Élections européennes 2019 – Réflexions d’une primovotante

Un premier débat télévisé, confrontant les têtes de liste des principaux partis à la course aux voix, a officiellement ouvert le bal de la campagne des élections européennes. Ce bal où ont défilé mille mascarades, s’est inscrit dans un cadre où la défiance envers les institutions européennes atteint son paroxysme.

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Un premier débat télévisé, confrontant les têtes de liste des principaux partis à la course aux voix, a officiellement ouvert le bal de la campagne des élections européennes. Ce bal où ont défilé mille mascarades, s’est inscrit dans un cadre où la défiance envers les institutions européennes atteint son paroxysme. Mille interrogations se sont bousculées autour de cette Europe dont on pourfend l’opacité et l’essence technocratique, voire l’inutilité présumée. Ces éléments ont pu ressortir des débats et conférences à travers une France engoncée dans une crise identitaire et existentielle : « la France était autrefois le nom d’un pays ; c’est aujourd’hui le nom d’une névrose ». Cette affirmation de Sartre reflète hélas l’état d’esprit qui tourmente la France et peut s’appliquer aux institutions européennes engluées dans la vase de la défiance.

 

Aujourd’hui, la défiance emprunte des visages multiples. Tel le Brexit. Telle la poussée de fièvre nationaliste.

 

Cette fièvre foudroyante, exploite et cultive les peurs pour muer l’autre en un bouc émissaire à sacrifier sur l’autel de la haine. Cette fièvre abonde sur l’épave future du train fou néolibéral, drogué à la croissance et à l’austérité, idolâtrant fanatiquement l’argent en foulant la vie et la floraison sociale des peuples. Peuples dont l’ire explose au travers de mouvements sociaux dont le pays des droits de l’Homme est l’épicentre.

 

De cette atmosphère mouvante et protéiforme, des voix s’élèvent des rangs de la jeunesse pour clamer son rejet d’un modèle économique ravageur, menaçant de muer la Terre en un abysse suffocant où tout se meurt et que  même l’argent ne pourra guère être d’un grand secours.

 

Ainsi se dessinèrent les enjeux qui moulent les campagnes où des partis ont conduit des cultures de fake news dans les alpages médiatiques et sociaux, profitant de l’ingénuité désespérée d’un peuple hurlant son rejet envers des pouvoirs sous la coupe de lobbys.

 

En France, cette campagne électorale européenne 2019 a pu mettre en lumière les crises nombreuses secouant les partis politiques laminés par leurs divisions et les manquements à leurs valeurs fondamentales focalisés par la chasse aux bulletins de vote. D’où vient que des partis se mettent à ériger des murs dans les esprits, brandissant des étendards stupides, à rebours de leurs valeurs intrinsèques de charité ?

 

Les enjeux déclenchèrent des interrogations à juste titre. Des interrogations d’une primovotante atterrée par la désagrégation inexorable de partis politiques ayant renié leurs idéaux, déroulant le tapis rouge à des discours aux remugles nationalistes. Alarmée par l’empire nocif, ravageur des lobbys sur le processus législatif, qui transpercent la démocratie à coups de glaive. Effarée par la vassalité d’institutions obsolètes qui sont absurdement soumises à l’appétence de l’Oncle Sam.

 

Il était tout à fait légitime de s’interroger sur le sens véritable d’un vote, qui ne changerait inéluctablement que peu le cours institutionnel d’une Europe dont les traités affirment certes un souci de « prospérité sociale » mais qui, dans la pratique, se met au service d’un capitalisme débridé et d’une austérité asphyxiante. Mais faire de l’Union Européenne un bouc émissaire, revenait à basculer dans un simplisme dangereux et à occulter les aspects positifs de la construction européenne elle-même. En 1957, la naissance d’une union d’États d’Europe a donné lieu à une avancée cyclopéenne vers la reconstruction d’un continent encore blessé par des guerres et rivalités, puis a abouti à une coopération entre des nations naguère ennemies, porteuse de succès économiques.

 

Mais las ! On ne peut déplorablement que relever la perversion du projet européen, aujourd’hui instrument de puissances financières corrompant des élus censés représenter le peuple et non indignement leurs propres intérêts.

Aller jusqu’à se résigner à l’abstention reviendrait à pratiquer une forme de conservatisme et laisser le champ libre aux projets mortifères visant à démembrer la structure européenne, à instiller la haine et abandonner l’Europe à une décomposition certaine, à l’instar d’un feu presque inextinguible.

 

Aussi, convient-il de distinguer l’Europe entre les murs institutionnels au fonctionnement huilé et l’Europe « hors des murs ». Cette Europe « hors des murs » se compose d’une société civile en quête de justice et de transparence, telle la jeunesse inquiète face à l’apathie délibérée de gouvernants plus sensible au billet vert qu'à l'écologie.

 

Une vigilance sur tous les fronts, s’impose. Une vigilance face aux porte-drapeaux d’un néolibéralisme débridé et d’une flamme haineuse menaçant d’embraser les tensions. Ce devoir échoit particulièrement aux membres de la jeune génération maîtresse de l’avenir, qu’il a lieu d’entendre sans attendre.

 

Le verdict des urnes du 26 mai 2019 met et remet sur le devant de l’échiquier politique, des forces vives ; la vague verte à l’échelle européenne dépasse de loin le stade de l’émergence pour faire son entrée dans la zone de croissance. Parallèlement, des contrées sont encore les témoins d’une vague brune qui vient porter son lot d’égoïsme, d’inquiétudes, de haine et de peur de l’autre. Ces deux montées en puissance révèlent un rejet du SME – traduit ici en tant que Serpent Macroéconomique Eurolibéral – mais aussi, une nécessité de bâtir une Europe hors des murs institutionnels blindés, en utilisant ses richesses pour ce faire. Camus disait : « J’ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre ».

Suivre ce mantra relève du devoir. Chaque action constitue une avancée colossale vers la restauration de l’humanité, car « agir, c’est modifier la figure du monde » – Sartre.

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