Migrants : comment et pourquoi « Out of Africa… »

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À l’invitation de la France, le Tchad, le Niger, la Libye (laquelle ? !), l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne ont débattu des questions migratoires, le 28 août dernier. Écoutons le président français, hôte de ce mini-sommet : lien

« Le sujet de la réunion du jour était donc celui des migrations et des flux migratoires illégaux et massifs que nous connaissons depuis plusieurs années et qui affectent chacun de nos pays de façon très différente mais qui nous déstabilisent tous parce que nous ne sommes pas parvenus à les maîtriser et que nous continuons à les subir. Il y a d’abord eu la route de la Méditerranée orientale où les flux se sont aujourd’hui considérablement réduits ; c’est sur les routes de la Méditerranée centrale aujourd’hui que les problèmes se concentrent, même si durant les mois de juillet et août, les flux ont baissé ; et de la Méditerranée occidentale, où les flux augmentent à nouveau, que se portent nos préoccupations. »

/… le fait que certains groupes de trafiquants qui sont les trafiquants d’armes, les trafiquants de vies humaines, de drogue et les groupes liés au terrorisme et qui ont fait du désert en Afrique un cimetière et de la Méditerranée, un cimetière. Ce sont les mêmes qui sont profondément liés au terrorisme. Et donc lorsque nous voulons traiter ces sujets, nous traitons la chaîne continue de ces problèmes.

Les flux ont baissé surtout parce que l’Italie, excédé par l’abandon européen et épuisé de supporter seule des flux migratoires incessants, a négocié avec le gouvernement libyen un arrêt des départs de migrants vers ses côtes contre un soutien aux garde-côtes libyens, des équipements, des bateaux, de l’argent. Les efforts du « gouvernement » libyen ne dureront évidemment que tant que durera l’aide italienne… Les mafias qui se disputent ces juteux trafics d’êtres humains tout le long du littoral, de la frontière tunisienne à Tripoli, et maintenant à l’est de cette ville, veulent toutes « en croquer » !

Donnant, donnant ! Comme au temps de Khadafi qui, jusqu’à ce qu’il soit assassiné par Sarko au nom du peuple français, se servait du robinet à migrants pour obtenir ce qu’il voulait de l’Italie et des autres pays européens. Et puis… le complexe pétrolier de Mellitah, à Zouara, est exploité par la Libye et la compagnie italienne ENI. Il y aurait même paraît-il, un camp d’internement pour migrants dans une raffinerie, duquel les migrants seraient forcés à travailler gratuitement…

Ces flux de migrants ont baissé aussi depuis que l’Italie a mis le holà sur la complicité de ces navires d’ONG pseudo-humanitaires avec les trafiquants de chair humaine ! Depuis la mi juillet, le nombre d’arrivée de migrants en Italie a considérablement chuté, les groupes armés qui régissent le trafic jouant même un rôle actif pour empêcher les départs, en gardant dans des camps de rétention les malheureuses victimes du mirage européen, esclaves aux mains de voyous sans scrupule pour lesquels ils sont une main-d’œuvre et des sources d’organes à trafiquer, comme les armes, l’or ou la drogue. L'important pour eux, c'est le pognon, qu'il vienne de l'exportation de migrants ou de leur utilisation, sur pied ou en pièces détachées sur place. Cynisme mais , hélas, réalité sordide.

Facile de s’en prendre aux Italiens. Ils sont en première ligne depuis des années. Il n’est guère étonnant qu’ils essaient des solutions réalistes même si elles offusquent les fines bouches…

Macron précise :…/… Nous allons avec nos partenaires européens renforcer la coopération avec les pays d’origine et les pays de transit pour démanteler ces réseaux de trafiquants illégaux…/… démanteler ces réseaux et une aide au retour dans les pays d’origine. À cela s’ajoutent les mécanismes de contrôle aux frontières, les actions ciblées mais également le développement économique des communautés locales qui permet à celles et ceux qui sont parfois tombés dans le trafic ou l’économie du trafic de trouver d’autres perspectives locales de développement…/… la possibilité d’organiser un retour vers les pays d’origine qui sera organisée à travers justement notre action directe par des actions de coopération directe, pays par pays, avec les pays d’origine et par une action en matière de développement à cet égard.

