Pour une orthopédie économique

“Une société de croissance est le contraire d’une société d’abondance”. Tel le déclarait le philosophe Jean Baudrillard dans "La société de consommation", portraiturant ainsi la réalité de notre monde prisonnier des serres purpurines de la machine capitaliste-néolibérale.

“Une société de croissance est le contraire d’une société d’abondance”. Tel le déclarait le philosophe Jean Baudrillard dans La société de consommation, portraiturant ainsi la réalité de notre monde prisonnier des serres purpurines de la machine capitaliste-néolibérale. La réalité d’un monde où les États, pourtant garants du bien public, se font les serfs d’un système économique qui assaille, tue, vole, oppresse au profit d’un microcosme sans miséricorde. Un rapport d’Oxfam souligne en outre que 82% des richesses sont détenues par 1% des plus riches de la planète. L’hypermondialisation des économies a accouché d’un prolétariat de laissés-pour-compte condamnés à manger des briques et dont une partie se regimbe en accordant leurs suffrages à des prophètes démagogiques qui prêchent un grand soir protectionniste et des lithopédions identitaires.

 

On pourrait reprendre la citation de Jacques Chirac qui disait : “la maison brûle et on regarde ailleurs”. On ferme les yeux ni plus ni moins, sur ce train fou économique qui charrie dans son sillage une déferlante de contrecoups funestes, qui frappent de plein fouet la planète. 

En dépit de la “bonne volonté” pendue aux façades de nos leaders, l’urgence environnementale est continuellement sacrifiée sur l’autel des intérêts économiques huilant le bulldozer capitaliste-néolibéral. 

En témoigne l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le MERCOSUR dont les normes sont peu scrupuleuses envers l’environnement. En témoigne l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada (CETA), qui accorde, entre autres, aux multinationales le droit de fustiger et d’anathématiser les Etats allant à l’encontre de leurs intérêts. La Commission Schuber vient étayer ces inquiétudes, soulignant que le climat y est le “grand absent”.

 

Nos gouvernants, parabalanis au service de la sainte-croissance, demeurent sourds et aveugles aux signaux d’alerte des citoyens et des dérèglements de la planète, théâtre de bouleversements inexorables. En attestent le mois de juin 2019, le plus chaud de la planète ainsi que la hausse de la température du globe, +1,1°C depuis l’ère préindustrielle, selon le GIEC. 

“Mais la croissance (ou les emplois) d’abord” osent-ils, justifiant leur servitude volontaire au capitalisme-néolibéral, aux lobbys et aux autres puissances d’argent. Ils s’obstinent en traînant aux gémonies les citoyens éclairés, sous le chef d’accusation de catastrophisme pour se dédouaner et préserver leurs propres intérêts au mépris de la raison. À se demander, tout comme le pointait Hegel, si l’Etat ne serait pas une somme d’intérêts privés.

 

Le train fou capitaliste-néolibéral progresse à très grande vitesse, au prétexte d’incommensurables promesses d’emplois, un véritable non-sens sur le long-terme. Y a-t-il un sens à cultiver du profit qui alimente un système faisant de notre existence une peau de chagrin ? Selon l’ONU, 80 millions d’emplois pourraient disparaître en raison du réchauffement climatique. “Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas” prédisait Sitting Bull. 

Le danger n’est plus sous-jacent, il est manifeste. Au regard de ce train fou capitaliste-néolibéral, adopter un système économique social et solidaire, relève d’une nécessité vitale. Il est crucial de changer de paradigme, mettant la planète au cœur des politiques prônant une orthopédie économique prévenant les dérives d’une économie dérégulée. De même, prendre le contrepied de la loi du plus fort, loin de la frénésie libre-échangiste, est un défi à relever.

 

Le rôle protecteur des Etats demeure en ce sens une priorité. C’est l’essence même de l’existence de l’homme pour briser les chaînes et de s’affranchir des puissances d’argent. Il y a lieu de refuser l’inacceptable, de s’insurger contre une machine exaltant l’austérité étrangleuse au détriment de la santé sociale des populations. Programmer des lois environnementales équitables et ambitieuses (tels l’arrêt des subventions aux énergies fossiles ou le renforcement du financement de la transition écologique), relève d’une urgence absolue pour la planète dont le pronostic vital est engagé. 

 

Camus disait : “Il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau”. Suivre ce mantra relève d’un devoir moral, pour un modèle économique équitable.

 

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