Ce matin je viens d’apprendre un nouveau mot : Midazolam.

la Haute autorité de santé recommande d’autoriser les médecins généralistes à prescrire du Midazolam pour « accompagner » la fin de vie. A la ministre de trancher (la vie?)

serment-d-hippocrate
 

Midazolam ? Ques aco ? Je cherche dans interniais et je trouve de drôles de choses. Entre autres que le Midazolam est utilisé comme partie d’un cocktail pour l’injection létale dans le cadre des exécutions de condamnés à mort notamment aux États-Unis.

Le Midazolam est par ailleurs indiqué, et recommandé comme molécule de référence dans la sédation des patients pour détresse en phase terminale par la société française d’accompagnement et de soins palliatifs. Bref, en termes compréhensibles par le commun des mortels (c’est le cas de le dire), c’est un POISON extrêmement violent.

Or, en contradiction totale avec le serment d’Hippocrate, la Haute autorité de santé recommande, ce lundi 10 février, d’autoriser les médecins généralistes à prescrire du Midazolam pour « accompagner » la fin de vie. Tonton Hippocrate, en son temps, disait :…/… « Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ». De même la forme moderne de ce texte fondateur de la médecine, le Serment du Conseil de l’Ordre des médecins (2012) dit : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

Actuellement, la loi Leonetti autorise une sédation profonde et continue jusqu’au décès mais seuls les médecins à l’hôpital peuvent prescrire cette molécule. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF) réclame pour tous les médecins le droit d’administrer du midazolam, qui peut être utilisé pour mettre en œuvre une sédation profonde jusqu’à la mort (en contradiction flagrante avec le fameux Serment).

Peut-on donner ainsi le droit de vie ou de mort à un médecin, voire à un collège de médecins ? Avec la collaboration de la famille (parmi laquelle les héritiers) ?

J’entends déjà : « Ouais, la, tu déconnes Victor. Si tu étais confronté au problème, tu changerais sûrement d’avis… ».

Alors je vais vous raconter brièvement une histoire personnelle. Ma compagne – personne magnifique, ancien mannequin, ancienne directrice de pub dans un magazine – est atteinte d’une calamité, Alzeimer. Je m’en occupe 24h/24 et 365 jours par an depuis quinze ans que cette horreur a été diagnostiquée. Il y a bientôt deux ans, suite à une surmédication pour le moins hasardeuse, elle a dû être conduite d’urgence à l’hosto par les pompiers pour chute brutale, perte de connaissance et convulsions ("effets indésirables" des drogues surdosées). Je l’ai retrouvé dans un lit, semi comateuse. Le chef de service, sans prendre de gants nous dit : « La maladie en est à sa phase terminale. Elle va maintenant s’attaquer aux fonctions vitales. Elle en a pour quelques semaines… ». Quelques jours après, je l’ai récupéré chez nous, grabataire. Mais, avec l’aide formidable des jeunes femmes du SSIAD (Service de Soins Infirmiers à Domicile) qui s'occupent d'elle deux fois par jour, nous l’avons remise sur pied en quelques semaines : elle marche (en l’aidant), elle mange à table (en l’aidant aussi), elle rit, elle VIT ! Et, après avoir été une maîtresse ardente, une collaboratrice super-efficace, une compagne de rêve, elle me permet d’expérimenter un sentiment que les hommes ne peuvent pas connaître, celui de « mère-poule » puisqu’elle est maintenant quasiment ma fille, mon bébé que je lave, que je fais manger, que je fais rire en faisant le zouave et en racontant des konneries, à qui je chante des comptines et des chansons gaillardes, pour qui je me réveille la nuit pour la border, pour la changer si nécessaire. C’est un cadeau formidable qu’elle me fait. Elle me rend encore heureux et donne un sens à ma vie. Et lorsqu’elle me regarde avec ses beaux yeux bleus en me disant « Merci mon chéri », je suis payé mille fois.

Eh bien ça, avec le diagnostic du toubib de l’hosto, ça aurait pu m’être volé. Comme sa vie. Et un matin, vers 6 h 30, j’aurais reçu un coup de fil impersonnel : « Nous sommes navrés, Madame… est décédée ». Rentabilité oblige. Il faut libérer des lits… Alors on les « libère ».

J’exagère ? Allons, allons. Écoutons toujours le président de la de la FMF, pour qui « la France serait un Sahara médical s’il fallait interdire d’exercice tous les médecins généralistes qui prennent en charge la fin de vie, sans être tout à fait dans les règles ».

Sous la pression de très nombreux imbéciles heureux, le gouvernement mais aussi la justice doivent ainsi statuer sur la mise à mort des malades, des comateux, des vieux, des handicapés, des trop malades. Bientôt pourquoi pas des trop moches, des trop récalcitrants à l’idéologie dominante « pour abréger leurs souffrances », bien sûr. À la discrétion des autorités médicales ou à la demande des familles des « impétrants » à l’euthanasie. Euthanasie, tiens, en voilà un joli mot ! Ça fait savant, propre sur soi, pas comme ces vieux qui bavent, pissent et se chient dessus. Et qui coûtent si cher à la Sécu ! Pourtant, le meurtre par empoisonnement d’une personne, ça a un nom précis : ASSASSINAT ! Mais c’est pas joli…

Il s’agit ni plus ni moins du rétablissement de la peine de mort mais décrétée non pas par un jury populaire et des juges professionnels, mais par un collège de toubibs et de personnes de l’entourage du « patient » ! La porte ouverte à toutes les magouilles ou les intérêts les plus sordides le disputeront à la vraie compassion.

Il serait bon de jouer l’honnêteté intellectuelle : en finir avec la vie, est-ce la demande du malade ou celle de sa famille, de son entourage ? Il faut se méfier de ce premier réflexe qui se veut altruiste et compassionnel : abréger les souffrances du malade en accédant - voire en lui suggérant (la volonté affirmée de mourir « dans la dignité » naît dans l’esprit d’une personne consciente et lucide, bien en amont des angoisses du grabat, ce qui change tout !) – de mettre fin à ses jours. Ce qui compte, avant tout, c’est d’abattre la souffrance, pas de tuer le souffrant.

Ces lois sociétales soi-disant modernistes « d’optimisation de la vie » (euthanasie, suicide assisté, gestation pour autrui) seront-elles imposées à la masse populaire par les puissants lobbies de bobos influents ? (Ironie de la chose, c’est souvent les mêmes qui « s’offusquent » de la corrida de toros !) Eux-mêmes manipulés par le culte du pognon de la société ultralibérale : élimination des gens qui ne seront plus productifs, économies conséquentes sur les retraites, remise à flot de la Sécu. Une journée d’hôpital coûte cher à la collectivité donc, en ces temps d’austérité, abréger la vie ou suggérer aux patients que ce serait mieux qu’ils cessent de vivre parce que leur vie est devenue indigne va faire faire à la société de substantielles éconocroques !

Vive la vie, bordel !

Illustration X - Droits réservés.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.