Bouygues Telecom rachète l'opérateur EI Telecom et ses deux millions d’abonnés

Bouygues Telecom vient d’annoncer la signature d’un protocole d’exclusivité avec Euro-Information Telecom, le numéro 5 du mobile en France. Ce groupe porté par le Crédit Mutuel est la maison-mère de cinq opérateurs alternatifs, dont NRJ Mobile et Cdiscount Mobile. L’opération, qui associe le CIC et le Crédit Mutuel, s’élèverait à 530 millions d’euros au bas mot.

Coup de tonnerre dans le paysage des télécoms français. Bouygues Telecom a signé un protocole d’exclusivité avec le Crédit Mutuel afin d’acquérir 100% du capital d’Euro-Information Telecom (EIT). L’opération est estimée à 530 millions d’euros de part fixe, auxquels viendront s’ajouter à terme entre 140 et 325 millions de part variable, payable sur cinq ans, “conditionnée à l’atteinte de critères de performance économique et payable sur plusieurs années”. Bouygues Télécom serait ainsi disposé à dépenser jusqu’à 855 millions d’euros afin de s’offrir un groupe qui, bien que méconnu du grand public, lui permettrait “d’accroître sa base de clients” et de “renforcer son empreinte commerciale”.

EI Telecom n’est pas le plus connu des acteurs du marché du mobile dans l’Hexagone. Fondé en 2005, ce groupe filiale du Crédit Mutuel réalise néanmoins un chiffre d’affaires de 490 millions d’euros (2018) et compte plus de deux millions d’abonnés, répartis parmi ses cinq opérateurs : Auchan Telecom, Cdiscount Mobile, CIC Mobile, NRJ Mobile ainsi que Crédit Mutuel Mobile. Malgré quelques années difficiles liées aux offres hyper agressives de Free en 2011, le groupe a tenu bon. En plein boom ces dernières années, l'opérateur full MVNO grappille de plus en plus de parts de marché et avait largement de quoi séduire les pionniers du secteur. Cette vente, bien que soudaine, n’est donc pas si surprenante.

Au-delà du processus de rachat, Bouygues Telecom a conclu un accord de distribution exclusif avec le Crédit Mutuel et le CIC. Un plan tripartite qui se veut gagnant-gagnant. Richard Viel, directeur général de l’opérateur, détaille les contours du projet, expliquant que la branche télécom du groupe Bouygues pourra ainsi proposer “ses offres aux caisses locales du Crédit Mutuel et aux agences bancaires du CIC, réparties sur tout le territoire”. On parle là de 4 200 points physiques répartis dans toute la France pour un total de 30 000 conseillers de clientèle. De quoi booster le parc de clients de Bouygues Telecom et permettre à l’opérateur de revenir petit à petit sur Free.

La question qui se pose désormais et qui n’a toujours pas obtenu de réponse est : que va-t-il advenir d’EI Telecom et de tous les opérateurs réunis sous cette bannière ? Pour l’heure, aucune information officielle n’a été donnée concernant le maintien ou non des marques telles que Cdiscount Mobile, NRJ Mobile et consorts. Bouygues Telecom s’est néanmoins voulu plutôt rassurant dans un communiqué : “ce partenariat stratégique permettrait à EIT de poursuivre le développement de son activité en s’appuyant sur des valeurs communes aux deux partenaires : qualité de service, proximité client et respect des collaborateurs”.

Jusqu’alors, Euro-Information Telecom a bâti son succès sur la stratégie MVNO, comprendre opérateur de réseau mobile virtuel. Le groupe n’émet en effet pas son propre réseau et utilise celui des acteurs historiques du secteur. Après ce rachat, nul doute que les différents opérateurs concernés utiliseront exclusivement celui de Bouygues Telecom, mettant ainsi au passage un petit coup à SFR, jusqu'alors principal partenaire d'EI Telecom. À l’issue de son contrat avec EIT, l’opérateur du groupe Altice risque d’enregistrer une baisse considérable de sa base de clients. L'évolution de la situation est donc à suivre de près pour savoir comment les concurrents directs de Bouygues Telecom vont réagir.

Le Crédit Mutuel, lui, fera au passage l’économie d’investissements nécessaires pour passer à la 5G. “Même si EIT est un opérateur virtuel et que le trafic passe par le réseau des grands opérateurs, il dispose de ses propres équipements, notamment pour une partie de la collecte”, précise Le Figaro. En effet, le passage à la nouvelle génération de téléphonie mobile aurait demandé de gros efforts financiers. 

L’opération suit désormais son cours et pourrait être finalisée d’ici la fin de l’année, “sous réserve de l’obtention des autorisations administratives nécessaires et reste soumise au processus de consultation des instances représentatives du personnel”. C’est bien là l’inquiétude qui pèse sur ce rachat. L’autorité française de la concurrence va-t-elle laisser passer un tel deal, qui réduit l'hétérogénéité de l’offre et risque de tirer tous les prix vers le haut, d’autant plus avec l’arrivée imminente de la 5G ? Réponse dans quelques mois. 

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