La fabrique du mensonge, de l'hôtel Plaza à l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière

Cet article revient sur la parution récente du livre "La fabrique du mensonge" de Stéphane Foucart, qui a réalisé une très belle enquête et une synthèse efficace sur l'influence de l'industrie du tabac sur les sciences et les scientifiques.

En guise d'introduction et pour mettre en perspective ce qui sera dit par la suite, citons d'abord ce premier passage:

« Le retournement de la science 

De la même manière que nos conversations sont biaisées par le marketing des cigarettiers, de la même façon que l’esprit public a été contaminé par leur propagande et par le détournement ou la fabrication d’images, la science et la vie académique ont été détournées de leur fonction première.L’histoire et les sciences de la vie sont probablement les disciplines qui ont été le plus instrumentalisées et perverties par le tabac. Ce n’est pas seulement d’un détournement qu’il s’agit : il s’agit aussi de retourner la démarche scientifique contre la science (…)

Les 14 et 15 décembre 1953, les principaux patrons de l’industrie du tabac se rencontrent à l’hôtel Plaza de New York. C’est une réunion de crise. Plusieurs titres de la grande presse-le New York Times, Life etc.- ont commencé à distiller une information de nature à nuire profondément au business de la cigarette et à son avenir : des chercheurs du Sloan-Kettering Institute sont parvenus à déclencher des cancers chez des rongeurs en leur appliquant sur la peau le goudron présent dans les cigarettes. En réalité, le lien entre cancer et cigarette était suspecté de longue date (…)

A leur réunion de l’hôtel Plaza, les grands patrons américains du tabac convient John Hill-le patron du cabinet de conseil en relations publics Hill&Knowlton- qu’ils choisissent pour les conseiller dans cette passe délicate. Dix jours plus tard, le 24 décembre 1953, John Hill adresse à ses mandants un document de seulement neuf pages dont la valeur historique et épistémologique est considérable. Sobrement intitulé « Recommandations préliminaires aux fabricants de cigarettes », il dresse un plan d’action « sur le long terme » qui intègre l’utilisation de la science à des fins de communication. Il ne faut pas aller contre la science, il faut la détourner. Il ne faut pas entraver la recherche, il faut l’encourager, la rémunérer, l’orienter, dit en substance le document. (…)

Le mémo de John Hill-qui fait littéralement entrer la science dans un nouveau chapitre de son histoire-conseille ainsi la création d’un organe commun aux géants de la cigarette, et qui serait dévolu à la recherche. Le nom proposé est le Tobacco Industry Research Council (TIRC) et c’est précisément celui qui sera choisi par les industriels.  (…)

Le TIRC changera de nom dix années après sa création et deviendra le Council for Tobacco Research (CTR). Mais peu importe son nom : quatre décennies durant, l’organe de liaison entre les cigarettiers et le monde de la recherche académique va financer des centaines de programmes de recherche dans les universités américaines et étrangères, tout en inondant d’argent les domaines des sciences de la vie servant ses intérêts. Le but n’est pas toujours de financer de la mauvaise recherche qui conclurait systématiquement à l’absence de risque de la consommation de tabac. Le but est aussi de financer de l’excellente recherche biomédicaledont les résultats peuvent-d’une manière ou d’une autre- être utiles à la perpétuation et à l’acceptation de la cigarette.

A son démantèlement en 1998, le CTR avait injecté au total quelque 300 millions de dollars dans la recherche américaine. Encore cette somme ne concerne-t-elle que les financements du CTR, accordés au nom de l’ensemble de l’industrie du tabac. Elle ne tient pas compte d’autres dizaines de millions de dollars investis indépendamment du CTR, de même qu’elle ne tient pas non plus compte des sommes considérables engagées dans des missions de consulting qui ont concerné des milliers de chercheurs dans le monde entier-missions qui permettent aussi de biaiser la science, comme on le verra par la suite. (…) « C’est la meilleure et la moins chère assurance vie que l’industrie du tabac peut avoir, et si le CTR n’existait pas, l’industrie devrait l’inventer ou mourir » déclare en 1975, au cours de l’une des réunions du conseil, Addison Yeaman, vice-président de Brown&Williamson.

 

Stéphane Foucart  s’est intéressé à juste titre aux tobacco documents (documents internes de l'industrie du tabac disponibles sur internet) et au livre de Robert Protor, intitulé "Golden Holocaust"

 Robert Proctor

Des scientifiques français de grande renommée ont collaboré avec l’industrie du tabac : Robert Molimard, Jean-Pol Tassin, Jean Pierre Changeux et Jacques Glowinski pour ne citer qu'eux.

