LE VOYAGE DE ZAKARIA

un jeune ivoirien quitte son pays à treize ans et demi , il raconte minutieusement son voyage vers l’Europe, avec son regard d'enfant,mais ce récit, malgré l'horreur qu'il suscite, donne la pêche, car ce gamin a une énergie et une foi dans la vie communicative!

 

 

LE VOYAGE DE ZAKARIA

Je me nomme Zakaria D ., je suis né le 15 octobre 2002 dans la ville d'Abidjan, au milieu d'une famille de treize frères et sœurs , et de deux mères différentes, mon père a deux épouses .J'ai très vite abandonné mes études , par manque de moyens, car la famille était nombreuse et le collège est payant . C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de partir, car au pays, il n'y avait pas d'avenir pour moi !Dans la vie, il faut savoir prendre des décisions, c'est souvent dur, et je savais que ce ne serait pas facile, mais je devais partir, !Je ne regrette pas mon choix, car la vie est un choix. J'ai compris que pour réaliser mes rêves, il fallait se battre très dur, et ça été très dur .

J'ai beaucoup vécu hors de chez moi, et j'ai compris certaines choses de la vie !

De nombreuses personnes ne comprennent rien à la douleur de ceux qui prennent tant de risques pour arriver ici! Mets toi à leur place : ils ne peuvent pas comprendre que les gens préfèrent dormir dans le froid, que de rentrer et être la honte de leurs familles !

Une fois que tu décides de partir , tu ne peux plus faire le chemin à l'envers , tout le monde fonde ses espoirs sur toi !

Et puis, il y a tous ceux qui ont quitté le pays pour sauver leur vie, le danger de la guerre, il n'ont pas d'autres choix que de prendre la route !

 J'ai vu beaucoup de choses sur la route ,et comment on traite les gens ! La première douleur c'est de voir que ce sont nos propres frères africains qui nous trahissent, en servant d'intermédiaires avec les passeurs arabes ; toutes les difficultés qu'on trouve sur la route, c’est par eux que ça commence .

J'ai choisi d'être un aventurier, je ne regrette pas mon choix, car cela fait partie de ma vie et de mon histoire...J'ai déjà vu beaucoup de choses, j'espère que je vais avoir la chance de réaliser mes rêves !Moi, j'y crois!Je sais que ce ne sera pas facile, et qu'il faudra me battre, mais comme on dit :« tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ! »

Aujourd'hui, mon avenir est entre mes mains, je suis seul responsable de ma vie! Je me suis mis dans la tête,que si j'avais pu arriver jusqu'ici, je pourrai réaliser mes rêves ! Beaucoup n'ont pas eu la chance d'y arriver , mais je reste confiant et tranquille,car je sais que ma famille compte sur moi,et je dois travailler dur pour atteindre mon but !

Sur la route de l'aventure et du danger

J'ai quitté mon pays le 15 juin 2016 avec mon ami Kaba. Nous avions mis beaucoup de temps pour préparer le voyage, personne n'était au courant , même pas notre famille! On savait que ce serait difficile car nous avions des amis qui étaient déjà partis ,et on s'est bien informés avant de prendre la route : ils nous ont dit qu'il fallait du cœur et du courage et qu'il faudrait tout accepter !

Le jour de départ, je m'en souviens comme si c'était hier : je me suis réveillé à 5 heures du matin , j'ai mis mon sac à dos, et ma mère m'a demandé : « où vas-tu ? » et je lui ai dit que j'allais au travail. Je me suis dit que c'était la dernière fois que je voyais ma famille , j'étais triste, mais j'avais pris ma décision : je devais partir ! Et je suis sûr que ma mère avait compris , car je lui avais souvent dit que je voulais partir en Europe, et je ne m'étais jamais levé si tôt avec mon sac à dos !Je suis sorti de chez moi pour aller retrouver Kaba,et nous rendre à la gare routière, à 6h.

Le billet nous a coûté 18000 francs CFA, d'Abidjan à Bamako, capitale du Mali .A 9h, nous avons quitté la gare de Sito,dans la commune d'Adjame,On a passé Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké, Ferkessédougou , Korhogo et Sikasso, à la frontière du Mali.

La police ivoirienne nous a demandé où on allait, et j'ai montré ma carte scolaire, j'ai dit que j'allais en vacances chez ma tante au Mali, (ma mère est malienne) Le policier a dit que l'école n'était pas finie, mais nous étions au 3ème trimestre, et j'ai dit que les notes étaient arrêtées, et il nous a laissé partir On a mis 3 jours pour arriver à Bamako !

