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Billet de blog 15 janv. 2021

La course à la 6G a déjà commencé

Si la pertinence d’un réseau aussi performant que la 5G pour le grand public fait toujours débat, la course à la performance semble l’emporter avec des regards déjà tournés vers la 6G. Les recherches sur le réseau mobile de sixième génération n’en étant qu’à leurs débuts, le futur standard de la téléphonie mobile n’est pas attendu avant l’horizon 2030.

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Le déploiement de la 5G est en cours. Suite à de nombreuses recherches et de nombreux débats, certaines villes disposent déjà de cette nouvelle génération. Les opérateurs ont modifié leurs bouquets d’offres pour proposer cette technologie aux consommateurs. Côté matériel, les smartphones en capacité d’utiliser la 5G sont d’ores et déjà disponibles sur le marché. Les autorités promettent l’ultra haut débit au plus grand nombre. Les industries se réjouissent des possibilités révélées par ce réseau aux capacités incroyables (selon les annonces de ses partisans). Dans ce monde où les connexions sont toujours plus nombreuses, cette technologie semble apporter un souffle nouveau aux communications.

Pourtant, les constructeurs, opérateurs et autres grands noms de la téléphonie mobile et des réseaux ont déjà la tête ailleurs. Si le grand public découvre doucement la 5G et que les industries appréhendent les nouveautés de cette génération, les têtes pensantes se projettent dans un monde qui semble encore bien loin. En 2019, Samsung publiait un livre blanc. Intitulé “La prochaine expérience hyperconnectée de tout le monde", il profilait déjà les recherches sur la génération de réseau mobile suivante, celle de la 6G. Certains viennent tout juste d’acheter leur téléphone compatible 5G et de changer de forfait ? Qu’ils n’aient crainte, ces achats ne sont pas tout à fait obsolètes. Les recherches sur la 6G commencent tout juste. Mais c’est déjà dans le but de généraliser son utilisation en 2030 que les Etats-Unis, la Chine et l’Europe se lancent dans cette nouvelle course technologique.

Mais qu’est-ce que la 6G ? Aujourd’hui, elle reste un concept encore flou. Comment définir les possibilités d’une technologie dont la grande sœur n’est pas encore déployée à son plein potentiel ? Pour mieux l’appréhender, il faut donc partir de la technologie actuelle et de ce que l’on sait déjà. Le grand changement de la 5G, comme sa prédécesseure, c’est sa bande passante. En d’autres termes, c’est la quantité d’informations qui peut être échangée de manière simultanée. En passant de la 3G à la 4G, le réseau est passé d’échanges d’informations d’une vitesse de 5 Mbits/s à 100 Mbits/s. Avec la 5G, c’est un accès à une connexion encore 10 fois plus rapide. L’augmentation du débit, la réactivité et la capacité de connexion des objets sont les points clés de la généralisation de la 5G. Ces trois avancées permettent des changements importants dans divers domaines. L’augmentation de la capacité de connexion, par exemple, permet de multiplier le nombre d’objets connectés disponibles sur le marché. Grâce à la diminution de la latence, leur réaction à une commande devient quasiment immédiate. C’est ce qui a permis à un chirurgien d’opérer son patient à distance (à plus de 3000km), en avril 2019. D’après les experts, tous les domaines (du divertissement à la formation) verront leurs usages évoluer au rythme de la généralisation de la 5G.

Alors que cette dernière n’est pas encore installée partout en Europe, il est encore difficile d’observer son plein potentiel. Mais les professionnels de la téléphonie et des réseaux mettent déjà en avant une révolution des pratiques quotidiennes. Pourtant, les chercheurs voient plus loin avec leurs travaux sur la 6G. Que faut-il donc attendre de cette génération ? Si les projets viennent d’être lancés, les promesses sont déjà belles. Les entreprises nordiques que sont Nokia (Finlande) et Ericsson (Suède) ont annoncé leurs attentes de la 6G et de ses apports. Selon leurs dirigeants, cette prochaine génération pourrait marquer la fin du clavier numérique et l’avènement des commandes vocales et gestuelles. La chirurgie à distance, évoquée précédemment, pourrait ainsi être généralisée. Les objets non connectés pourraient même tendre à disparaître.

Dans son livre blanc, Samsung Electronics met aussi en avant sa propre vision du futur avec la 6G. D’après l’entreprise, les vitesses de transmission devraient augmenter de manière exponentielle. Cette fois, le débit ne se comptera plus en méga mais en tétra. En d’autres termes, la 6G devrait être 100 fois plus rapide que la 5G. En plus d’une telle vitesse, c’est la latence qui devrait aussi être encore réduite (alors qu’elle n’était déjà que de l’ordre de la milliseconde avec la 5G). Grâce à ces deux atouts, de nombreux processus et usages vont changer. D’après les dires du constructeur, l’arrivée de la 6G est une opportunité pour généraliser l’utilisation des voitures autonomes. La diminution de la latence permet à ces véhicules de réagir à une commande ou de prendre en compte un obstacle en temps réel. Cette prouesse permettrait d’assurer la sécurité de telles voitures, autorisant ainsi sa production à grande échelle. Toujours selon le livre blanc de Samsung, la 6G permettrait aussi de pousser l’expérience multimédia à son maximum. Entre les hologrammes, la réalité étendue et les doubles numériques, la communication et le divertissement vont voir leurs méthodes évoluer à grande vitesse.

