Une non-défaite à la Pyrrhus

             Comment résumer les résultats du PS lors de ce second tour des élections générales autrement que par le qualificatif de non-défaite ?

             Certes, cinq régions sur treize en métropole, cela ne peut pas être une victoire, mais les marges sont si étroites en Normandie et en Ile-de-France qu’il aurait pu (ou dû ?) en gagner sept. Qui aurait parié là-dessus ?

             Paradoxalement, pour l’homme de gauche que je suis, cette non-défaite me fait craindre le pire, car elle conforte, visiblement, le gouvernement. Malgré le blabla habituel tournant autour d’un "Je vous ai entendu", lors de son allocution d'hier soir, Valls m’a semblé plus incurable que jamais. Jetant pêle-mêle les mots "terrorisme", "réforme", "patriotisme", "guerre", "Nation", "armée", son discours a été un modèle d’un parler pour ne rien dire.

             La balle est maintenant dans le camp du PS ; non pas dans celui de leur chef de guerre qui réside au Palais, mais dans celui du parti. Cambadélis semble, lui, avoir pris la mesure que cette non-défaite d’hier appelait une réelle, et cuisante, défaite à venir. Comme un homme sortant d’un coma profond, il a paru se rendre – enfin ! – compte que le seul PS ne pouvait pas gagner, et que l’électorat de la gauche dite "radicale" n’avait plus forcément envie de jouer les supplétifs dociles.

             Le résultat en Ile-de-France est, de ce point de vue, sans appel. Il a manqué 60.000 voix à Bartolone pour l’emporter… alors qu’il y a eu 139.000 votes blanc et nuls. Sans vouloir faire parler ces votes non exprimés, il me parait évident que bon nombre d’entre eux viennent d’électeurs de gauche. D’ailleurs, au premier tour, il n’y avait que 99.000 votes blancs et nuls.

             Pourtant, dans cette région, il y avait eu fusion. EELV et le FDG appelaient à voter Bartolone, et lui apportaient un soutien de façade. Mais les politiques ne sont pas propriétaires de leurs électeurs, et ces derniers ne furent pas totalement dupes.

             C’est maintenant au parti, et par l’intermédiaire de leurs députés, de faire entendre raison à celui qui est tout entier tourné vers sa réélection, totalement coupé du peuple de gauche, plongé jusqu’au cou dans l’échafaudage de plans tortueux pour arriver deuxième au premier tour de 2017 puisqu’il a déjà renoncé à aller concurrencer la Marine Nationale.

            A ce petit jeu du qui-perd-gagne, il a déjà imposé à la gauche de se priver de représentants dans deux grandes régions, mais il n’en a cure du moment que cela sert son ambition personnelle. A ce petit jeu du qui-perd-gagne, il va essuyer une cuisante désillusion, et nous imposer un nouveau 21 avril. Tout cela est déjà écrit, sauf… sauf si les députés du PS se montrent résolus et sortent enfin de leur léthargie. Il est encore temps, Mesdames et Messieurs, mais il y a urgence, maintenant. Vous disposez d’un réel pouvoir ; d’abord, celui de renverser ce gouvernement qui vous – et nous – mène droit dans le mur depuis trop longtemps, ensuite celui d’imposer, face à la montée du péril brun-marine, un nouveau Front Populaire, pour reprendre les termes de Mélenchon.

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