Nous avons pris un billet pour Gao (30 000 francs CFA), et on on a traversé Ségou, Mopti, Tombouctou, on a dormi à la gare de Cebari et là, le policier malien qui nous a contrôlé, n'aimait pas les guinéens, et a décidé que les guinéens étaient tous des voleurs, et qu'ils paieraient 10 000 francs CFA, sans négociations ! Les guinéens ne pouvaient rien dire, mais se disaient entre eux que c'était une honte !

 A chaque entrée d' une ville, il y a un barrage de police , tout le monde doit descendre du car, et tous les étrangers doivent payer, on doit négocier avec le policier, 1000, 2000, 10 000, francs CFA, ça dépend ! On a pas le choix ! Tous les policiers maliens savent qu'on passe par Gao pour migrer, donc ils demandent beaucoup d'argent, car ils savent qu'on ne peut rien dire !

Je vous raconte comment se passe le contrôle :Le policier monte dans le car, il fait descendre tout le monde un par un, les maliens , qui sont sur leur territoire ne paient pas !Il prend les papiers de nationalité, il les met dans sa poche, et il emmène tous les étrangers dans une maison :

là il t'appelle par ton nom, et te dit : »  (jeune homme « gatché)   ! 10 000( francs CFA), moi je dis : « chef, je n'ai pas ça », et il te met de côté, ceux qui ont 10 000 passent,et retournent dans le car ! Quand tous les 10 000 sont passés il descend à 5000, quelques uns passent, après à 1000, et tout le monde remonte dans le car ! Et c'est pareil partout !

 Arrivés à Gao, on a trouvé nos passeurs, qui nous ont cachés dans des maisons. On discute de la somme à payer, et nous restons dans ces maisons, sans manger, sans boire, (l'eau du puits est salée) . Le passeur avait besoin de 150 personnes ou plus, et on a dû attendre que le nombre soit complet ! Ça peut durer 1 mois, alors tu es obligé d'acheter dans leur boutique à manger, et c'est très cher ! Nous sommes restés une semaine à attendre !Quand le nombre fut atteint , nous sommes partis !

 

LA TRAVERSÉE DU DÉSERT

Chacun avait droit à un litre d'eau, là -bas, pas de sentiment : c'est chacun pour soi, Dieu pour tous !

Nous partons dans le désert à la nuit; on devait monter dans des camions et cela devait être discret car les passeurs avaient tout mis en place  .

La nuit tombée, nous étions prêts … L'argent remis aux passeurs , nous étions entre les mains des chauffeurs . Le réseau était bien organisé , chaque personne avait sa vie entre les mains et le voyage était fait de risques car il fallait tout subir , certains pouvaient mourir mais d’autres auraient la chance d' y arriver .

Tout le monde avaient ces deux choses en tête : une fois que tu étais lancé, tu ne pouvais plus faire marche arrière , tu devais tout accepter !

Chacun avait un sac à dos avec de l'eau et de la nourriture qu'il fallait bien économiser durant la traversée du Sahara car là bas, pas de pitié .

Nous venions de différents pays d’Afrique ; parmi nous se trouvaient des hommes , des femmes et des enfants .Les jeunes étaient les plus nombreux . Nous étions très serrés les uns contre les autres ,chacun faisaient ses besoin sur lui . Dans le camion tu devais bien te tenir car si par malheur , tu tombais , ils pouvaient partir et te laisser, sauf si le chauffeur avait du cœur  

. On a roulé de nuit comme de jour dans le froid ou sous la forte chaleur. Les paysages du Sahara étaient vides, nous recevions du sable sur nous.

Le deuxième jour, nous manquions d'eau, Nous avons bu toutes sortes d'eaux dans des petites mares souillées où les animaux avaient fait leurs besoins .

Sur certaines routes se trouvaient des touaregs du nord du Mali ; ils étaient en armes,arrêtaient les camions, nous prenaient notre argent ,avec la complicité des chauffeurs !Les touaregs commençaient en nous parlant doucement : « nous ne sommes pas des voleurs, nous voulons juste 10 000 francs CFA » et en même temps, ils armaient leur kalachnikov avec bruit, pour nous effrayer ! Ceux qui donnaient les 10 000 passaient, ceux qui disaient qu'ils n'avaient rien étaient fouillés, et là, ils leur prenaient tout, donc plus que 10 000 !

Les femmes étaient plus touchées que les hommes car ,elles ne payaient pas , mais étaient violées  ,souvent devant leurs enfants et tout le monde ! elles ne pouvaient rien faire : ils étaient tous armés et le visage caché.

On a quitté Gao , Bauren , in- Trebezas et enfin, on est arrivé dans la ville de Tessalit !

