La France et les industriels en retard sur le Plan France Très Haut Débit ?

Initié en 2013, le plan France Très Haut Débit repose sur un cahier des charges strict. Dans le cadre de ce projet gouvernemental, les quatre principaux opérateurs français ont pour objectif de proposer le très haut débit à l'ensemble des Français d’ici 2022, ainsi qu’un accès à la fibre optique pour tous les logements en 2025. Toutefois, avec la pandémie, qu'en est-il du respect de ces délais ?

L’autorité de régulation des communications électroniques et des postes, par l’intermédiaire de son président Sébastien Soriano, a annoncé qu'elle serait intransigeante quant aux délais imposés aux opérateurs. Le président de l’autorité administrative a même déclaré que les opérateurs réseaux s’étaient juridiquement engagés à tenir des délais. Crise sanitaire ou non, les retards en matière de déploiement du réseau fibre ne seront que rarement tolérés. Il affirme que la crise ne doit en aucun cas être une excuse pour justifier n’importe quel retard.

Cependant, il confirme tout de même que les retards et les motifs présentés seront longuement examinés. L’Arcep refuse ainsi de voir les opérateurs réseaux utiliser la crise du Covid-19 pour justifier tout et n’importe quoi. Des enquêtes et un examen de la mobilisation des opérateurs permettront, a posteriori, de définir si le retard pris est bien dû au ralentissement de l’activité et donc imputable à la crise du Covid-19. L’autorité régulatrice persiste et signe en affirmant même que le déploiement du réseau fibré a été confié aux opérateurs et donc au marché. Ils doivent donc “être responsables”, toujours selon Sébastien Soriano.

Si le déploiement de la fibre optique sur le territoire français semblait être sur la bonne voie au premier trimestre de l’année 2020, la crise du Covid-19 a totalement bouleversé le monde, les marchés, l’État et visiblement le déploiement du réseau très haut débit en France. Le taux de déploiement de la fibre optique est actuellement de 39% avec une nette hausse sur la période janvier-mars 2020 (augmentation de 27% par rapport à l’année précédente, sur cette même période), et une baisse d’activité de 70% qui a été enregistrée durant la période de confinement.

Difficile donc pour les principaux acteurs du déploiement de la fibre optique en France, comme pour l’Arcep, d’estimer le retard accumulé au cours de ces 2 derniers mois. Il semblerait cependant que ce dernier soit conséquent. Les opérateurs ont souhaité une réévaluation du planning ce qui démontre bien leur inquiétude quant à la difficulté d’honorer leurs engagements. Compte tenu du contexte et des objectifs qui leur sont donnés, les prochains mois risquent donc d’être complexes tant d’un point de vue logistique que financier. Logements, masques, autorisations administratives, tant d’embûches qui risquent encore une fois de ralentir la progression du déploiement de la fibre optique sur le territoire français.

La situation semble problématique, certes, mais tout n’est pas forcément perdu. Les industriels chargés du déploiement de la fibre peuvent tout se féliciter d’avoir réussi à maintenir un semblant d’activité sur les chantiers. Le contraire eut été catastrophique. Un arrêt total de l’activité sur la période mars-avril-mai aurait en effet eu des répercussions rédhibitoires quant à la possibilité de tenir les délais. Pas moins de douze mois auraient été nécessaires, pour relancer convenablement l’activité si ce scénario s’était produit. Une telle situation aurait pu remettre en cause la totalité du plan France Très Haut Débit.

Si le déploiement ne tenait qu’à l’investissement des quatre opérateurs réseaux et de leurs structures propres, la situation pourrait être un peu plus stable. Ce n’est malheureusement pas le cas. De nombreuses PME sont impliquées dans le déploiement de la fibre optique en la qualité de sous-traitant. C’est principalement sur eux que reposent le plus de doutes. Outre les PME ayant malheureusement dû cesser leur activité durant le confinement, certaines sont au bord de la faillite. Sébastien Soriano affirme que les quatre grands industriels doivent “soutenir à bras le corps” le déploiement de la fibre optique et l’activité des PME gravitant autour du déploiement du réseau très haut débit fixe.

Certaines initiatives sont déjà en place afin de soutenir les PME durement touchées par la crise du Covid-19. Iliad par exemple, la société-mère de l’opérateur Free mobile et propriété de Xavier Niel, a mis en place le plan Solid-19. Un fond de solidarité dédié aux TPE et PME sous-traitants du groupe. Initialement, ce sont 50 millions d’euros qui devaient être débloqués pour aider les très petites et moyennes entreprises et soulager leur trésorerie. Ce sont finalement 700 entreprises qui seront aidées et près de 90 millions d’euros qui seront versés aux sous-traitants d’Iliad.

Il est évidemment nécessaire pour les opérateurs réseaux de soutenir l’activité de leurs sous-traitants. Sans eux, le plan France Très Haut Débit risque de se finir sur un échec retentissant. Une possible montée des tensions entre une Arcep implacable et des opérateurs réseaux dans une situation délicate n’est pas à exclure. Arthur Dreyfuss, président de la FFT et également président d’Altice a déclaré que les propos de l’Arcep était une insulte à l’encontre de ceux qui, chaque jours, prennent des risques pour assurer un respect des délais.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.