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Billet de blog 7 déc. 2015

Lettre ouverte à Monsieur Bartolone

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Monsieur Bartolone,

              Je viens de lire, sur le site Le Monde, une de vos déclarations. Je me doute que l’on doit la trouver ailleurs, évidemment.

              Je cite :

 « Ce soir, la gauche est en tête en Ile-de-France avec un total à 40 % soit une dizaine de points de plus que la liste d’union LR-UDI », a quant à lui réagi M. Bartolone, qui « en appelle au peuple de gauche » car « pas une seule voix de gauche ne doit manquer dimanche prochain ».

            Mais de quelle "gauche" parlez-vous ? De celle d’EELV qui a été poussée hors du gouvernement et dont les propositions à l’Assemblée Nationale, que vous présidez, sont tenues pour quantité négligeable ? De celle du FDG dont vous méprisez ouvertement, vous et vos amis socialistes, les dirigeants – et les idées – au point de les amalgamer à un autre Front de triste réputation ?

             Vous soutenez un gouvernement dont la politique n’a rien à envier à celle menée pendant cinq ans par un certain François Fillon. Entre les coups de menton autoritaires et sécuritaires de Manuel Valls et les réformes ultralibérales d’Emmanuel Macron, où se trouve-t-elle, cette "gauche" dont vous nous parlez aujourd’hui ?

             Vous avez participé à la mise en place d’un état d’urgence qui entraine des comportements indignes (voir https://www.mediapart.fr/journal/france/021215/chez-un-prefet-hortefeux-letat-durgence-provoque-des-dommages-collateraux ) et devant lesquels, le responsable de la section PS de Périgueux se contente d’un « Après tout, si les gens n’ont rien à se reprocher… ». Trois petits points qui veulent tout dire. J’imagine que ce brave homme n’a rien à se reprocher, et qu’il ne serait donc aucunement gêné si des policiers débarquaient chez lui à cinq heures du matin, le plaquaient au sol, vidaient ses tiroirs, fouillaient sur son ordinateur au seul motif qu’il avait participé à une manifestation en 1990 ?

             Vous avez voté une prolongation d’un état d’exception où les règles de droit sont quasiment abolies, et vous vous apprêtez à le prolonger, voire à le pérenniser, sur simple demande de votre chef, le petit doigt sur la couture du pantalon, en bon petit soldat qui est aux ordres.

             Vous n’avez même pas compris que vous étiez allé exactement là où les criminels de Daesh voulaient vous mener, vous n’avez même pas compris que si, demain, ce califat de pacotille s’écroulait en Syrie/Irak, il renaitrait aussitôt de ses cendres en Libye.

             Vous n’avez rien compris au double jeu mené par la Turquie et les états du Golfe. Vous avez complètement oublié que la guerre n’est qu’un aveu de faiblesse, n’est que l’échec de la diplomatie, n’est que la réaction primaire d’un homme des cavernes qui, se sentant menacé, fonce tête baissée et massue au poing.

             Vous avez, vous et vos amis socialistes, contribué à étrangler la Grèce, bafoué la volonté clairement exprimée par le peuple grec de mettre fin au plan d’austérité imposé à tout un pays par des créanciers voraces, tout fait pour marginaliser Tsipras et, finalement, lui faire accepter des conditions économiques encore plus dures. Pour vous et vos amis, le programme initial de Syriza n’était pas de "gauche", mais dangereusement "gauchiste". Et demain, vous auriez la même réaction si Podemos, en Espagne, arrivait au pouvoir !

            Il faut un sacré culot pour en appeler, maintenant, à cette "gauche" dont la seule utilité serait de VOUS permettre de gagner une élection, puis d’instaurer VOTRE politique, sans tenir compte des propositions de cette "gauche" dont vous ne partagez plus les idéaux

             Non, Monsieur. C’est assez ! Je ne suis pas un électeur jetable. Je ne suis pas là pour vous porter dans un fauteuil comme un laquais.

            Je suis un électeur parisien, j’ai voté FDG au premier tour, et vous n’aurez pas ma voix au second tour.

           Assumez vos choix, assumez votre mépris à l’encontre de cette "gauche" qui refuse de se plier à vos diktats, à votre dérive sécuritaire, à vos combines, à vos relations troubles avec le monde de la finance, et à vos cadeaux toujours plus généreux faits au MEDEF.

             Mais assumez seul.

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