La question que l'on peut se poser en 2013 est: est-ce que l’industrie du tabac a cessé de vouloir manipuler les sciences à son profit ?

La réponse est: Non

Pour preuve, en France, l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière(ICM), fondé en 2005, ouvert depuis 2010 à Paris (La Pitié-Salpêtrière) et commençant à fonctionner réellement depuis 2011-2012.

Quels sont les membres fondateurs de cet institut ? (visibles sur le site de l'ICM et sur Wikipédia)

Gérard Saillant (Président de l’ICM),

Yves Agid (Directeur scientifique),

Olivier Lyon-Caen,

Luc Besson,

Jean-Pierre Martel,

Jean Glavany,

Lindsay Owen-Jones,

Serge Weinberg.

Maurice Lévy,

Max Mosley,

Michael Schumacher,

Jean Todt,

Louis Camilleri

 

Quel est le rapport entre un chirurgien orthopédique spécialiste de la traumatologie ligamentaire du genou, Gérard Saillant (68 ans en 2013), et la recherche sur le cerveau?

Quel rapport entre Michael Schumacher, Jean Todt, Max Mosley, c'est-à-dire l’écurie de formule 1 Ferrari, la Fédération Internationale Automobile (FIA) et un institut consacré à la recherche et au traitement de maladies touchant le système nerveux ?

Si je vous dis que Louis Camilleri est le patron de Philip Morris International ? (Il n'est pas sur la photo de famille...)

Allons, un petit effort, Ah oui c’est vrai ! Peut-être ignorez-vous encore que Marlboro, première marque de cigarette fumée en France et dans le monde est produite par… Philip Morris International ! Et que Marlboro et Ferrari, comment dire, c’est une longue histoire d’amour débutée au début des années 1990 !

La marque "Marlboro" ne pouvant plus légalement être affichée de façon ostentatoire, "Schumi" doit donc être "recyclé" en héros de la science et portera désormais les couleurs de l'ICM!

Jean Todt et Michael Schumacher ont gagné des dizaines de millions grâce à leurs contrats avec Philip Morris, et naturellement, tout ce beau monde est venu aider les scientifiques à chercher et trouver de quoi soigner l’humanité de tous ses maux…Gérard Saillant,qui a été "Le chirurgien" des "grands" sportifs dans les années 1990-2000 (dont Michael Schumacher...) est d'ailleurs "président-délégué de l'institut FIA"

 

Yves Agid, spécialiste notamment de la maladie de Parkinson a eu comme directeur de thèse un certain Jacques Glowinski, qui a été financé dans ses recherches par Philip Morris et que l'on retrouve au "Comité d'honneur" de l'ICM, aux côtés d'un autre scientifique de la famille Philip Morris, Jean-Pierre Changeux...

Jean-Pierre Changeux Jean-Pierre Changeux

 

 

Citons l'entretien d'Yves Agid a propos de l'ICM en 2010 (sur "panorama du médecin")

"Panorama du médecin : Vous êtes directeur du projet scientifique et membre fondateur de l’ICM. Quels sont les grands principes de fonctionnement de l’institut ?

Pr Yves Agid : Premier mot clé : l’excellence scientifique. Notre ambition est d’être parmi les cinq premiers au monde. Pour cela, nous avons recruté six cents investigateurs parmi lesquels les meilleurs chercheurs français classés par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. L’ouverture à l’international étant essentielle, nous avons aussi sélectionné cinq équipes internationales (fonctionnant sur fonds propres) reconnues pour leurs travaux de haut niveau. Pour répondre à cet enjeu d’excellence, des alliances à l’étranger avec des grandes universités sont également prévues.

Deuxième mot clé : l’ouverture sur l’hôpital. À côté de l’excellence scientifique, l’ICM se veut « au service des malades ». L’objectif est de trouver des nouvelles thérapeutiques et de les appliquer aux patients dans les meilleurs délais. Construit au sein du CHU La Pitié-Salpêtrière, où chaque année sont examinés près de 100 000 patients atteints d’affections diverses du système nerveux, l’ICM est idéalement implanté pour assurer une jonction parfaite entre la recherche et la clinique. En outre, l’institut dispose d’un centre d’investigation clinique, service où les malades pourront participer à des projets de recherche mais aussi d’une plate-forme de neuro-imagerie d’exception avec quatre IRM, dont une IRM de 7 teslas, équipement le plus puissant actuellement existant en Europe.