Arrivés là- bas ,nous avons été récupérés par un chef touareg qui nous a parqué dans un grande cours ou il y avait toutes sortes d'armes de guerre , et là bas, nous avons été vendus comment des marchandise aux passeurs.Comme des marchandises!

Ensuite on a dû attendre la nuit pour aller dans la dernière ville du Mali à la frontière d'Algérie . Il fallait marcher, Nous étions amenés par un guide , on partait sans eau car le chef touareg avait interdit d’en emporter; donc ont devait laisser les bidons.

On a marché pendant 14 km au milieu de la nuit , dans des montagnes , on devait être bien prudents à cause de la police Algérienne : ils éclairaient le paysage avec leurs projecteurs , et on devait se jeter pas terre pour se cacher .

JE NE RETOURNERAI JAMAIS A TIMIAOUINE

Et quant nous sommes arrivés dans la ville de Timiaouine , en Algérie ,on nous a enfermés dans des maisons,et le passeur nous a obligés par la force à appeler les parents pour qu'ils envoient de l'argent.Certains, dont moi, ont réussi à s’échapper, pendant la nuit, en sautant le mur de la cour : une fois que tu arrives à t'enfuir, tu es sauvé ! . Après notre fuite, nous avons su que nos compagnons s'étaient révoltés contre les passeurs, la police les avaient tous attrapés et remis au chef touareg, ,nous avions eu de la chance !

Nous nous sommes réfugiés dans un marché où il y avait beaucoup de noirs, là , nous étions en sécurité.Chacun se débrouillait comment il pouvait, il n'y avait pas de travail .Seulement le paysage désertique .

En cherchant comment faire pour quitter cet endroit , on restait souvent une journée sans manger : quand tu trouvesun morceau de pain, ta journée est gagnée ;

Souvent les arabes venaient chercher des hommes pour faire des travaux …casser des pierres, et ce qui m'a étonné , c'est que le plus souvent, beaucoup voulaient du sexe . C'était l'enfer . La bas certains pouvaient accepter toutes ces choses parce qu'ils avaient faim et besoin d'argent ;

Même quand la famille peut t'en envoyer , c'est très dur , car il faut passer par un intermédiaire qui a de l'argent liquide sur lui ; et il t'en prend la moitié .

Tous le monde profitait de nous car ils savaient que nous n'avions pas de moyens, on devait tout accepter ! La bas c'est «  chien mange chien «   comment ont dit chez nous !

Timiaouine est une ville où les africains qui se disent « nos frères » montrent ce qu'est l'enfer à leurs propres frères africains, pour de l'argent : ils créent des prisons où ils t'enferment, te traitent très mal et te menacent pour que tu appelles ta famille ; quand tu refuses d’appeler , on te frappe , on te laisse des mois sans te laver et pas d'eau propre à boire !

On dormait en plein air sur des nattes dans le froid, sans couverture ! Le jour où tu avais les moyens de quitter cette villes, c’était une chance car il y en a beaucoup qui n'ont pas pu tenir et ont préféré retourner et subir la honte ! Mais ceux qui avaient du cœur et du courage et qui n'ont jamais baissé les bras , préféraient mourir que d’abandonner !

J'ai vu des gens sur cette route qui ont tout subi J'ai vu des femmes plus courageuses que les hommes . Elles étaient prêtes à tout pour y arriver , d'autre qui sont morts sur la route , les plus chanceux sont arrivés .

Après la vie de Timiaouine ,il y eut une autre étape :

TAMANRASSET

Là bas, pas d' intermédiaire car nous discutons nous mêmes le prix avec les chauffeurs pour pourvoir quitter la ville ,soit 2 mille dinar Algériens ! On nous emmène cachés dans des voitures , mais on nous laisse à 5km de la ville, et nous marchons pour contourner les barrages de la police.Une fois dans la ville de Tamanrasset ,nous sommes récupérés par des taxis qui nous conduisent dans des maisons de passeur et là, ils payent les chauffeurs de taxi 

 Mais ensuite , un nouveau problème se présente : tu dois payer une somme pour pouvoir rester dans la maison; Ils te donnent un téléphone, et tu dois appeler la famille pour avoir de l'argent , encore 1000 dinars algériens. Mais ils ne te frappent pas ! Quand la famille envoie l'argent, tu passes encore par un intermédiaire qui se paye aussi et t' en prend la moitié !

A Tamanrasset c'est beaucoup mieux qu'à Timiaouine ; il y a moins de problème de violence, on peut sortir sans se faire agresser !