Jupiter aborde enfin le fond du problème :

/… nous souhaitons conduire, nous, pays européens, en lien avec l’Union européenne, à savoir une politique de développement puisqu’une grande majorité justement de ces migrants qui prennent ces routes de la nécessité au péril de leur vie, font vivre les trafiquants parce qu’ils n’arrivent pas à avoir une vie normale et un développement normal dans leur pays. Et donc la politique de développement que l’Union européenne conduit et que nous conduisons sur le plan bilatéral, doit évidemment être renforcée et c’est ce que ce texte acte aussi, qui nous permettra d’aller en ce sens et c’est le cadre d’ensemble dans lequel nous inscrivons la démarche d’aujourd’hui. »

L’Afrique est une des clés du maintien ou non de la paix, de la démocratie, de l’existence même de l’Europe confronté à une invasion rampante. Les guerres, l'insécurité sont des causes, mais la cause de fond reste soigneusement occultée, frappée par un tabou pourtant bousculé dernièrement par Macron : il s'agit de la progression géométrique de sa population à comparer avec la progression arithmétique de ses ressources vivrières. Avec pour conséquences évidentes une pression toujours plus grande d’une émigration d’une partie de sa population vers l’Europe. Pression migratoire qui ne pourra se réguler qu’en mettant sur pied un véritable plan de développement de l’Afrique sur place. Encore faudrait-il que ces pays soient en paix… Entre eux et à l’intérieur de chaque pays. Ce qui n’est pas le cas et même l’exception. Et ne nous faisons pas d’illusion : il n’est pas dans le pouvoir de l’Europe de pacifier ces régions. François « Normalou » Hollande en sait quelque chose. Merci à Sarkozy à qui nous devons – entre autres - le foutoir libyen.

Macron, lui, parle d’un plan de développement sur place. Mais un plan de développement efficace doit être débarrassé du racket et de l’exploitation par les multinationales des ressources gigantesques de cet énorme continent. Dehors Areva ! Où paye. Dehors Bolloré ! Ou paye. Dehors Total ! Ou paye. Dehors Nestlé ! Ou paye. Dehors Bill Gates ! Ou paye.

L’Afrique attire les « investisseurs » internationaux. Mais pour quel développement ? Pour un développement prédateur, néocolonialiste. Ces firmes voyous saccagent les forêts, extraient les arbres les plus rentables, puis déboisent et plantent des palmiers à huile. Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de l’Europe. Le « progrès » des tracteurs a ruiné l’agriculture vivrière en détruisant la mince couche de terre arable patiemment fabriquée par des générations de petits cultivateurs. Oui mais ça engraisse Deutz, McCormick et autres…

Les firmes voyous qui néocolonialisent l’Afrique – françaises, européennes, étasuniennes et maintenant surtout chinoises - extraits les minerais d’uranium, de cuivre, de cobalt, d’or, de diamants et laissent une terre ruinée de latérite stérile et polluée. Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de l’Europe.

À côté des firmes voyous, il y a les Etats voyous, Etats voleurs de terre : (Chine, Corée du Sud, Arabie saoudite, Libye, Qatar, etc.) et les investisseurs voyous privés (fonds de pensions, banques, etc.). Ces bandits achètent la terre, le territoire, envoient les bulldozers, saccagent, défrichent, font fuir les paysans avec l’aide musclée des potentats locaux à la patte abondamment graissée, puis plantent des cultures d’exportation (cacao, arachide, café, riz, fleurs). Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de l’Europe.

Et que dire de ce pillage des élites africaines ? ! « Il y a plus de médecins béninois en région parisienne que dans tout le Bénin ». Il en est de même pour les ingénieurs et les techniciens pourtant indispensables au développement de ces pays.