Troisième mot clé : l’ouverture sur le monde industriel, avec la création d’une pépinière d’entreprises. En favorisant de tels partenariats, l’idée est non seulement de gagner du temps et de l’efficacité pour mettre au point de nouvelles thérapeutiques mais aussi de favoriser la valorisation industrielle.

Quatrième mot clé : l’ouverture sur la société civile. Concept précurseur, nous voulons que l’ICM soit un foyer intellectuel, un endroit de dialogue pour que chacun puisse apporter son propre savoir (ingénieurs, médecins, artistes, etc.). Enfin, dernier point : la flexibilité, pour permettre à la créativité scientifique de s’exprimer. L’organisation et le financement de l’ICM, fondation dont la gouvernance repose sur un partenariat fort entre le secteur public et le secteur privé, ont été pensés afin de favoriser le décloisonnement de la recherche et les synergies scientifiques.

Quels seront les principaux axes de recherche de l’ICM ?

Cinq axes ont été définis. Premier axe : identifier les mécanismes intimes des maladies neurodégénératives, en particulier Alzheimer, Parkinson et la sclérose latérale amyotrophique. La problématique est notamment de déterminer les bases moléculaires de certaines formes héréditaires de ces maladies et surtout les facteurs génétiques qui pourraient prédisposer à leur émergence.

Autre grand axe : comprendre le fonctionnement des neurones, avec comme point de mire l’épilepsie. Troisième axe : trouver les moyens de réparer les cellules gliales, qu’il s’agisse de la myéline (sclérose en plaques surtout, leucodystrophie, neuropathies périphériques) ou d’astrocytes (tumeurs cérébrales).

Quatrième axe : les sciences cognitives. Le défi est ici de mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent les fonctions mentales, qu’elles soient motrices, intellectuelles ou émotionnelles à l’origine des comportements de l’homme. Pourquoi fait-on ce qu’on fait ? Comment nos intentions produisent-elles un comportement ? En quoi nos fonctions intellectuelles et émotionnelles se combinent-elles pour déterminer nos actions ? etc. Les données chez le sujet normal sont capitales pour mieux comprendre les troubles du mouvement (dystonie, tics, chorée, etc.), les troubles intellectuels (perte de mémoire, troubles du langage, stratégies intellectuelles, perceptions visuelles, etc.) ou du psychisme (dépression, anxiété, schizophrénie, autisme, troubles obsessionnels compulsifs, etc.).

Enfin, dernier axe : les traumatismes crâniens et de la moelle épinière. Lors de tétraplégie ou paraplégie, l’enjeu sera notamment de permettre à nouveau le fonctionnement de la moelle épinière."

 

Bon, revenons maintenant vers les "cerveaux" de cette scandaleuse affaire: la "Philip Morris family"

Que disent-ils ? (sur le site de l’institut)

Jean Todt ( Directeur de la Scuderia Ferrari de 1993 à 2007 puis directeur et administrateur de Ferrari de 2004 à 2009 et depuis 2009 président de la Fédération Internatinale de l'Automobile) et Michelle Yeoh (son épouse)
« Comment être utiles ? » C’est en se posant cette question, Gérard Saillant et moi, qu’est née l’idée de l’ICM.
Aujourd’hui, d’idée l’ICM est devenu réalité.
Comme nous l’avions imaginé, cette structure réunit les meilleurs chercheurs au service du progrès médical dans le domaine de l’ensemble des maladies et traumatismes du cerveau et de la moelle épinière.
En réunissant nos amis, qui ont bien voulu s’associer à ce projet en nous apportant leurs conseils et leur soutien financier et en proposant cet écrin à la science, nous avons donné une belle réponse concrète à notre question : « comment être utiles ? »

Michael Schumacher
« Au départ ce sont des raisons strictement personnelles qui m’ont amené à m’intéresser à l’ICM et notamment les liens étroits qui m’unissent à Jean Todt et au Professeur Saillant. J’étais sûr que je pouvais leur faire confiance à 100 %. C’était, et c’est encore aujourd’hui, pour moi très important. Cette idée de créer un centre de recherche est fascinante par bien des aspects : parce qu’il va aider à comprendre les mécanismes du cerveau et à trouver des solutions pour les soigner. Ceux qui sont privilégiés par la vie se doivent d’aider ceux qui le sont moins et notamment ceux qui souffrent. J’estime donc qu’il est de mon devoir de les aider . Mon rôle au sein de l’ICM a été tout d’abord de les soutenir financièrement. Aujourd’hui, je souhaite mettre ma notoriété au service de l’ICM de façon à populariser le projet, notamment auprès d’entreprises susceptibles de nous rejoindre. »