Pour rester dans la maison (le foyer), il fallait que chacun cotise pour la nourriture. Mais le problème est qu'il n y' a pas de travail . Si on ne cotisait pas, on ne mangeait pas , mais on pouvait dormir dans la maison !On ne pouvais pas aller dans les grand villes Algériennes, car ils avaient interdit aux noirs de monter dans les bus , donc nous étions tous bloqués ! ;

On cherchait tout le jour une solution pour sortir de là ; c’était très déprimant de rester toute la journée à la gare ; des fois des gens viennent nous y chercher; chaque matin ont se réveille pour aller au « Tchad ! » Le Tchad est le nom que donnent les migrants africains à un lieu où les gens vont s’asseoir pour chercher du travail ! On peut te payer 500 dinars algériens pour une journée de travail, comme casserdes cailloux, nettoyer une maison, ou piler le mil dans un mortier . . Avec 10 dinars, tu peux t'acheter un pain que tu partages avec les copains, et un yaourt, et tu mets 400 dinars de côté ! Mais , nous étions nombreux, à attendre au « Tchad », et ce n'est pas tous les jours qu'on pouvait avoir un travail et manger.

Je vais raconter maintenant un événement que j'ai vécu et que je n'oublierai jamais :C’était durant la finale de l'euro 2016 entre la France et le Portugal ;

Ce sont toujours les mêmes qui commencent les embêtements ( là, mes frères africains qui ont vécu en Algérie comprendront de qui je veux parler !)

Des noirs étaient les voisins d'un arabe ; et mes frères noirs regardaient le match et buvaient trop,ils dérangeaient l'arabe , car ils faisaient beaucoup de bruit; l'arabe rentre chez eux et leur demande de faire moins de bruit, il revient deux fois, pour que le bruit cesse, et la troisième fois il éteint la télé ; et les noirs ont tué l'arabe !

Au Maghreb si un noir commet un meurtre, tous les noirs sont tenus responsables ;le lendemain c’était la chasse aux noirs ! personne ne pouvait plus sortir ; nous étions tous effrayés et nous sommes allés en groupe à l'ambassade du Mali , mais l'ambassadeur n'a accepté de recevoir que les ressortissants maliens ! ; les gens étaient nombreux devant l'ambassade ; des femmes ; des hommes : et des enfants ; alors tout le monde est resté camper devant l'ambassade pendant une semaine ! Après cet événement ; la vie a repris son cours;

On était toujours bloqués, car ont ne pouvait pas monter dans des bus !

Nous avons tenu tout le mois du ramadan ; et nous étions toujours là pendant la fête de fin de ramadan , de jour en jour tout était plus compliqué : nous étions prêts à faire n'importe quoi pour quitter cette ville, pour aller de l'avant ; rien ne nous semblait plus important , et on se disait que si on avait pu traverser toutes ces difficultés,et tenir bon, on pourrait y arriver !

Avec mon ami qui était avec moi depuis la Côte d'Ivoire, nous nous soutenions et nous encouragions mutuellement :personne ne pouvait nous faire changer d' idée, même pas notre famille ; on avait parcouru des milliers de kilomètres , il y aurait bien une solution !

J'ai rencontré des personnes qui étaient très fortes dans leur cœur ; qui nous encourageaient, et qui nous remontaient le moral ;

LA TRAVERSEE DE TAMANRASSET A ALGER

Au bout une semaine, nous avons rencontré des arabes qui pouvaient nous faire passer dans la ville d' In Ecker ! On demandait que chacun paye la somme de 3 mille dinar algériens ! ( La famille m'avait envoyé de l'argent pour rentrer au pays, mais j'étais déterminé et je m'en suis servi pour continuer ma route)

Les arabes devaient nous laisser à 6km de la ville car à chaque entrée d'une ville se trouvent des barrages de police, on marchait pour contourner les barrages.

Arrivés là , nous cherchons toute la journée comment faire pour traverser et quitter In Ecker !

Des personnes nous proposent d'aller dans la ville d'Arak mais on devait attendre qu'il fasse nuit pour partir ; à la nuit , nous avons pris la route: ensuite , 4 km avant la ville, nous faisons la même chose et entrons à pieds à Arak.

A peine arrivés , on cherche comment faire pour aller à In Salah ; nous avons eu la chance de rencontrer un malien qui était installé à Adrar; il était venu pour travailler à Arak et retournait là bas ; nous sommes allés avec lui à Adrar . Enfin arrivés dans ce endroit, nos efforts ont été récompensés car ici, on pouvait s'asseoir dans les bus,comme tout le monde,aller dans n’importe quelle ville sans que la police nous arrête !

. Nous sommes allés à Ghandaia (Gardaia) en bus :là, on a retiré les billets pour Alger  .

