Non Habemus Papam ou l’histoire d’un non-événement

L’air ce matin est légèrement asphyxiant, sans doute à cause de la fumée blanche s’échappant de la cheminée de la chapelle Sixtine hier et sans doute aussi à cause des médias qui traitaient du sujet. Hier soir donc nombre de médias titraient leurs articles « Habemus Papam » comme France Inter ou affichaient un petit logo du même acabit tels I-Télé ou France 2. Semblant tous avoir oublié que « habemus papam » se traduit en français par « nous avons pape », nous étant l’Eglise catholique. Alors pourquoi des médias non-catholiques et parfois publics se sont-ils découvert une telle appétence en proclamant fièrement « Habemus Papam » au mépris de toute neutralité ? La réponse est surement à chercher dans l’urgence du direct et dans l’emploi habituel de l’expression. Mais de la part de médias du service public, financés par un Etat laïc, la France, cela peut paraître un peu choquant.

Mais au fait, qui est-il ce nouveau pape ? Il s’appelle désormais François, mais avant son élection c’était Jorge Mario Bergoglio, 76 ans, archevêque de Buenos Aires. Mais alors d’où vient cet engouement médiatique pour ce nouveau pape ? Son grand âge, sa nationalité (c’est le premier pape latino-américain) ? Non. Ses liens troubles avec la dictature argentine ? Non et pourtant cela mériterait qu’on s’y intéresse alors que fleurissement sur Twitter plusieurs photos de Bergoglio en compagnie du général Videla (par exemple Edwy Plenel en a retweeté une sur son compte alors que Pascal Riché s’interroge sur son authenticité). En effet, Bergoglio aurait été complice de l’enlèvement de deux prêtres Orlando Yorio et Francisco Jalics torturés par la junte argentine. Tandis que la justice française voudrait aussi l’entendre sur le meurtre du prêtre français Gabriel Longueville.

L’originalité du nouveau pape est-elle à chercher du côté de ses positions idéologiques ? Non plus, Bergoglio est très rétrograde. Que se soit sur l’homosexualité dont il disait que c’était « une manœuvre du diable », sur l’ouverture du mariage aux couples homosexuels ou sur l’avortement dont un article de Courrier International se fait l’écho (à lire ici). En somme, juste un pape certes argentin mais toujours réactionnaire à la tête d’une organisation d’un milliard deux cents millions de fidèles, organisation toujours rongée par les scandales de pédophilie. Le véritable événement n’eût-il pas été l’élection d’un pape progressiste sur ces questions ? Les médias ont leurs raisons que la raison ignore.

Article publié à l'origine sur http://victorsimonnet.wordpress.com .

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