 

FÉDÉRATION FRANCAISE DU SPORT AUTOMOBILE
La FÉDÉRATION FRANÇAISE du SPORT AUTOMOBILE a pour objet l’organisation, la réglementation et le développement de la pratique du sport automobile et du karting en France. Le partenariat avec l’ICM a vu le jour lors du Grand Prix de France 2004 ; la FFSA a souhaité s’engager auprès de l’ICM en l’associant à de nombreux événements pour soutenir son développement et sa notoriété.


Max Mosley Ex-Président de la FIA de 1993 à 2009

« La Fondation FIA a choisi de soutenir l’ICM car les plus graves traumatismes liés aux accidents de la route restent malheureusement les lésions de la moelle épinière et du cerveau. Or, ce type d’accident est toujours trop fréquent. Les recherches menées par l’ICM vont permettre de développer des traitements efficaces pour soigner ces lésions. Ce soutien rejoint donc les objectifs que nous nous étions fixés dans le cadre de notre campagne internationale pour la sécurité routière. »

 Louis Camilleri
Louis Camilleri, Président de Philip Morris International. “Au début du projet, j’ai été particulièrement impressionné par la générosité et la motivation des initiateurs. Mais aussi par le nombre considérable de pathologies concernées par l’ICM… Aujourd’hui, le projet est devenu réalité: les avancées scientifiques sont concrètes, des résultats importants ont été atteints : plus de 260 publications scientifiques ont été faites en 2011. Notre contribution n’aura pas été vaine.”

Le patron de l’entreprise qui tue et qui rend malade le plus de personnes dans le monde, y compris en France, se rêve en amoureux de la science ! "Impressionné par le nombre de pathologies concernées par l’ICM."

Pour mémoire, rappelons quand même les liens entre tabagisme et système nerveux :

Le tabac provoque des Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC), ischémiques et hémorragiques, des Thrombophlébites cérébrales, des ruptures d’anévrismes cérébraux. Le tabagisme est en cause dans des formes d'épilepsie.

La richesse de Philip Morris International c'est aussi les métastases cérébrales des cancers, les carcinomatoses méningées, les compressions médullaires métastatiques, les syndromes (Sd) paranéoplasiques touchant le système nerveux comme le Sd pseudo-myasthénique de Lambert-Eaton, le Sd de Denny-Brown, l'encéphalite limbique paranéoplasique par anticorps anti-Hu, encéphalomyélite paranéoplasique, ataxie cérébelleuse subaigue paranéoplasique, rétinopathie paranéoplasique...

Parlons également du tabagisme parental (et en particulier maternel) avec pour conséquence sur le bébé prématurité, infirmité motrice cérébrale, mort subite du nourrisson, retard mental, certaines cancers de l'enfant, des troubles du comportement...

Le tabac est aussi grand pourvoyeur de « maladies psychiatriques » telle que la dépression, l’anxiété etc… La proportion de fumeurs dans les hôpitaux psychiatriques est d’environ 60 à 80%.

Le tabagisme cause de nombreux cas de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA), de Sclérose en Plaques (SEP), de neuropathies périphériques toxiques.

Le tabagisme est en cause dans la démence vasculaire et augmente considérablement le risque de démence de type Alzheimer (pour ceux qui ont survécu jusqu’à 65-70 ans…nous allons y revenir! )

 

« Aujourd’hui, le projet est devenu réalité: les avancées scientifiques sont concrètes, des résultats importants ont été atteints : plus de 260 publications scientifiques ont été faites en 2011. Notre contribution n’aura pas été vaine »  a donc déclaré Louis Camilleri !

Voyons ensemble sur le site de l’ICM ce que cette collaboration avec le géant du tabac a bien pu donner …

Dans le moteur de recherche de l’institut, j’ai d’abord entré le mot « tabac »

 

Oh, c’est incroyable, il n’y a rien !!! Des milliers de malades et de morts de maladies neurologiques provoquées par le tabac et l’ICM n’a même pas dit un mot sur le sujet !!!