Tout le monde avait perdu l'espoir , beaucoup se sont découragés et sont rentrés 

J'avais rencontre un jeune ivoirien qui était devenu mon ami,et il est rentré au pays ; nous étions 6 jeunes ivoiriens, et nous nous sommes tous dispersés car c'était trop dur ; les plus courageux et ceux qui avait le cœur dur sont restés, pour affronter toutes ces difficultés ; ils étaient prêts à mourir là;

 LA VIE A ALGER

Le plus dur était fait et comme toujours, nous devions trouver un endroit pour dormir et chercher du travail ; on est allés dans des chantiers où se trouvaient beaucoup de noirs qui travaillaient . C’était un grand bâtiment ; cet endroit était réservé aux travailleurs car ils avaient tous un laisser passer , ceux qui n'en avaient pas se cachaient la nuit quand le gardien dormait ; le matin on allait s’asseoir dans un lieu (Tchad) pour chercher du travail . Ici, le travail te permettait de te nourrir et de mettre de l'argent de côté ; chacun vivait avec son argent sur lui, nuit et jour, sans jamais le quitter. Tout le monde faisait comme ça , en Algérie !

Souvent , quand nous attendions tous assis au « Tchad » pour avoir du travail, des habitants nous cherchaient des histoires, en disant qu'on ne devait pas rester assis là, soit disant pour regarder les femmes ! Alors , des fois, la police intervenait, nous partions, mais c'était très pénible, car nous n'étions pas là pour regarder les femmes, mais pour chercher du travail !

Et la vie continuait, deux mois après, la situation était toujours la même et nous nous posions des questions : ce n'était pas la vie qu'on voulait ! Au bout de deux mois ; j’ai décidé de quitte Alger -Birkhadem , car je voulais aller voir si la chance m'attendait ailleurs ! Mon ami, qui avait fait avec moi la route du pays jusqu'ici , a décidé de rester à Alger, et nous nous sommes séparés. Nous étions tristes, mais la vie doit continuer ! Et je suis allé à Blida.

 BLIDA

Arrivé à Blida une autre étape était venue, trouver du travail pour manger et chercher un moyen pour gagner l’Europe 

Je ne connaissais personne ici ; c’était très compliqué, je devais être fort ; je me disais toujours que si j'avais pu arriver jusqu' ici je pourrais arriver à mon but,et je m’efforçais de rester tranquille dans dans ma tête ;

Et c'est à ce moment que j 'ai fait la rencontre d'une personne, un Ivoirien qui vivait là avec sa famille .Je ne l'oublierai jamais : il m'a ouvert sa porte et trouvé un travail ! Alors, ma vie s’est améliorée au fil du temps : j'avais un travail et un toit ; je repris un peu de goût à la vie , je me sentais en liberté !

Mon seul soucis était toujours de trouver un moyen pour gagner l'Europe ; jusqu'au au jour où j'ai trouvé un autre boulot et un nouveau patron ;

Nous étions deux jeunes africains à travailler pour lui ; nous devions être payés à la fin de chaque semaine ; mais, la semaine écoulée, il a refusé de nous payer ! Nous avons encore travailler trois jours pour lui, espérant le convaincre au téléphone, ; mais il savait que nous ne pouvions par porter plainte à la police car nous étions sans papiers ,et on pouvait nous expulser donc nous avons laisser tomber l'affaire !

J'ai cherché un autre travail : j'ai travaille avec deux autres personnes qui étaient honnêtes et nous payaient ;

En Algérie, ceux qui ont voyagé dans le monde,ont plus de considération pour les noirs que ceux qui ne sont jamais sortis de l’Algérie , et finalement je garde un bon souvenir de l'Algérie, même si les débuts dans ce pays ont été très difficiles ;

J'ai trouvé que l'Algérie était toujours en construction, et je pense que lorsqu’ils auront fini les immeubles et les cités, ce sera un joli pays !

J'ai observé beaucoup de choses sur la vie en Algérie, une grande différence entre ceux qui sont sortis du pays et ceux qui sont toujours restés chez eux : un homme te reçoit chez lui, il te donne à manger, mais il cache ses femmes, ses enfants, toutes les filles de sa maison il te surveille en te regardant manger !

Il fait pareil avec les autres algériens, il les voit au café, mais ils ne rentrent pas dans sa maison !

Ce sont des gens fermés, c'est un pays fermé ! Les seuls qui te parlent et discutent avec toi, au café, le vendredi, ce sont ceux qui ont voyagé en Europe,et ce sont souvent les vieux , et ils parlent français !

