d'expulsion, pressions
policières et menaces pour obliger les demandeurs d'asile à signer des
papiers dont ils ne comprennent pas le contenu, escortes policières
surnumérère et système d'entravement non conforme à la situation,
décisions de la prefecture de maintenir des expulsions alors même que
des juges ont ordonné la remise en liberté, ces témoignages font tous le
récit d'agissements illégaux de la police et de la gendarmerie, parfois
même contre des décisions de justice. Sous couvert de « règlement
Dublin » (un règlement européen qui permet le transfert des demandeurs
d'asile dans des pays où leur demande d'asile sera jetée à la poubelle
sans autre forme d'examen), les polices peuvent actuellement faire
abstraction des lois, des décisons juridiques et du droit d'asile, pour
surfer en toute quiétude sur les tendances sécuritaires et xénophobes à
l'affiche en Europe en ce moment.
On peut facilement fermer les yeux ou se voiler la face sur la
responsabilité et les intérêts des états européens dans la mise en place
de systèmes politiques et économiques dévastateurs qui poussent les gens
à risquer leurs vies pour venir en Europe. On peut fermer les yeux ou se
voiler la face quand l'Europe met en place des directives de gestion
policière des questions migratoires, qui s'assoient structurellement sur
le droit d'asile européen et les lois propres à chaque pays en matière
de prétendu « accueil ». Mais pourra-t-on continuer longtemps à se
voiler la face, face aux nombreux témoignages qui font état d'une police
de plus en plus ouvertement violente, indépendante de la justice et des
lois, se foutant totalement de la légalité de ses pratiques ? Une police
qui n'a besoin de justifier d'aucun de ses actes, puisque'elle est celle
d'un état d'exeption permanant... Ça ne nous rappelle rien ? Pas même un
mauvais remake à peine édulcoré d'une sombre période historique avec la
complicité active (en co-staring) des directeurs et travailleurs
« sociaux » ...
Compte rendu d'un entretien avec C. suite à son expulsion le 24 octobre
2017
« Le matin du 24 octobre 2017 au PRADHA de Vitrolles j'ai été arrêté
par la police et emmené au commissariat menotté, accompagné par la
directrice de l’établissement. Nous étions quatre ce jour là, à être
emmenés menottés. Au commissariat de Vitrolles on a été fouillé
intégralement. J'ai signé des papiers le matin à Vitrolles […] mais je
ne connais pas leurs natures car il n’y avait pas d’interprète, à aucun
moment, qui aurait pu m'expliquer la procédure que j'étais en train de
subir. On a pas pu retourner au PRADHA pour récupérer nos affaires. On
est partis toujours attachés vers Avignon. J'ai été très perturbé par le
fait d’avoir été menotté et mes souvenirs sont vagues quant à la durée
du transport car j'ai été très «bousculé» aussi bien physiquement que
moralement. [...]
Le 24/10/17, quand on est arrivé à Avignon, j'ai été placé dans une
cellule avec une autre personne. On nous a donné à manger une fois dans
la journée mais pas le lendemain.
Je ne me se souviens pas de ce que j'ai signé à Avignon. J'ai signé des
papiers mais ne connait pas leurs natures, car il n’y avait toujours pas
d’interprète. [...]
Pour aller de Vitrolles à Avignon, nous étions seuls, chacun dans une
voiture différente. Quand nous sommes arrivés au centre de rétention
j'ai supplié qu’on m'enlève les
menottes. Les autres étaient agités et se débattaient. Moi, j'ai promis
que je ne ferait rien si on m'enlevait les menottes. Ce qui a été fait.
Les autres ont été attachés pieds et mains à leur chaise. Je ne me
rappelle plus du temps écoulé car j'étais trop perturbé. Nous n'avons
pas pu boire ni manger jusqu’au soir.
Le 25/10/17, ils nous ont amené à l’aéroport. Nous sommes arrivé à
l’aéroport tous les quatres menottés. J'ai demandé de nouveau qu’on
m'enlève les menottes, ce qui a été fait. Les trois autres se
débattaient et pleuraient. Ils ont été rattachés pieds et mains. Ce jour
du 25 , nous n'avons pas pu boire ni manger. Je ne se souvient pas
d’avoir signé des papiers à l’aéroport. Nous sommes montés dans un avion
«spécial», sans touristes!! J'ai atterri à Rome. Et j'ai été contraint
et forcé à l’aéroport de déposer les empreintes de mes deux mains. »
Compte rendu d'un entretien avec S. suite à son expulsion le 24 octobre
2017
Le 24 octobre 2017 je me suis réveillé et j'ai pris mon petit déjeuner
puis je suis allé signer au commissariat de Vitrolles où je suis arrivé
vers 11h du matin. Je suis rentré dans le commissariat où on m’a fait
assoir. Je n'ai rien signé mais un officier de police a verrouillé la
porte et m'a enfermé environ 30 minutes dans la pièce où j'attendais.
