Rémi Fraisse, 20 ans, mort pour le maïs

 

Il serait mort « d’une bombe ». Dans le Tarn. De nuit. Au cours d’une manif durement réprimée par les « forces de l’ordre » contre la construction du barrage sur le Tescou, plus connu sous le vocable de « barrage de Sivens ».

On bombarde dans le Tarn maintenant ? Comme en Syrie ? Comme en Irak ? Pas tout à fait tout de même mais un jeune homme de 20 ans, étudiant réfléchi, conscient de ses devoirs de défense de son univers de vie, est mort. Et pas de peur…

Alors c’est quoi ce barrage qui tue ? Dont on n’avait jamais entendu parler hors du terroir concerné ? Il s’agit d’un mur en béton de 12 mètres de haut sur 230 mètres de large, barrant la rivière. 48 hectares de forêts et de zones humides sont ainsi sacrifiés pour pouvoir irriguer…300 hectares. Cette irrigation profitera à 20, peut-être 30 exploitants(teurs) agricoles seulement cultivant la céréale la plus vorace en eau : le maïs.

Tenons-nous en aux chiffres. Le coût de l’ouvrage s’élèvera à 8,5 millions d’euros. Il stockera 1.400.000 m3 d’eau. Ce qui fait plus de 6 euros le m3 d’eau stockée. Même la Saur ou Véolia n’oseraient pas vendre l’eau potable à ce prix ! Alors pour de la simple eau d’arrosage… Ça fait aussi plus de 28.000 € par hectare irrigué, à comparer au prix moyen des terres agricoles dans le Gaillacois – dans les 5.000 € (cette moyenne incluant aussi les vignobles, beaucoup plus chers que les terres à maïs !). Au fil des ans, il ne reste plus que 20 agriculteurs bénéficiaires, ce qui fait 425.000 € par exploitation ! Ben dis donc ! Ils se démerdent bien les « maïsiculteurs » (c’est leur nom) du Gers !

Les objectifs de ce barrage :

-         soutien d’étiage (30 %). En clair ça veut dire remettre de l’eau quand les maïsiculteurs en ont trop pompée

-          irrigation (30 %). C’est la constitution d’une réserve en cas de sécheresse.

Sécheresse : le mot est lâché. Avec les bouleversements climatiques, la sécheresse est de plus en plus présente dans le Sud-ouest. La logique et le bon sens voudraient que l’on cultive sur ces terres les plantes les moins gourmandes en eau. Oui mais ça c’est « le bon sens ». Dans la réalité, le « bon sens paysan » a depuis longtemps déserté les campagnes au profit…du profit immédiat, quel qu’en soit le prix. La culture du maïs continue donc de plus belle, avec de très fortes pressions pour introduire le pourtant honni maïs transgénique.

Cet ouvrage est porté à la fois par le Conseil général du Gers et par la Chambre d’agriculture de ce département. Le président de cet organisme corporatif, Henri-Bernard Cartier, est un farouche partisan de la construction du barrage.

Ah ! J’allais oublier : ce monsieur est aussi vice-président de la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG). La CACG appartient en partie aux Conseils généraux du Gers et du Tarn. C’est cette même CACG qui a fait les études justifiant la construction de ce barrage. Et c’est à la même CACG qu’a été attribué – entre autres - le marché de la construction de ce barrage.

Même les experts du ministère de l’écologie, mandatés par Ségolène Royal estime cet ouvrage surdimensionné et son utilité réservée à trop peu de bénéficiaires. Pourtant, ces « experts » considèrent que « les travaux sont trop avancés pour les interrompre ».

La France, état de droit ? On peut raisonnablement en douter puisqu’il suffit de mettre les « autorités » devant le fait accompli pour que ces « autorités » entérinent les décisions les plus aberrantes.

Tè! Mon foie gras, je l’achèterai dorénavant dans les Landes, plus dans le Gers ou le Tarn !

 

Photo X - Droits réservés

 

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Et n'oublions pas de déboucher une bouteille à la mémoire de notre cher

Tonton Georges Brassens,

qui est allé baguenauder dans les vignes du seigneur voilà 33 ans.

 

 

ukraine,ogm

 

http://www.youtube.com/watch?v=aOvcTl_6VpQ

 

 

 

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