En anglais « tobacco » n’a pas eu plus de succès. J’ai essayé alors « tabagisme »

Dévinez la réponse ?

 

Rien non plus !

Avec "cigarette" il n'y a rien non plus...Pas plus qu'avec "drogue"!

Après, je me suis donc demandé sur quoi ils pouvaient bien chercher nos "scientifiques" de l’ICM !!

L'image est tellement belle qu'avant de commencer à écrire le chèque pour "donner pour la recherche sur le cerveau", essayons de comprendre quels sont les "défis scientifiques du XXIème siècle" pour Philip Morris et ses amis!

D’après mon intuition, je me suis dit que les cigarettiers ont déjà financé des recherches sur les gènes depuis les années 1950-1960. Essayons donc le mot clé « génétique »

Ah, enfin ! Oui, là ce ne sont pas 5 ou 10 articles mais des dizaines et demain des centaines d’articles  qui iront inonder la « littérature » « scientifique » et intoxiquer encore un peu plus les scientifiques et par voie de presse ( grâce à Rupert Murdoch et News Corporation entre autres, car en France aussi, la presse est bien "contrôlée"...cf plus loin) l’opinion publique pourra être nourrie des problèmes liés à l’hérédité, les gènes de la démence, et des aspects positifs de la nicotine...

La recherche avec le mot clé "héréditaire" a donc eu également un très grand succès!

 

La "liberté" du "chercheur" est donc conditionnée par le « funding effect », c'est-à-dire celui qui paie !!

Revenons donc maintenant pour illustrer notre propos sur l'exemple de la "maladie d’Alzheimer" : citons à nouveau le livre de Stéphane Foucart

« De nombreuses études ont été menées sur le sujet. Dans un article paru en 2010 dans Journal of Alzheimer’s Disease, Janine Cataldo et plusieurs chercheurs de l’université de Californie à San Francisco en avaient inventorié quarante-trois publiées depuis 1984. Prises dans leur ensemble, elles donnent des résultats peu lisibles. Des études montrent, sur certaines cohortes d’individus, des risques accrus de développer la maladie pour les non-fumeurs, d’autres travaux montrent au contraire des risques accrus chez les fumeurs. En faisant la moyenne des résultats de toutes les études, ils ont trouvé un risque accru pour les fumeurs de 5% de développer un syndrome d’Alzheimer. Soit presque rien et en tout cas un risque statistiquement non significatif. La cigarette n’aurait donc pas un effet protecteur sur les fumeurs, ni même un effet délétère pour être certain. Mais l’étude de cohorte est chose complexe. Et il peut arriver que certains paramètres soient oubliés, ou non pris en compte. Comme, par exemple corriger les effets d’âge (les fumeurs vivant en moyenne 10 ans de moins que les non fumeurs) des biais peuvent intervenir dans la manière d’interpréter et de présenter les résultats. Pour en avoir le cœur net, Janine Cataldo et ses coauteurs ont entrepris d’utiliser les tobacco documents pour identifier, parmi l’ensemble des auteurs des 43 études, lesquels étaient-ou avaient été, liés d’une manière ou d’une autre à l’industrie cigarettière. Soit parce qu’ils étaient-ou avaient été- consultants pour elle, soit parce qu’ils avaient-ou avaient déjà eu recours à ses financements pour mener leurs recherches. Environ un quart des 43 études avaient dans leurs auteurs des chercheurs ayant déjà frayé avec Big Tobacco. Surprise : en ignorant le résultat de ces études et en ne tenant en compte que la trentaine d’auteurs qui n’avaient jamais eu affaire aux industriels, le risque de contracter la maladie d’Alzheimer est accru pour les fumeurs de 72% par rapport aux non-fumeurs ! D’ailleurs, des travaux expérimentaux de toxicologie plus récents, menés sur le rat, suggèrent que l’exposition à la fumée de cigarette accélère le processus de vieillissement cérébral. Des chercheurs menés par Yuen-Shan Ho (université de Hong-Kong) ont exposé des rongeurs, une heure par jour seulement pendant 8 semaines, à un air chargé de 4% de « fumée passive ». « Nos données suggèrent qu’un tabagisme chronique peut induire des changements synaptiques et d’autres altérations neuropathologiques, écrivent les chercheurs en conclusion de leur travail, publié en 2012 dans ka revue PLoS One. Ces changements sont les signes précoces de neurodégénérescence et pourraient expliquer pourquoi fumer peut prédisposer à la maladie d’Alzheimer et à des démences. »        