Quatre civils sont venus me chercher, m'ont menotté et m'ont fait monter
dans une voiture banalisée aux vitres teintées. On est ensuite partis au
Prahda. Ils m'ont enlevé les menottes pour que je puisse prendre mes
papiers et mon sac puis m'ont remis les menottes.
Nous sommes remontés dans la voiture pour aller en "Prison". On a roulé
une heure avant d'arriver à la prison où j'ai retrouvé d'autres
co-détenus des Prahdas de Vitrolles. Arrivée à la prison, on m'a enlevé
les menottes puis on m'as fouillé ainsi que le contenu de mon sac. J'ai
demandé à voir un avocat mais l'avocat n'est jamais venu. Ils m'ont fait
signer un papier en me disant que c'etait pour voir un avocat mais
c'était en fait un papier qui disait que j'acceptais d'être transféré
vers l'Italie. Sous la pression policière, j'ai signé sans comprendre
car il n'y avait pas de traduction. [...]
Le lendemain matin j'ai prisle petit-déjeuner puis ils m'ont fouillé une
nouvelle fois puis menotté. Ils ne m'ont pas donné de nouveaux papiers.
Trois civils m'ont escorté dans une voiture noire banalisée jusqu'à un
petit aéroport. »
Témoignage de G., suite à son arrestation au Prahda le 12 décembre 2017
et à son expulsion
« J’ai été arrêté mardi 12 décembre à 9h au commissariat de Vitrolles
après avoir signé pour l’assignation à résidence. On m’a mis à part dans
un bureau où se trouvait déjà un de mes co-résident au PRAHDA de
Vitrolles, arrêté un peu plus tôt. Deux policiers m’ont pris mon argent
(40 euros) et mon téléphone. Ensuite, ils ont voulu me faire signer des
documents que je n’ai pas compris. Comme il n’y avait pas d’interprète,
j’ai refusé de signer : ils ont alors fermé la porte, se sont dirigés
vers moi de manière menaçante et m’ont encadré en m’intimant de signer.
Jusqu’à ce que je signe. Puis ils m’ont menotté. Ils ont ensuite appelé
au téléphone un interprète pour nous traduire qu’ils nous emmenaient au
centre de rétention de Nîmes. On a voulu demander des précisions, mais
les policiers ont coupé la conversation téléphonique. Ils nous ont fait
monter dans deux voitures distinctes, nous étions accompagnés chacun de
3 policiers. Nous avons pu récupérer nos affaires personnelles au
PRAHDA.
A l’arrivée au centre de rétention, les policiers m’ont pris mes
affaires et m’ont fait signer de nouveaux documents. On a retrouvé 3
personnes du PRAHDA de Gémenos dans le couloir. On n’a pas pu manger
jusqu’au soir 19h. Nous avons rencontré une personne de l’association
Forum Réfugiés vers 17h30 pour un entretien : beaucoup de questions,
mais peu d’explications sur notre droit de déposer un recours.
Mercredi 13 décembre, la police est venue nous chercher dans les
cellules à 8h45 : les agents nous ont dit qu’on partait en Italie. J’ai
dit que je suis malade (« kystes » à la gorge, en exploration médicale
auprès d’un spécialiste, sur recommandations d’un médecin généraliste
consulté avant arrestation). Les agents m’ont répondu que je verrais ça
en Italie. A la sortie de la prison, pour monter dans la voiture, un des
policiers m’a étranglé. Je n’avais fait aucun geste de résistance. Je
lui ai dit d’arrêter à cause de ma gorge, je lui ai dit que ce n’était
pas bien. Il a continué un peu, puis il m’a menacé « tu verras à
l’aéroport ! ». Il était très mauvais. Nous étions tous les 5 dans la
même voiture. A l’aéroport, nous avons attendu pendant 1h30 dans la
voiture : l’aéroport était fermé, on ne pouvait pas entrer. Pendant ce
temps-là nous étions toujours menottés. Puis on nous a conduits vers 11h
dans une petite salle réservée, escortés de 3 policiers par personne.
Ils m’ont encore posé des questions et j’ai encore expliqué pourquoi je
ne voulais pas aller en Italie. Cette fois-là, ils m’ont aussi ligoté
les cuisses et les chevilles. Puis ils ont enlevé les liens. Nous avons
vu l’avion arriver vers 11h30. C’était un petit avion spécial blanc avec
des insignes noirs sur les ailes. Quand ils nous ont fait nous diriger
vers l’embarquement, j’ai essayé de résister en m’accrochant à une
table. Les autres co-détenus aussi. Ils nous ont ligotés à nouveau,
mains, cuisses, chevilles et nous ont portés dans l’avion. On a décollé
un peu après midi je pense. Ils ne m’ont libéré qu’à mi-parcours du vol.