J'ai vu aussi que les jeunes algériens , qui jouaient au foot avec moi, ne savaient pas parler français, mais, je ne sais pas pourquoi, les jeunes filles que j'ai entendu parler, connaissaient très bien le français ! Mais je n'ai jamais parlé à une femme en Algérie !

Souvent, les africains travaillent jour et nuit pour gagner de quoi partir en Europe, les chinois nous embauchent car ils ont des contrats avec les algériens!Les algériens surveillent les chantiers et sont contremaîtres, ils sont payés par le gouvernement pour ces grands chantiers, mais ils payent les chinois,qui gèrent tout et ce sont eux qui nous embauchent ,et qui nous payent ainsi que les turcs, les syriens, les marocains, les égyptiens, même des espagnols et des français , qui gèrent tout !

J'ai souvent vu que c’était les étrangers qui travaillaient dans les chantiers, surtout les chinois qui commencent le travail car ils sont spécialisés ! Nous, les africains nous sommes des manœuvres !Les chinois travaillent beaucoup, mais les algériens, ils savent qu'ils ne seront pas virés , et ils prennent tout leur temps pour travailler , ils te disent tout le temps : chouia, chouia!(doucement) et roudwa roudwa(demain!)

A la fin du compte, il n'y a que les noirs qui travaillent comme manœuvre ! C'est comme ça !!!

 

LA TRAVERSÉE DE L’ALGÉRIE A LA LIBYE

Après une année passée entre la Côte d'Ivoire et l'Algérie, j'espérais voir mes efforts récompensés ! J'attendais ce jour depuis longtemps je savais que la Libye ne serait pas facile mais je devais y aller quand même ;

J'avais mis assez d'argent de côté en travaillant en Algérie pour pouvoir continuer mon voyage !Alors, je pris tout mon temps pour me renseigner ; un ami , du pays,qui était déjà en Italie, qui connaissait la LIBYE m'avait dit : «  la Libye, si tu ne connais pas , est pas un pays où on se jette dans la gueule du loup,dans de sales bleds, tu dois prendre beaucoup d'informations »

Il m'avait donné le nom d'un passeur qu'il connaissait, ,donc j'ai pris le temps de discuter avec lui ; il ne me cacha rien et m'expliqua toutes les difficultés de la route ! Il essaya de me décourager de partir, mais, moi personne ne pouvait me faire charger d'avis 

Donc, on se mit d'accord sur le prix ! Je devais aller jusqu'à la frontière et lui s' occuperait du reste ,

J'ai quitté Blida ,pour me rentre à la grande gare routière d'Alger pour aller en bus dans la ville de Ouargla où on me récupérerait là bas : d'autres africains m'ont rejoint et ensuite, on est parti en pick- up à In Amenas , Illizi et enfin à Debbdeb ; et on a attendu qu'il fasse nuit pour rentrer à pieds, dans la première ville de Libye : Ghadamès !

Dans notre groupe, il y avait une femme camerounaise avec sa petite fille de cinq ans environ, que les plus costauds portaient à tour de rôle, , et lui reprochaient d'avoir emmené sa fille, car elle retardait la marche, le femme restait silencieuse, car elle voulait que sa fille ne soit pas laissée ! Nous , nous étions trop jeunes et petits pour la porter !

Le guide nous avait averti que si on voyait la police algérienne, il fallait se coucher ,ne pas se rebeller, dire qu'on ne connaissait pas le guide, et qu'on allait juste travailler en Lybie !

La police nous a vu, nous a fouillé, ne nous a pas volé,mais, pour trouver le guide qui ne se dénonçait pas, ils nous ont séparés en plusieurs groupes pour que nous essayions ensuite de rejoindre guide pour le démasquer comme ça  ! La petite fille était sur le dos d'un homme, et a été séparée du groupe de sa mère !

La police nous suivait, mais personne ne s'est rejoints, ils nous bousculaient,et nous disaient : « ouara le guide ? »Mais nous marchions sans rien dire, et au bout d'un quart d'heure, ils sont partis !

Nous nous sommes rejoints pour nous reposer, nous étions tous très fatigués, et le guide , pour nous encourager, nous montrait les petites lumières au loin, en nous disant : « là, c'est l'Algérie, là c'est la Tunisie, et là , c'est la Libye ! »

Il faisait nuit, on a encore marché, marché, puis nous sommes arrivés devant de petits fils de fer barbelé,au sol, le guide nous a prévenu de faire attention, et nous nous sommes ensuite cachés sous de petits arbres, il nous a dit que des passeurs libyens allaient nous chercher dans des pick-up !