De cela, on peut tirer deux conclusions. La première est que les très nombreux scientifiques qui jurent que les financements n’influent en rien sur les résultats se trompent lourdement, ce que montrent par ailleurs d’autres études sur ce que les anglo-saxons appellent le funding effect (effet de financement). Les chercheurs qui affirment que les sources financières sans même parler de leurs employeurs n’ont aucune influence ni sur leur résultat ni sur leur discours public sont un peu comme ces téléspectateurs qui jurent en majorité ne pas être influencés par la publicité, alors que si cette influence-qui se mesure en espèces sonnantes et trébuchantes-était nulle, la publicité aurait disparu de longue date.

La seconde est que, dans cette affaire de cigarette, de nicotine et de cerveau, l’industrie a de nouveau réussi un admirable retournement de la réalité en jouant habilement des biais de disciplines scientifiques, parvenant à faire passer un mal pour un bien dans l’opinion. »

fin de citation

Parlons maintenant un peu d'Olivier Lyon-Caen, neurologue bien introduit dans le milieu politique puisqu'il a été "conseiller santé" de Lionel Jospin de 1997 à 2002, années pendant lesquelles les dépenses d'assurance maladie ont explosé et rien n'a été fait dans la lutte contre le tabagisme... Son réseau fonctionne encore formidablement bien puisqu'il est depuis l'élection de François Hollande à la Présidence de la République le nouveau "conseiller santé" du président!

Pour ceux qui ne connaissent pas le Professeur Lyon-Caen, c'est lui qui a "expertisé" Jacques Chirac, la France entière découvrant le terme d'anosognosie (signe l'absence de conscience de la maladie, signe fréquent dans les démences) vendu dans tous les médias comme un diagnostic, cachant tout simplement le fait que Chirac, ancien fumeur,(qui lui a valu un Accident Vasculaire Cérébral en 2005) est atteint, (comme un autre président avant lui: Ronald Reagan, décédé en 2004) par une démence vasculaire...

Pour en savoir un peu plus sur Olivier Lyon-Caen, un portrait hagiographique lui a été consacré il y a peu de temps par le journal Le Monde (journal où travaille Stéphane Foucart), qui fait partie (nous y reviendrons) des nombreux relais médiatiques de l'ICM ...

"Olivier Lyon-Caen, le neurologue du Président"

Citons quelques passages croustillants: "Ce serviteur de l'Etat est, selon ses pairs, un homme "intègre", "très en alerte sur les conflits d'intérêts"

"L'homme a ses paradoxes. Le choix de la médecine, chez ce descendant d'une longue lignée de juristes de renom. Une forte sensibilité aux diversités sociales, chez cet élégant qui porte noeud papillon et se livre parfois au baisemain. L'engagement affirmé en faveur d'une médecine solidaire et égalitaire, chez cet homme "fin et aristocratique", selon André Grimaldi. Sans oublier, chez ce grand fumeur qui circule en deux-roues, la plaidoirie en faveur d'une médecine préventive et d'une éducation à la santé renforcées."

Effectivement, l'homme a ses paradoxes. Pour preuve également ses livres "égalitaires et solidaires"...

Il y a même de la pub pour l'ICM ...dès la couverture! Il y a même de la pub pour l'ICM ...dès la couverture!

 

La fin de l'article signé Florence Rosier a également quelque chose de savoureusement... scandaleux:

 " Refusant de s'arroger le droit de parler "au nom de tous", le conseiller alerte cependant sur "un des problèmes les plus aigus que nous aurons à affronter. Plus nous avançons dans la connaissance, plus la nécessité d'une réflexion sociétale s'impose vis-à-vis de ce qui arrivera immanquablement : l'heure des choix. Dans le domaine de la santé, avons-nous le droit et la possibilité de chercher sur tout et à n'importe quel prix ?"

A quel prix en effet? Et les centaines de milliers de malades du tabagisme, combien ont-ils rapporté à Philip Morris? Les cigarettiers, Philip Morris International en tête c'est 60 000 morts par an en 2000, 73 000 décès en 2004 et 125 000 décès annoncés pour 2025...

Parallèlement au développement de l'intoxication tabagique, la "santé" est devenue un marché, de plus en plus juteux. De 5% du PIB en 1970 à 11,6% du PIB en 2011 au titre de la "santé" pour des résultats de plus en plus contreproductifs!