Samsung n’avance que des suppositions. Mais le constructeur se tient prêt et participe activement aux recherches. Selon lui, la commercialisation de la 6G devrait commencer à l’horizon 2028. Comme pour les précédentes générations, les chercheurs s’attendent à ce que la petite sœur de la 5G se déploie massivement en 2030. Pour atteindre cet objectif, les États et les entreprises se lancent déjà dans des projets de recherche.

Début 2020, l’Europe rejoint officiellement la course à la 6G en lançant le projet Hexa-X. Ce projet rassemble 25 entreprises européennes du secteur de la téléphonie mobile et des réseaux. Parmi eux, la France est représentée par les entreprises Orange et Atos. Nokia et Ericsson dirigent le groupe et les recherches. Avant d’entamer les travaux en profondeur, les entreprises ont déjà conceptualisé leur vision de cette sixième génération de réseau. Selon eux, elle est le lien entre trois mondes : le monde physique, le monde humain et le monde virtuel. Il s’agit de l’interconnexion entre les procédures, l’intelligence et l’information. Afin de préciser les échanges entre ces trois mondes, les entreprises du projet Hexa-X définissent 6 axes de recherches : l’intelligence connectée, le réseau des réseaux, l’écologie, la couverture mondiale, l’expérience extrême et la confiance. Ce sont les axes théoriques de développement que l’Europe souhaite mettre en avant lors des recherches sur cette sixième génération de réseau mobile. 

L’intelligence connectée fait référence à l’évolution de l’intelligence artificielle. Selon leurs écrits, la 6G doit représenter un cadre de support et d’amélioration de cette dernière pour la rendre fiable à 100%. L’expression “réseau des réseaux” évoque la capacité de la 6G à agréger de nombreuses ressources sous un seul réseau. Comme pour la 5G, les chercheurs se doivent de prendre en compte l’écologie. Pour respecter les objectifs mondiaux de réduction de l’empreinte écologique, il faut que la 6G entre dans une démarche de transformation optimisée des infrastructures digitales. La couverture mondiale n’est autre que la disponibilité du réseau pour le plus grand nombre avec une technologie toujours plus puissante. Enfin, la 6G doit aussi assurer l’intégrité et la confidentialité des échanges d’information. C’est pourquoi la confiance est aussi un axe de réflexion.

En se lançant officiellement dans la bataille, l’Europe essaie de ne pas se laisser distancer. Elle ne peut pas se permettre de prendre autant de retard que celui constaté pour l’installation de la 5G. Les Etats-Unis, la Chine ou la Corée du Sud ont en effet déjà commencé leurs travaux. Pour l’Amérique du Nord, le projet est porté par la Next G Alliance. Il s’agit, comme pour Hexa-X, d’un rassemblement des plus grandes entreprises nord-américaines du secteur de la technologie. Ensemble, ils ont pour but de travailler sur la recherche, le développement, la manufacture, la normalisation et la disponibilité du marché. Pour les Américains, c’est aussi l’opportunité de prendre leur revanche. En effet, lors du développement de la 5G, le leader avait perdu sa place lors de l’ultime ligne droite. C’était la Chine qui, en octobre 2019, avait lancé le plus grand réseau mobile 5G au monde.

Malheureusement, les Etats-Unis et le Canada ne sont pas les premiers à se lancer dans les recherches sur la 6G. La Chine ne compte pas céder sa place de leader mondial. Huawei, le géant des télécoms de l’Empire du Milieu, a déjà ouvert plusieurs centres de recherche. Son PDG annonce déjà une technologie accessible “sur terre, dans la mer, l’air et dans l’espace”. Pour Pékin, les travaux sont déjà bien avancés. En novembre 2020, la Chine est le premier pays à envoyer un satellite expérimental 6G. C’est une douzaine d’engins spatiaux qui ont été mis en orbite pour tester les bandes de fréquence térahertz. Ce premier test promet une belle avancée du côté de l’Asie. 

La ligne de départ a déjà été franchie par les trois grands pôles mondiaux des télécoms alors que le débat sur l’exclusion numérique et les zones blanches continue de faire rage. La 5G vient à peine d’être déployée et commercialisée, avec l’ensemble des critiques qui lui ont été adressées, mais personne ne semble pour autant être en mesure d’arrêter les avancées technologiques. Dans la guerre des télécoms, la bataille est lancée pour être le premier à développer le réseau du futur. La 5G propose certes des débits et possibilités extraordinaires. Pourtant elle n’est déjà plus qu’une technologie du passé face aux promesses de la 6G.

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