Et là, la femme s'est aperçu que sa fille n'était plus là ! Elle a commencé à pleurer, et le guide a dit : « pas de soucis je vais retourner dans le désert chercher ta fille «  Il a conduit la femme chez des passeurs, pour qu'elle attende, et nous , nous sommes repartis!( on a su , après, qu'elle avait retrouvé sa fille avec le groupe de 8 personnes ) 

J'avais donné mon argent à cacher à un ami du groupe qui s'était perdu, ,car il était le plus vieux et j'avais confiance,( je l'appelais mon grand frère)

Nous étions 80 personnes, sans la femme , ils nous ont entassés dans un seul pick-up, couchés les uns sur les autres,on ne pouvait plus respirer, ils nous tapaient sur la tête, ils nous giflaient, ils nous donnaient des coups avec la crosse des kalachnikovs , ils nous ont pris tout notre argent,et ils nous ont dit : « un libyen ne redit jamais deux fois la même chose, vous obéissez !» Quand on te traite comme ça, tu ne peux plus rien dire !

L'un d'entre nous s'est fait prendre tout son argent , 600euros, qu'il avait gagné en Algérie !Ils ont volé toutes lespersonnes !

Ils nous ont redonné 5 dinars libyens qui ne valent rien, ils se sont fait beaucoup d'argent cette nuit là !

 On devait aller à Tripoli qui se trouvait à près de 650 km en voiture .

La souffrance a commencé dans la ville de Ghadamès : on nous a fait coucher dans des camionnettes , cachés sous des couvertures ; quand un Libyen parlait, personne n' avait droit à la parole ,ils nous traitaient comme si nous n' étions par des être humains !

Ceux qui avaient de la chance échappèrent à la prison : nous étions nous même notre propre ennemi , car il avait des noirs qui aidaient les Libyen !

En prison, les frères ont subi la torture pour demander de l'argent à la famille au pays,mais qui n'en avait pas !

Nous avons tout vu en Libye ; , j'ai vu un gamin de rien du tout, qui avait des armes et faisait la loi à des centaines de personnes ! Quelquefois ils tiraient sur nous, sans raison ;

ah la Libye !

Nous avons tout subi là bas : souvent on nous forçait à travailler dur, casser des pierres par exemple, sans nous payer : quand j'ai demandé de l'argent ils m’ont menacé avec des armes !

ah la Libye !

J'ai vu des hommes pleurer comment des bébés, d'autre sont morts de faim dans les prisons : souvent quand tu mangeais le matin tu devais attendre jusqu'au lendemain matin suivant ;

Nous étions enfermés dans des maison où tu vois à peine le soleil ! Des Africains nous gardaient ! Quelques fois des enfants venaient tirer sur nous quand nous sortions dans la cour pour prendre un peu l'air !C'était dur, on est resté des jours sans manger !

Dans la cour, le Libyen avait installé une petite boutique pour ceux qui avaient un peu d'argent, mais tout était très cher ! Comme ils savaient que nous ne pouvions pas sortir, ilsaugmentaient les prix ! !

Ce qui m'a fait tous le plus mal, c'est que nous étions gardés par nos propres frères africains qui nous frappaient ; je me souviens d'un homme qui était caché comme nous dans une maison voisine, et qui est sorti en cachette pour acheter du pain dans une autre maison, l'arabe l'a vu et nos frères africains l'ont tous frappé comme des sauvages avec tout ce qu'ils trouvaient ! Comme des sauvages ! L'homme ne pouvait plus se lever ! 

Ah la Libye !

Je ne pourrai jamais oublier la Libye car j'en garde trop de mauvais souvenirs !

La bas les femmes africaines m'ont fait beaucoup de peine : quand tu vois comme ils les traitent : il fallait être là pour voir de ses propre yeux ;elles ont dû tout subir ! Je ne peux pas tout dire par respect pour elles !

Certain pensent que je dis des mensonges car il n'ont pas vu,et n'ont pas vécu ce que nous avons vécu ;

Beaucoup ont laissé leur vie là bas ; les conditions de vie  étaient inhumaines.

Aujourd'hui , ce qui me fait toujours très mal , c'est quand je pense à mes frères noirs nous traiter de la sorte; beaucoup ont souffert en Libye et d'autre ont pu arriver à sortir, certain y ont laissé la vie: car c'était comme ça : soit la vie, soit la mort !

 

Le jour où j'ai pu quitter la Libye , voir mon rêve s'approcher, fut un jour de joie : nous étions tous heureux, chacun priait son dieu : nous avions beaucoup souffert en Libye, et on savait que c'était un voyage très risqué ;mais ont voulait tenter la traversée de la Méditerranée pour quitter cet endroit maudit !

