Au bistro de la Toile: stage de rééducation

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- Oh ! Fatche, regardez qui arrive les amis : Victor ! D’où tu sors, illustre fainéant robuste ? Un pénéqué qui a duré ? Une sieste cambodgienne ? Certains te croyaient mort.

- Eh non, les cafalos, seulement quatre-cents pages que j'ai écrit, à la demande délicieusement souriante de ma fille, sur ma vie et mes amours. A usage interne seulement. J'appelle ça « 'Mes dames de cœur ».

- Ouarf. Quatre-cents pages, ça ne tombe pas du ciel.

- Ecrire, Loulle, c'est un boulot de moine. Il faut être seul, s'y tenir, éviter toutes les distractions. Et comme je n'y arrive pas, ça me prend un peu plus de temps. Alors met ma tournée, maitre empoisonneur !

- Tu tombes bien Victor, on était en pleine rééducation. Après cette longue interruption, il y en a qui ne savent plus lever le coude dans les règles. Allez, on reprend. En position. On prend la momie entre le pouce et l'index. Le coude droit posé sur le zinc. Oui, d'accord Bert, toi t'es gaucher, mais tu bois des deux mains. On approche le verre du tarin et on hume. Eh ! La Durite, j'ai pas dit d'éternuer dans son verre, on éternue dans son coude, c'est codifié maintenant.

Allez, on reprend. On hume longuement. Vous sentez cette délicate fragrance de menthe et de réglisse qui surnage derrière la puissance dominante de l'anis et de la badiane ? Bien. Maintenant une première goulée en bouche.

Puteng, Ali, tu fais exprès, qué galavard cuilà, j'ai pas dit cul sec, j'ai dit une première goulée. Voilà. On la tourne en bouche, dessus, dessous la menteuse, on mâche avec de petits bruits délicats. Oh Victor, j'ai pas dit de se rincer le clapoir avec des bruits de chasse d'eau ! T'as besoin d'un stage de rééducation toi aussi. Prenez exemple sur Jules Modération. On boit toujours avec lui.

Bon, allez, je vous laisse, on m'appelle en terrasse. Bert, passe derrière le comptoir et remplace-moi, tu fais le « coach ». A la vôtre les amis ! La vie reprend.

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