Écrire, c'est peindre le monde avec des mots

Écrire, c’est peindre le monde avec des mots. Chaque mot choisi, dans son intensité, constitue la nuance du contexte que l’on peint au travers de l’écriture.

Les nuées s’étirent dans l’azur, les touches du clavier font entendre leur étrange mélodie. De la combinaison des dalles numériques naissent des mots qui forment l’ossature d’une histoire. S’ouvrent alors différentes formes, en fonction de l’âme des mains qui les parcourent, tels un conte qui vient égayer et surprendre les esprits enfantins, un essai poignant marquant des générations, ou encore un roman, une pièce de théâtre évoquant un amour impossible.

 

Écrire, c’est peindre le monde avec des mots. Chaque mot choisi, dans son intensité, constitue la nuance du contexte que l’on peint au travers de l’écriture.

 

L’écriture dessine de nouveaux horizons. L’écriture est une arme puissante voire un rempart face à la construction d’un monde esclave de puissances pernicieuses, basé sur des dérégulations en tout genre qui transforment la planète en un train fou au bord du déraillement.

Quand les puissances de ce monde restent sourdes ou quand elles se rendent complices d’atrocités, la plume s’arme alors dans son puissant verbe pour réveiller les consciences et soulever les peuples au-delà des frontières et traversant les siècles.

 

« Écrire c’est lutter » disait la féministe Violette Leduc.

Prendre la plume c’est s’exprimer face à un monde sous emprise. Prendre la plume pour publier mon premier essai La voix d’une jeune, pour lancer des pavés dans la mare, comme un cri de défense des droits des femmes, des réfugiés, contre le racisme, contre le harcèlement scolaire.

 

« Agir, c’est modifier la figure du monde », a dit Sartre.
Je m’essaie en toute conscience, en retraçant dans cet ouvrage un certain nombre de mes engagements au travers de poèmes, d’articles et de nouvelles sur les thèmes de la lutte pour les libertés. C’est un cri de l’espérance positive pour le propre de l’existence de l’Homme, « être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et qui renforce la liberté des autres. » (Nelson Mandela).
Je m’insurge ainsi contre les violences faites aux femmes. Je m’insurge ainsi contre le racisme. Je m’insurge ainsi contre le harcèlement scolaire. Je m’insurge ainsi contre les violations des droits de l’Homme. Je m’insurge ainsi contre les injustices de ce monde et la procrastination dans ses résolutions que l’on m’impose... En m’engageant, je cultive ainsi un jardin, mon jardin, dans l’espoir sans faille de faire croître les fruits de l’espoir et de la paix.

Prendre la plume c’est refuser l’inacceptable en m’engageant et luttant plus encore, lançant une pétition pour l’arrêt des bombardements au Yémen. Cette guerre oubliée a transformé le ciel du Yémen en un orage inexorable de bombes fauchant, étranglant, démembrant sans pitié une population livrée en pâture à la rage du géant wahhabite, pointé du doigt par des associations, comme Amnesty pour son usage d’armes à sous-munitions.

Nos leaders pratiquent une indignation sélective. Ils s’alarment des crimes commis en Syrie et demeurent timorés en gardant la tête dans le sable quant aux exactions commis contre la population yéménite livrée à elle-même, par leur grand allié saoudien. Las ! Les pétrodollars les rendent esclaves du mastodonte riyadien, détenteur d’un permis d’assassiner : Silence, on bombarde... La valeur d’un peuple serait-elle proportionnelle à sa réserve de pétrole ?

Les ruines fumantes d’Idlib, les enfants atomisés par les bombardements ou asphyxiés par les gaz des sicaires du pouvoir damascène, font la une des médias du monde entier.

Les images de camps de réfugiés pleins d’êtres déracinés, des enfants mourants dans des hôpitaux déliquescents, des écoles bombardées tendent à échapper à l’insistance de radars médiatiques. Rares sont ceux qui évoquent régulièrement ce conflit tu, où des millions d’enfants, de femmes et des hommes sont en danger et meurent dans la quasi indifférence internationale.

On peut se demander comment peut-on prétendre ainsi défendre les droits humains et mener des guerres au nom de « l’exportation de la démocratie » tout en appuyant des dictatures sanglantes au motif qu’elles fournissent des énergies discutables et vouées à disparaître.

Il a fallu que le haut pouvoir saoudien pilote le massacre de l’opposant Jamal Khashoggi, pour allumer une étincelle dans l’esprit de nos leaders. Ils semblent soudain voir le véritable visage de ce jeune prince que l’on dépeignait à l’envi comme un grand réformateur, tandis qu’il phagocyte toute forme de contestation éventuelle pour asseoir son pouvoir sanguinaire.

Ce conflit qui embrase le Yémen, a tué déjà plus de 10 000 personnes (dont 2 400 enfants selon l’UNICEF) et généré la pire crise humanitaire au monde ; 14 millions de personnes sont menacées par la famine. Le Yémen, est devenu un enfer, la vie se consume et meurt lentement, sur fond d’une rivalité sanglante entre deux puissances.

En tant que citoyens du monde, prendre la plume pour protester contre l’impensable est un devoir moral. Nelson Mandela disait : « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Au même titre que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde, elle a aussi un pouvoir puissant par son pouvoir de mobilisation.

Écrire contre les injustices, c’est participer pour dessiner une victoire, une nouvelle page de l’Histoire, à l’instar de percées historiques, comme les écrits des Lumières annonçant un nouvel ordre des choses, la dénonciation des atrocités de la guerre du Vietnam ou encore l’apartheid en Afrique du Sud.

 

Camus disait : « Il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau ».

« Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire je n’y peux rien, je me débrouille. En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence » – Stéphane Hessel. Élever la voix et prendre la plume contre l'impensable est une forme de refus d'être avec le fléau.

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