On a quitté notre prison pour se rendre à l'endroit où on devait nous mettre dans le zodiac ; nous étions 154 personnes des hommes , des femmes et des enfants  ;nous sommes arrivés vers 23h ,il fallait attendre que l'eau soit calme pour nous lancer ; on est resté jusqu' à 6h du matin et l'arabe a donné le signal ;

L'arabe libyen a fait monter deux femmes, dont une enceinte, et une petite fille dans le bateau et il est monté lui aussi dans le zodiac, et chacun de nous a donné toute sa force pour soulever le bateau et le déposer dans l'eau ;

Au départ, nous nous sommes rendus compte qu'un africain était un ce ceux qui nous avait maltraité en Libye, et nous lui avons dit : « si tu montes avec nous, on te jettera à la mer : »et il n'est pas monté !

L'arabe libyen nous a placés : les femmes et l'enfant à l'arrière, puis les plus petits au milieu, chacun coincé entre les jambes de l'autre, et tout le monde s'est casé dans le bateau avec nos capitaines (ceux qui savaient conduire un zodiac, et étaient payés par le passeur), et celui qui savait lire une boussole !

Avant de partir, on nous a dit de ne mettre que des habits légers, pas de chaussures, on nous a pris nos téléphones, et les arabes ont laissé au plus âgé un seul téléphone avec le numéro de la Croix Rouge,pour appeler quand nous serions dans les eaux internationales !

In Challah !

On a quitté les côtes Libyennes pour se diriger vers les côtes Tunisiennes  ; arrivés près des côtes Tunisiennes , le moteur est tombé en panne ! Personne na paniqué car tout le monde voulait arriver en Europe ;la petite fille a dormi tout le temps .

Mais une des femmes a paniqué, s'est levée et a crié : «  tout le monde va mourir, tout le monde va mourir ! », un des passagers l'a giflée et elle s'est tue !

Par chance, nous étions suivis par les arabes qui nous avaient fait embarquer: ils sont venus et ont réparé le moteur ! Nous avons pu reprendre notre chemin; nous étions surchargés dans le zodiac :chacun faisait ses besoins sur lui et les autres ; et certain commençaient à vomir sur tout le monde  ; nous étions tous francophones et venions de l'Afrique de l'ouest, aussi , même si nous étions énervés , nous avons supporté tout ça, on se comprenait, on avait tous souffert, les plus âgés nous calmaient et nous disaient : « Boza ,boza,boza » ce qui veut dire : « on va rentrer »

Le zodiac s'est un peu déchiré , l'eau rentrait , mais ce n'était pas grave : enfin nous arrivons dans les eaux internationales ! Nous avons appelé la Croix Rouge ! A peine la Croix Rouge est arrivée, tout le monde s'est paniqué car tous voulaient être récupéré le premier ; ils nous ont demandé de nous calmer ; on a envoyé les femmes d'abord ; tout le monde est resté tranquille et les femmes sont parties avec les gilets, puis nous avons suivis six par six, mais il n'y avait pas assez de gilets de sauvetage pour tout le monde. Ceux qui n'en avaient pas ont dû attendre pour en avoir que les premiers soient à bord du bateau !

Quand tout le monde a été à bord, ce fut la joie ! Tout le monde pleurait, tant de souffrance était derrière nous ,tant de morts derrière nous, et enfin nous étions sauvés ! Quand à moi ,j'étais très fier de moi car j'avais réussi à faire ce que je voulais !

je n'ai jamais douté de mon choix ;

Le gros bateau de la croix Rouge nous a conduit en Italie !

Aujourd'hui je suis en Europe je ne me prend pas la tête, je reste tranquille et optimisme sur ma vie : car c'est une nouvelle vie qui vient a pleine de débuter !

Mes frères africains, croyez toujours ; ne vous découragez

pas car nous devons faire beaucoup de route pour être là , ce n'est pas facile !

 Aujourd'hui ce voyage fait partie de ma vie et de mon histoire ! je n'avais pas imaginé que je traverserai tout ça ! Beaucoup qui sont passés en Libye ont fait de la prison , ont été torturés et sont morts là -bas ; un de mes amis est mort en prison, et son frère est toujours coincé la bas;

De la Cote d'ivoire à la France, ce n'est pas facile,   nous avons vu tant de choses sur la route : aujourd'hui je me méfie beaucoup de mes frères noirs ; car ils nous ont montré ce qu'ils pouvaient faire sur la route ; beaucoup de choses ont changé dans ma tête depuis que je suis parti.

Je suis en Europe il me reste toujours beaucoup de chemin à faire ; pour le moment je regarde la vie en Europe avant de me faire un point de vue ! L'aventure continue toujours, j'ai eu quinze ans hier, merci si vous aimez me suive dans l'avenir .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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