Avoir 18 ans en 2018

L’an 2018 se déroule et s’achève dans le flot continu des fracas et des bouleversements géopolitiques rampants aux répercussions planétaires

L’an 2018 se déroule et s’achève dans le flot continu des fracas et des bouleversements géopolitiques rampants aux répercussions planétaires.

Face à la déferlante d’êtres humains dans la détresse, l’Union Européenne se mue en citadelle, se rendant coupable de non-assistance à personne en danger, voire de mise en danger de la vie d’autrui en leur tournant le dos ou encore en les jetant sous la coupe de gouvernements criminels par des accords ignominieux. Cette Europe tend à se métamorphoser pour laisser libre cours à des idéologies et des politiques nationales-populistes. Les discours xénophobes se banalisent aussi bien sur le théâtre politique que médiatique au grand dam de la grandeur humaine.

 

La plus grande puissance mondiale prône un isolationnisme hypocrite et se claquemure par des décisions unilatérales qui risquent d’enflammer davantage les tensions politico-économiques et géopolitiques allant à l’encontre d’intérêts internationaux.

 

Dans le même temps, les Proche et Moyen-Orient s’enfoncent dans un gouffre d’affrontements aussi complexes que perpétuelles. Dans cette poudrière, on assiste à l’émergence d’un axe belliqueux autour de l’Arabie Saoudite. Cette puissance pétrolière s’attaque froidement à des civils innocents et sans défense au Yémen avec la complicité tacite de ses alliés occidentaux, s’affrontant ainsi lâchement indirectement au géant chiite.

 

Le continent asiatique n’est pas en reste. Il fait face à la montée en puissance d’une Chine qui se mue en un régime orwellien au cousinage totalitaire nord-coréen, addict à une technologie de guerre nucléaire dissuasive et provocatrice qui suscite la fureur américaine.

 

Les jeux diplomatiques et la défense des intérêts personnels des grandes puissances sont les maîtres, tandis que des chancelleries dans une mascarade innommable se proclament messies de la paix et de la démocratie aux yeux du monde.

 

La négociation entre les parties en conflit est inexorablement inexistante, laissant place à une inflexibilité meurtrière, confrontant bains de sang, impasses politiques, laissant mourir des peuples entiers sous le feu des bombes ou de la faim.

 

Les puissances d’argent écrasent, dominent et oppriment ce monde où les inégalités se creusent de manière abyssale. Le récent rapport d’Oxfam, souligne que 82% des richesses se trouvent entre les mains de 1% des plus riches de la planète.

 

C’est ce monde erratique que nos aînés bâtissent et nous offrent ! Pensent-ils aux nombreuses conséquences de leurs actes et de ce legs empoisonnés, comme une dette impossible à rembourser, que nous allons devoir supporter ?

 

Ce monde en 2018, s’inscrit dans la continuité de la mutation économique et politique qui plonge nombre d’individus, dont la jeunesse, dans un avenir plus qu’hasardeux.

 

Avoir 18 ans en 2018, c’est devoir vivre dans un monde que nos gouvernants n’hésitent pas à sacrifier pour une course effrénée et égoïste pour s’enrichir sans partage, paupérisant des parties du monde qui s’éteignent sous la famine et n’ayant pas d’autre solution que de migrer au péril de vies humaines.

 

C’est notre devenir qui est en jeu. Hegel n’avait-il pas dit que l’État est une somme d’intérêts privés ? Les institutions mondiales et régionales, dont le rôle moral est d’assurer la prospérité et la sécurité des citoyens, s’avilissent par mille compromissions avec des conglomérats industrialo-financiers, face à la servitude volontaire de gouvernants face aux lobbys.

 

Avoir 18 ans en 2018, c’est appartenir à ce monde où émergent des courants politiques qui attisent la haine comme on excite un brasier presqu’inextinguible. Dans les années 30, la crise économique a alimenté la vague brune qui a incendié le monde entre 1939 et 1945. Aujourd’hui, une nouvelle vague brune se nourrit de l’incurie des gouvernements, de cette peur de l’étranger qui est atavique à l’espèce humaine. Cette vague brune, accompagnée d’une poussée de fièvre « illibérale », qui avait englouti des pans entiers de l’Europe de l’Est, la première puissance mondiale, l’Italie, l’Autriche, menace encore aujourd’hui l’édifice demi-séculaire de l’Europe pour s’étendre à d’autres nations.

 

Avoir 18 ans en 2018, c’est vivre dans un monde qui accouche d’une génération connectée aux innovations. C’est vivre dans un monde où la mondialisation a atteint un point de bascule avec une ère marquée par la numérisation inquiétante de nos rapports et de la démocratie, marqué par l’essor des technologies qui tendent à s’insinuer dans nos vies intimes sous l’égide des puissants GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). Cette entrée dans la vie privée par effraction mue l’ouvrage 1984 d’Orwell en une terrifiante prophétie contre laquelle les véritables démocraties doivent faire face et lutter par le jeu de la réglementation. Ainsi se crée un monde où la numérisation semble dessiner un avenir aussi incertain qu’inédit.

 

Avoir 18 ans en 2018, c’est affronter un monde qui se meurt suite aux massacres perpétrés contre notre écosystème et aux écocides commis par des oligarchies et par des gouvernements plus soucieux d’alimenter leur manne financière et d’entretenir la santé économique de leur contrée. « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas » disait Sitting Bull.

Depuis plusieurs années, de nombreux rapports d’experts nous alertent sur l’extermination lente de notre écosystème et les effets des activités humaines sur notre Terre. Nos gouvernants la tuent à petit feu et procrastinent les mesures nécessaires à sa préservation pendant que son agonie s’accélère.

 

Avoir 18 ans en 2018, c’est vivre ainsi dans un univers qui se modernise, soumis au tournant pris par la mondialisation. Le tourbillon technologique apporte aussi bien une corne d’abondance pour les nantis, qu’une source amère de désolation pour les laissés pour compte.

 

Tel est ce monde qui s’ouvre à nous, génération naissante.

 

Le poète Edward Young disait que « la jeunesse est la saison de l’action ». L’espoir de cette jeunesse est un conducteur majeur. Faisant partie des plus que conquérants remplis de foi, mon devoir de jeune est de m’engager à l’excellence et de m’opposer, de fustiger nos gouvernements. Nous nous devons de refuser leur legs inique menaçant à grand pas notre planète, sans perspective réelle de paix et d’équité. Ma planète est en danger, mon monde est en danger. De la génération en devenir, j’accuse les leaders actuels de ce monde de brader nos chances et de nous perdre en toute conscience. Je tiens à ma planète, je tiens à mon monde. Manifester un refus catégorique de voir notre monde se défaire sous les attaques des hommes contre l’humanité devra être le symbole de notre génération, car « chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse » – Albert Camus.

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