La construction de l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière, en digne successeur du CTR, a coûté aux contribuables français rien que pour sa construction plus de 67 millions d'euros... Plus d'1 euro par français, vous allez vous dire que c'est peu, oui mais c'est énorme comparativement aux  6 centimes par habitant consacrés à la "lutte contre le tabac" par les pouvoirs publics français, qui continuent allègrement à distribuer des subventions considérables aux buralistes  (ce qui ne les empêche pas de vendre aux mineurs)  et à moindre mesure aux cultivateurs de tabac.

Philip Morris est aux commandes, tout ce qui sortira de cette "recherche" ne fera que favoriser son image et distraire l'opinion publique.

On peut voir déjà les titres dans la presse "On a trouvé le gène de la Sclérose Latérale Amyotrophique" ce qui évitera aux mêmes "médias" de signaler que dans la même journée 250 français sont morts à cause de l'industrie du tabac.

Chaque euro investit dans cet "Institut" sera une perte pour la société et la population.  Le pire est que non seulement chaque français va financer cette entreprise à son insu et bien évidemment, car "nous sommes en démocratie"(du moins, on essaie de nous en persuader), sans son consentement, mais tous ses chercheurs et ses données "scientifiques", non contents d'influencer "l'opinion publique" seront autant d'atouts dans la main de Philip Morris dans l'hypothèse de procès intentés par les victimes du plus grand crime industriel de l'histoire.

Grâce à un opportun décret, l'ICM est reconnu dès 2006 comme un établissement"d'utilité publique"

Comme d'habitude, le contribuable est mis à contribution (directement par les subventions publiques et ses dons) et indirectement par les avantages fiscaux des entreprises "généreuses"

 

Ajoutons que parmi les membres fondateurs de l’ICM, on trouve le groupe de publicité et communication Publicis, qui travaille tout aussi bien pour Philip Morris International que pour les grands laboratoires pharmaceutiques (cf Publicis, une entreprise qui mange à tous les râteliers) dirigée par Maurice Lévy, dont les magnifiques élans de philanthropie figurent également sur le site internet de l'ICM:

 PUBLICIS
Sous l’impulsion de Maurice Lévy, Président du Directoire de PUBLICIS GROUPE et membre fondateur de l’ICM, PUBLICIS GROUPE aide activement la Fondation qu’elle conseille et accompagne dans la mise en œuvre des campagnes de relations presse et publicitaires, dans le déploiement des opérations évènementielles et de relations publiques et dans la réalisation de supports d’édition.

Maurice Lévy
« Le nombre et la complexité des maladies touchant le cerveau, la moelle épinière et le système nerveux vont en croissant. Il fallait une grande ambition pour réunir les chercheurs autour d’un grand projet. C´est chose faite avec l’ICM, probablement la plus importante initiative dans la recherche médicale depuis un demi-siècle avec des hommes et des talents exceptionnels de dévouement et de qualité. »

Maurice Lévy fait-il allusion au CTR cité plus haut lorsqu'il parle de "la plus importante initiative dans la recherche médicale depuis un demi-siècle" ?!!!

A moins qu'il ne soit lui même atteint d'anosognosie...

D'autres entreprises sont partenaires de l'ICM comme Air Liquide, qui verse des dividendes à ses actionnaires en vendant de l’oxygène ( Molécule indispensable qui manque précisément souvent aux fumeurs ou ex-fumeurs malades respiratoires et/ou cardiaques!)

FONDATION AIR LIQUIDE
La Fondation Air Liquide a décidé de soutenir pendant deux ans les travaux de recherche de l’ICM sur l’analyse du mécanisme de la dégénérescence neuronale dans la maladie de Parkinson et l’identification de moyens de diagnostic et de traitement pour ralentir la progression de la maladie et en corriger les symptômes. Le soutien ira en particulier à une équipe de chercheurs de l’ICM dirigée par le Professeur Etienne Hirsch, neurobiologiste et Directeur adjoint du Centre de Recherche de l’ICM. Cette équipe étudie les dérèglements de la «respiration cellulaire» en cause dans la maladie de Parkinson et responsables de la dégénérescence constatée dans cette pathologie. Le financement de ces travaux s’inscrit dans le cadre d’un des trois axes de mécénat de la Fondation Air Liquide: la recherche scientifique pour l’amélioration de la fonction respiratoire. La Fondation Air Liquide se réjouit de soutenir ce programme de recherche de l’ICM .

