Je viens de lire la lettre de Macron aux Européens…

Elle a déjà le mérite d’exister.

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Il écrit : «… il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent. […] l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. » Il serait temps de s’en rendre compte ! L’UE nous laisse sans protection physique, sans frontières face aux migrinvasions ; elle nous laisse sans protection économique face aux prédations sur nos entreprises, qu’elles viennent de Chine ou des États-Unis ; elle nous laisse sans protection réelle face aux intrusions des grosses multinationales du numérique dans notre vie intime ; elle nous laisse sans protection militaire autre que celle de la seule France.

« Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible. » Ah oui ? La défense européenne, combien de divisions ? Mais quel Français acceptera de mourir pour la Lettonie, Malte ou même la Pologne des pires des curés ? Quant à la protection des droits sociaux… dans les faits basés sur le moins-disant, Manu doit faire de l’humour !

« Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ? » L’euro, c’est le mark. D’ailleurs sa valeur a été établie sur un euro pour deux marks. Et l’Allemagne a conditionné sa participation à l’euro à la sanctuarisation de son orthodoxie dans les traités – ordo libéralisme, rigueur financière stricte découlant sur des plans d’austérités, etc. Serait-elle mise en minorité à ce sujet, elle préférerait l’intégrité de ses principes à l’appartenance à l’Union. Donc démocratiser l’euro suppose de refaire les traités, mais refaire les traités verra immanquablement l’Allemagne partir… et l’euro se briser. Faudrait-il le regrette ? On va voir.

« Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. […] mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Bravo mais il faudra en convaincre Frau Merkel-bis, c’est-à-dire Frau Annegret Kramp-Karrenbauer, l’Allemagne étant la principale bénéficiaire de ces traités, l’euro n’étant qu’un eurodeutchmark. Cette Allemagne qui écrase les autres. Par ses « vertus » budgétaires, sociales alors que les autres vivent crédit ? Il n’y a pas de pays « vertueux » : la dette des uns, c’est l’excès d’épargne des autres. Il faut comprendre que les entrées d’argent chez les uns correspondent nécessairement aux sorties d’argent des autres. Le fait de demander à tous les pays de dégager simultanément un solde positif est une absurdité logique. La question est de savoir ce que fait l’Allemagne, par exemple, des centaines de milliards d’euros qu’elle reçoit chaque année de l’étranger ? Ben, Siemens rachète Alstom (mais heureusement, pour une fois la Commission a mis son véto), et c’est pareil dans toute l’Europe, demandez aux Grecs… Mais la « prospérité » allemande, basée essentiellement sur l'exportation de produits d'un autre âge – ses grosses bagnoles hyper polluantes – est fragile et est d'ailleurs en train de plonger.

Alors, sortir de l’euro serait-il une calamité ? Oui. Parce que les monnaies « nationales » se déprécieraient rapidement face à l’euro qui, lui se renforcerait. Pour anticiper les inévitables dévaluations, les épargnants sortiraient leur fric en monnaies locales pour le convertir en euros. La dette de chaque pays augmenterait au rythme des dépréciations de ces monnaies. Résultats : fuite des capitaux, augmentation des taux d’intérêt, galère… Mais l’inverse, si c’était l’Allemagne qui sortait de la zone euro, le cours de l’euro chuterait, mais par rapport à la monnaie allemande et au dollar ! Cette dévaluation réduirait automatiquement le coût du travail dans les pays de cette « zone euro des pauvres », sans couper dans les salaires et favoriserait leurs exportations. De plus, la valeur de leur dette externe déclinerait avec la baisse de l’euro. Eh ! Manu, si tu prenais la tête des « pigs » comme les appellent avec élégance les « nordistes ».

« Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? » Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme […] C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès ». Pour protéger notre liberté de choisir notre mode de gouvernance, pour protéger la démocratie, Macron propose de créer « une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque État membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité. » Derrière ces belles paroles, n’est-ce pas la création d’un « machin » de plus, genre Commission, avec des technocrates élus par personne ? Ouate-Inde-Scie…

« L’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. » Tè vé, lou ravi ! Il découvre que l’élargissement tous azimuts, tel qu’imposé par les États-Unis par le truchement de son cheval de Troie britannique, a fait de l’Europe une grosse larve grasse, sans squelette, sans vision, sans ambition, sans frontière, proie juteuse pour tous les prédateurs de la terre ! Frontex, 315 personnels… Frontex ne dispose pas de ses propres équipements ou garde-frontières. Lorsqu’elle coordonne une opération conjointe, elle s’appuie sur les garde-frontières, les bateaux, les avions et les autres ressources fournis par les pays de l’UE. Bonjour l’efficacité !

« Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois. L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant-garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la Sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement. » Ben voyons. Et le dogme de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée »?

« Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles… » Voilà une idée qu'elle est bonne ! Mais il faudrait peut-être commencer par découpler les monnaies africaines de leuro en supprimant le franc CFA, permettre le protectionnisme africain pour soutenir son industrialisation et non l'étrangler avec des accords de libre-échange léonins, aider la transformation sur place des matières première comme le cacao, etc. Un plan de développement efficace doit être débarrassé du racket et de l’exploitation par les multinationales des ressources gigantesques de cet énorme continent. Dehors Areva ! Où paye. Dehors Bolloré ! Ou paye. Dehors Total ! Ou paye. Dehors Nestlé ! Ou paye. Dehors Bill Gates ! Ou paye.

«… mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ? Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place. » Refonder une ou plusieurs Europe resserrées mais avec qui ? L’Allemagne ? Trop tard. L’Italie, l’Espagne ? Sous quelle forme ? Une Europe fédérale n’existera jamais : on ne fait pas une omelette avec des oeufs durs… Alors pourquoi ne pas regarder vers nos amis Suisses et leur confédération qui marche fort bien ? Quant au retour du Royaume-Uni… Eh ! Oh ! Ils ont « libéré » l’Europe, alors qu’ils restent où ils sont. Au fait, pour résoudre leur problème de Brexit, insoluble à cause de leur frontière avec l’Irlande, on pourrait « conseiller » fermement à l’Irlande – ce pays de gens adorables mais gouverné par un État flibustier, complice assumé de tous les Gafa voyous du monde - de quitter l’Europe ?

Et puis si tu nous expliquais, citoyen Président, comment tu vas balayer la corruption qui règne dans le panier à crabe de Bruxelles alors que ton parti – LREM – va s'allier au parlement européen avec ALDE, un parti financé par Bayer, le fabricant par sa sulfureuse filiale Monsanto du Glyphosate ?

Bon, avec ça, je ne suis pas plus avancé pour savoir pour qui je vais voter. Mais je sais pour qui je ne voterai pas… Et il y en a beaucoup !

 

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