L'un de mes co-détenu a été détaché à l’arrivée à Venise.
Les formalités auprès de la police italienne ont duré 20 minutes
seulement. On m’a demandé si je voulais rester en Italie ou repartir au
Soudan. Le choix était vite fait. J’ai demandé l’adresse d’un centre
d'hébergement où dormir, ou d'une « plateforme d'asile » en leur
expliquant qu'il était impossible de faire une demande d’asile en étant
à la rue. Ils m’ont dit que je n’avais pas le choix, que je n’avais qu’à
aller dans n’importe quelle ville italienne et ils m’ont poussé dehors.
L’aéroport est très loin de la ville, j’ai attendu, mais je n’ai pas vu
les autres camarades sortir des bureaux. J’ai pris un train. »
Compte rendu du collectif « Stop-Dublin » suite à la mobilisation contre
les arrestations et expulsions du 12 décembre 2017
« Mardi 12 décembre à 11h, on apprend que 5 arrestations
particulièrement musclées ont eu lieu parmi les résidents du PRAHDA de
Gémenos et de Vitrolles. Ils sont conduits menottés et escortés de
plusieurs policiers jusqu’à leur chambre au PRAHDA pour récupérer leurs
affaires personnelles.
A midi, c’est confirmé, ils sont enfermés tous les cinq au Centre de
rétention (CRA) de Nîmes, avec un vol d’expulsion annoncé pour le
lendemain à destination de Venise. Les amis marseillais et les avocats
se mobilisent et une requête d’urgence est déposée. Ils décrochent une
audience exceptionnelle inespérée pour le lendemain à 9h devant le Juge
des libertés et de la détention (JLD).
Le soir, on appelle nos amis dans les cellules du CRA, quelques
conseils, des encouragements, des infos sur ce qui peut se passer,
courage, on fera tout ce qu’on peut pour vous sortir de là. Le JLD n’est
pas garanti, on le sait, on connaît la chanson. Mais il y a un espoir
d’obtenir une libération avant qu’ils ne vous conduisent à l’aéroport.
Mercredi 13 décembre à 9h, nouveau sale coup de théâtre de la police :
malgré l'audience prévue devant le JLD, les cinq garçons ont été
conduits de force à l’aéroport de Nîmes Garons ! Ils passent plusieurs
heures dans les locaux la PAF (la Police aux Frontières). Feu
l’audience !
10h : Nouveau rebondissement, la juge a maintenu l’audience en l’absence
des cinq détenus. Des soutiens des Cévennes, de Nîmes, Montpellier,
Avignon sont au rendez-vous. Et, c’est déjà quasi certain, ce sont des
jugements de libération qui vont être rendus. Plus qu’à attendre ces
jugements. Ce n’est qu’une question de temps, ça va être serré, on le
sait, retenez votre souffle.[...]
11H : Insoutenable attente de ces jugements, qui ne sont toujours pas au
greffe. Que fait la juge ? La juge téléphone par deux reprises à la PAF
pour annoncer sa décision et exiger l’interruption de l’expulsion. Mais
les flics se marrent. La Préfecture qui était pourtant présente à
l’audience ne donne aucun contrordre : elle joue la montre en se
frottant les mains.
11h50 : Une première décision est enfin rendue. Mais le vol est
imminent. Il faut faxer la décision à la PAF centrale au plus vite. Et
les autres ne sauraient tarder. Grouille bordel !
12H15 : Une personne est libérée sur le tarmac. On ne sait pas qui, on
veut pas vraiment savoir. Et les autres, allez ! c’est pas possible de
libérer un seul pote sur les cinq.
12H40 : Ca y est, on a les quatre autres décisions, yallah ! Les
soutiens se rendent à l’aéroport pour remettre les décisions en mains
propres aux escortes, tandis que les fax sont déjà partis à la
préfecture, qui a finalement décidé de se foutre totalement des
décisions de justice.
Mais sur place il n’y a pas d’avion, pas les gars, pas la PAF… Ils ont
déjà été déportés !!!!
Le soir même les portables de nos camarades sonnaient toujours dans le
vide : « Welcome to Lyca Mobile… ». Bilan de la journée : la voix glacée
d’un répondeur, le vide figé dans nos cœurs et une rage sourde : celle
de notre impuissance face aux flics qui s’assoient sur une décision de
justice… On a souvent peur des mots, mais ce à quoi on a assisté ce
jour là, c'est bien à un basculement, et on ne pourra pas dire qu'on ne
le savait pas... »

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