Harcèlement sexuel : stop à l'indignation sélective

Si L’affaire Harvey Weinstein a suscité un séisme dans le monde et réveillé une énième fois les prises de conscience sur le harcèlement sexuel et autres formes de violences faites aux femmes, des idées reçues sur le harcèlement demeurent vivaces. Aussi, il existe une indignation sélective autour de la question du harcèlement sexuel et du viol, en fonction de la « nature » de leur auteur.

L’affaire Harvey Weinstein a suscité un séisme dans le monde et réveillé une énième fois les prises de conscience sur le harcèlement sexuel et autres formes de violences faites aux femmes.

 

Cette affaire a provoqué une éclosion d’autres scandales et le dégel de la parole des femmes victimes de violence, par le biais des hashtags #balancetonporc et #metoo. Les chaînes de l’omerta qui entravaient les femmes se brisent peu à peu et signent un véritable changement de la société.

 

Cette délivrance de la parole enfouie a soulevé les relents d’un patriarcat et d’un sexisme ancrés dans la société humaine. Toutefois, n’est-il pas trop souvent question du développement de la culture du viol dont les abondantes et putrides récoltes prouvent que la honte n’a toujours pas changé de camp ?

 

Des claviers et des lèvres s’agitent pour blâmer les victimes qui seraient coupables d’avoir provoqué leur perte, en attisant les feux de leur agresseur ou pour laisser entendre qu’elles « n’ont qu’à porter plainte ».

 

De même, les idées reçues inexorablement sur le harcèlement demeurent puissamment vivaces, tel le harcèlement de rue considéré comme un jeu de séduction. Foutaise ! Les insultes, les regards graveleux et les sifflements grivois et les sollicitations intempestives et que sais-je d’autre portant atteinte à la dignité de la femme, entrent dans l’improbable catégorie des compliments. Est-ce gratifiant que de ressentir cet étau de gêne qui pèse sur votre poitrine dès lors qu’un « dragueur », ou devrais-je plutôt dire un cureur de fossés, vous harcèlent pour avoir votre numéro de téléphone en dépit d’un refus net ?

Un sondage révèle que ¾ des français ne font guère la distinction entre séduction et harcèlement.

 

Ce dégel de la parole des femmes via les hashtags a suscité des cris de mouettes effrayées. L’analyse d’Éric Zemmour qui subodore un côté antisémite dans #balancetonporc et l’indignation d’Alain Finkielkraut qui s’étouffe et hurle à la délation, en sont des symptômes.

Est-ce de la délation que de dénoncer des crimes symptomatiques de la relégation de la femme au rang de butin, de chose ou encore d’objet entre les mains d’hommes concupiscents et vils ?

 

Dans le même temps, Internet reste entaché par des horreurs sexistes et vipérines. Le forum Jeux vidéo 18-25 ans, théâtre d’une logorrhée haineuse, en est un exemple. Selon le fondateur du site, ces déferlements d’acrimonie ne seraient que « l’expression de la jeunesse ». Peut-on invoquer ce sacro-saint argument en sachant que des internautes de ce forum se sont vantés d’avoir commis des viols et des féminicides et s’organisent en squadre pour menacer leurs détracteurs tel Nadia Daam ?

 

Hélas, la société reste encore engoncée dans un patriarcat qui déforme les jugements et qui tient à maintenir une gangue sur les corps de la femme.

 

Je note par ailleurs, une indignation sélective autour de la question du harcèlement sexuel et du viol, en fonction de la « nature » de leur auteur. Un viol ou une agression sexuelle commis par un migrant ou un étranger soulève davantage de cris de mouettes et d’opprobre contre l’auteur. En vertu de quel dogme le crime de l’agresseur français est moins répréhensible que celui de l’étranger ? Cet acte abject ne doit pas avoir de nationalité. Le prix de cet abomination n’est pas négociable. Les victimes en paient le prix fort durant toute leur vie.

 

Dans le monde, il se commet 685 viols par jour, soit 250000 viols chaque année selon les Nations Unies. Le pays des droits de l’Homme arrive en sixième position parmi les dix pays comptant le plus de viols !

En France, une femme est violée toutes les huit minutes et un viol est déclaré toutes les quarante minutes. Une femme sur dix a été violée durant sa vie.  Le nombre de viols serait de 75 000 par an en France dont seulement 12 768 déclarés, selon l'Observatoire National de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Pour 27% des Français, l’auteur d’un viol est moins responsable si la victime portait une tenue dite sexy. Cette triste statistique montre encore la persistance d’un slut-shaming.

D’aucuns s’emportent contre les « bien-pensants » qui chercheraient des excuses aux terroristes qui ensanglantent le monde par des attentats. Si un tel comportement est réprouvé, pourquoi ne pas rejeter un jugement aussi nauséabond qui enferme la femme dans une régression sociétale et un conservatisme puant ?

 

Honorer la femme, honorer la fille, passe par l’élévation de la pensée pour un changement mentalités dès le plus jeune âge. Changer l’éducation, c’est contribuer à une prise de conscience très tôt pour forger les garçons dans le respect de l’intégrité de la femme. « C’est à l’échelle mondiale qu’il faut désormais inventer de nouveaux concepts mobilisateurs, pour parvenir à cet idéal : l’égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains » – Françoise Héritier.

 

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