 

Et comme d'habitude, des politiques sont habilement sollicités...Jean Glavany fait donc partie de la famille

Jean Glavany
Ancien Ministre
Délégué général de l’ICM

« Le projet d’ICM est une idée généreuse portée par un groupe d’amis désireux de la concrétiser ensemble. Mais cette aventure humaine ne sera belle que si nous savons entraîner dans ce projet des milliers de soutiens. Au sein de l’équipe, j’essaie d’apporter ma modeste expérience pour nouer des liens et des partenariats avec tous les partenaires institutionnels potentiels : ministères, région, Ville de Paris, Université, Assistance Publique et Hôpitaux de Paris, Caisse des Dépôts, grands organismes de recherche. »

Le partenariat public-privé (ppp), cette recette extraordinaire où on met tout le monde dans le même sac: Etat, collectivités, cigarettier comme Philip Morris International, laboratoire pharmaceutique et finance (Serge Weinberg), publicitaires (Publicis) personnalités du sport (Michael Schumacher) et du cinéma (Jean Reno, Luc Besson,Michelle Yeoh) à croire que tous ces gens ont les mêmes intérêts!

Ce lien renvoit à la liste de tous les partenaires de l'ICM

Jean Glavany, hasard des rencontres, figure ainsi sur le site de l'ICM juste en dessous de Louis Camilleri (Philip Morris, Altria étant la branche américaine du groupe)

La "recherche" "scientifique" vaut bien quelques arrangements avec le bon sens et l'éthique...

D'ailleurs, lors de l'inauguration officielle de l'ICM, les élus PS (Anne Hidalgo, Jean-Paul Huchon) comme UMP (Roselyne Bachelot, Norra Berra) se sont montrés très enchantés par l'ICM, preuve que le "consensus" est de mise pour la santé de la population! (A ce titre, les discours prononcés par les "élus de la république" sont la parfaite illustration de cet aveuglement général face à des conflits d'intérêts majeurs)

Pour conclure sur les mots d’un "grand humaniste" et surtout un "très grand artiste", lui aussi fondateur de l’ICM :

Luc Besson
« Les maladies neurologiques touchent tout le monde sans aucune distinction, ni d’âge, ni de race, ni de condition sociale. C’est pour cela que je souhaitais que mon soutien permette d’attirer l’attention du public sur la nécessité de voir l’ouverture d’un centre de recherche et de soins tel que celui-ci. »

C’est beau la philanthropie quand même. C'est ce qui s'appelle se moquer du monde...

Merci à Philip Morris pour son dévouement dans la lutte contre la maladie,

Merci aux publicitaires qui nous vendent (du rêve),des cigarettes (cherchez l'intrus!)

Merci aux médias, télévision en tête qui nous vendent aux publicitaires pour de "l'espace de cerveau disponible"

Merci aux chercheurs pour leur indépendance et leur talent à trouver des choses aussi coûteuses qu’inutiles.

Merci aux décideurs politiques pour leur courage, leur indépendance et leur honnêteté intellectuelle.

A nos élus politiques, il est bon de rappeler que la France a signé (en 2003) et ratifié (en 2004) la CCLAT (Convention Cadre pour la Lutte Anti-Tabac) qui est censée interdire toute ingérence/influence de l'industrie du tabac. (cf documents à télécharger)

A la lecture de cet article, on s'aperçoit que rien n'a vraiment changé depuis, et que les cigarettiers sont toujours aux commandes...

Et, il est certain qu'aucun "grand média" ne publiera quoique ce soit sur le sujet... enfin, à moins d'un miracle! Car tous pour l'instant se sont ralliés à "la grande cause", cette nouvelle cosa nostra légale et financée par les contribuables.

Il manque France 2, qui avait (avec l'irremplaçable Michel Drucker) déroulé le tapis rouge aux imposteurs de la science:

Les "parrains" de l'ICM ont monté une vaste entreprise de communication, avec les mêmes acteurs et les mêmes techniques que le marketing pour Marlboro: formule 1 bien sûr mais aussi voile, football...

 

Le 31 mai 2013, le thème de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a pour thème l'interdiction de la publicité (n'en déplaise à Louis Camilleri, Jean Todt, Michael Schumacher et Maurice Lévy) et l'interdiction du... parrainage!

L'ICM doit donc cesser cette mascarade avec son parrain Philip Morris! Mais personne ne bougera car comme on dit dans la famille "parle plus bas car on pourrait bien nous entendre..." 

 

 

 

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