Au lieu de cette économie de prédation, ne vaudrait-il pas mieux mettre en place une réforme agraire en expulsant les grands propriétaires terriens pour partager, avec le soutien financier et réglementaire de l’État, les terrains en petites exploitations principalement axées sur les cultures et l’élevage vivriers ? ! Il y aura forcément une faible productivité, mais tant mieux : ça donnera du travail aux populations locales. Mais attention au syndrome « Zimbabwe » ou une réforme agraire de ce type mal menée a ruiné le pays…

Ne vaudrait-il pas mieux mettre en place de petites unités industrielles locales, directement en prise avec les besoins locaux : fabrication d’outils, de vêtements, de biens de consommation, d’habitations préfabriquées, de véhicules bon marché adaptés au pays, etc. ? ! Et même les pousser à exporter mais en assortissant ce développement local d’un indispensable protectionnisme vis-à-vis de la concurrence des grands pays développés qui subventionnent leurs exportations, refilent aux Africains leurs produits de seconde zone et tuent ainsi dans l’œuf toutes les initiatives locales.

Ce modèle de développement, aux antipodes de celui proposé, imposé plutôt par les organisations prédatrices que sont le FMI (Fond Monétaire International), la Banque mondiale, l’OMC (Organisation mondiale du commerce), a réussi il y a quelques décennies en Corée du Sud, en Malaisie, au Vietnam.

Ne serait-il pas plus réaliste, et efficace, de s’inspirer de ce qui a réussi ailleurs plutôt que de laisser la bride sur le cou à toutes ces institutions, multinationales et États nuisibles ? L’acceptation des investissements des états et firmes prédatrices devrait s’assortir d’un accord de ce genre : sur 1 000 que vous investissez, on vous en concède 500 pour vos cultures exportatrices, mais on vous impose d’investir 500 pour le développement de cultures vivrières à travers une aide financière et technique aux petits paysans locaux. Et idem pour les implantations industrielles venant en appui de l’artisanat et à la petite industrie locale. Pour que ça rapporte enfin aux Africains, que ça leur rende la fierté de leurs pays, et que leur enlève de l’esprit ce mirage qui les envoie, à travers déserts et Méditerranée, vers le miroir-aux-alouettes de l’Europe.

On nous rétorquera que l’argent de l’aide internationale coule à flots en Afrique… Mais il coule dans quelles poches ? Car peut-on envisager un tel développement positif avec des dirigeants et des administrations corrompus jusqu’à la moelle ? Mais qui dit corrompus dit corrupteurs. Et les corrupteurs, qui sont-ils ? Et où sont-ils ? Devinez… En plus, il faut relativiser cette aide financière. Elle est actuellement inférieure au transfert d’argent provenant de la diaspora africaine en Europe…

Enfin, il est une question taboue qu’il faut pourtant bien aborder : les bienfaits de la médecine moderne ont fait chuter heureusement la mortalité infantile. On s’en réjouit. L’espérance de vie s’en est trouvée allongée. Et donc la démographie a explosé tandis que la production restait au niveau d’une agriculture de subsistance, elle-même ruinée par les exportations subventionnées de produits européens.

Conclusion : une aide massive ne s’évaporant pas dans des poches corrompues doit se conjuguer avec une régulation efficace de la surpopulation. Les Chinois l’on fait, les Indiens tentent de le faire. Mais, au-delà de toute coercition, la manière la plus efficace de limiter les naissances, c’est l’éducation. Mais débarrassée des carcans de l'islam et du christianisme avec leur natalisme forcené.

Faute de résoudre ce double défi : développement économique de l’Afrique et limitation des naissances, l’Europe va se trouver confronter, dans les décennies qui viennent, à une gigantesque question migratoire. Qui ne se résoudra pas avec le sourire…

Ne jamais oublier les paroles de Boumedienne qui déclarait, en 1974 devant l’assemblée de l’ONU : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour faire irruption dans l’hémisphère nord. Et certainement pas en amis. Car ils y feront irruption pour le conquérir. Et ils le conquerront en le peuplant de leurs fils, c’est le ventre de nos femmes qui nous offrira la victoire. »

Allez, pour finir sur une note positive, merci à Borloo de se décarcasser pour donner « la lumière pour tous » les Africains et enfin merci à tous ces talentueux footballeurs africains qui sont la richesse et font la fierté de l'équipe France ! Sauf s'ils tombent sur Joubert...


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