Le plan de déploiement de la 5G en France

Nouvelle génération de réseau mobile, la 5G a récemment fait son apparition en France. Succédant à la 4G pour peu à peu la remplacer, la 5G offre, entre autres, un débit plus rapide. Pour faire face à la saturation du réseau en place, la 5G tend à se déployer sur l’ensemble du territoire. En ce début d’année 2021, comment s’organise le déploiement du réseau mobile de cinquième génération ?

En France, on ne déroge pas à la règle des "irréductibles Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur”. Même s’il est possible d'accéder au réseau 5G depuis mi-décembre, l’Hexagone n’en reste pas moins en retard. Comparé au reste de l’Europe, Stéphane Richard, PDG d’Orange France, affirme que le retard cumulé frôle une bonne année calendaire. Le déploiement de cette nouvelle technologie a pris un retard considérable avec pour causes certaines préoccupations d’ordres écologiques et sanitaires. A l’heure actuelle, une centaine de villes sont couvertes par la 5G à travers la France. Free mobile, Orange, Bouygues Telecom et SFR ont activé plus de 7 500 sites dernièrement.

Cependant, la méfiance de certains plane encore et alimente les débats au regard de la nocivité de ce nouveau réseau. Pour le PDG d’Orange, Stéphane Richard, la potentielle nocivité est agitée sans le moindre fondement. Du côté des responsables écologiques, il ne s’agit ici, non pas d’un fantasme, mais bien d’une réalité matérialisée par la peur des ondes et leurs conséquences, entre autres, sur la santé. Cette peur est-elle irrationnelle ? En septembre dernier, le gouvernement français a commandé une étude concluant à la non-dangerosité des ondes 5G. Cependant, cet acte ne semble pas suffisant pour grand nombre de militants écologistes et plus encore d’élus locaux. Dans certaines villes, comme Lille ou encore Grenoble, l’heure est à la méfiance, le parti pris de l’Etat n’aidant pas à l'instauration de la confiance envers l’étude publiée. Ces communes ont décidé de tempérer le déploiement de la 5G en attendant un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Une publication qui devrait paraître au printemps prochain.

En attendant, la loi rappelle que les maires ne peuvent s’opposer à la 5G. Cédric O., secrétaire d’état au numérique, demande à ce que la 5G soit déployée le plus rapidement possible. Il n’est pas sans oublier que les opérateurs se doivent de prévenir les élus locaux et ce, un mois avant les travaux et le déploiement. En effet, il semble tout à fait logique que les élus soient en droit de savoir ce qu’il se trame sur leurs propres communes. A ce titre, un dossier d’information doit être fourni par les opérateurs eux-mêmes. Ces derniers émettent la crainte de se heurter aux refus parfois catégoriques de certaines communes. A l’image d’un village normand qui a récemment tenté de s’opposer à l’installation d’une station Starlink…

Même si les oppositions semblent nombreuses dans l’hexagone, l’Agence Nationale des Fréquences semble, elle, assez confiante. Cette dernière a d’ailleurs dévoilé ses premiers chiffres au regard de la 4G et de la 5G sur le territoire francophone. En janvier 2021, Orange et Free mobile semblent être les opérateurs les plus actifs. A ce jour, il est possible de comptabiliser 325 nouveaux sites 4G pour Free mobile et 247 pour Orange. Ce sont près de 19 938 sites qui ont été autorisés par l’ANFR au regard de la 5G. D’ailleurs, près de 9500 sont déjà opérationnels en France (soit 48% des sites). Le mois de janvier a donc été particulièrement actif sur le déploiement du réseau 5G. 

D’une manière générale, Orange reste l’opérateur historique avec plus de 25 000 antennes à ce jour dans l’Hexagone, tous réseaux confondus. Suivi de près par Free mobile, l’opérateur historique forme avec le trublion des télécom un duo de mastodontes. Les deux opérateurs ont un temps émis l’idée de mutualiser leurs réseaux. Un accord qui devait permettre de couvrir les zones moins denses et donc couvrir une plus large partie du territoire, à l’image de SFR et Bouygues Télécom pour leurs réseaux mobiles. Cependant, Stéphane Richard a mis fin à cette discussion avec son homologue, évoquant une “divergence de stratégie de déploiement” qui impose la non mutualisation de leurs réseaux 5G. Selon lui, les choix de déploiement au regard de la 5G sont à ce jour incompatibles. Le PDG d’Orange évoque par ailleurs que la qualité de son réseau doit rester une priorité. 

Quelle est l’origine de ce désaccord entre les deux parties ? Pour Orange, Free développerait un réseau de “fausse 5G”. En France, le déploiement des antennes 5G se répartit selon trois types d’antennes : 3,5 GHz, 2100 MHz et 700 MHz. A ce jour, on ne recense pas moins de 22 000 antennes sur l’ensemble du territoire mais la répartition de ces dernières reste inégale selon le type d’ondes. Les bandes 700 MHz et 2100 MHz offrent-elles les mêmes performances pour l’utilisateur ? Il semblerait bien que ce ne soit pas le cas. Par exemple, les antennes 700 MHz, détenues en grand nombre par Free mobile, émettent un type d’onde qui nécessite un smartphone compatible.

C’est bien la bande 3,5 GHz qui a été attribuée en exclusivité à la 5G. Avec cette fréquence, on obtient facilement un débit descendant de l’ordre de 700 Mb/s voire 1Gb/s selon les conditions de connexion. Les autres bandes, proposées par les opérateurs, utilisent les mêmes fréquences que la 4G. Cela signifie donc qu’elles ne sont pas exclusives à la nouvelle technologie 5G. Pour quelle raison les opérateurs ne se focalisent-ils pas tous sur la bande 3,5 GHZ ? Il semblerait que cela soit une question de “facilité”. Pour les opérateurs, une simple mise à jour logicielle permet de déployer la 5G sur ces antennes. C’est pourquoi autant d’antennes sont déjà activées en France. Un déploiement qui a un impact direct sur les utilisateurs qui utilisent la 5G avec des performances équivalentes à la 4G. Cette cohabitation ne permet pas de dépasser les débits actuels alors qu’il semblait être l’objectif premier : obtenir des débits plus importants et désaturer le réseau actuel. Plus encore, cela impact, de manière indirecte, les utilisateurs exclusifs à la 4G. 

 

Voici donc l’origine du débat actuel et de la polémique autour de cette fameuse “fausse” ou “vraie” 5G. Pour Orange, il semble important de se concentrer sur un déploiement 5G en  3,5 GHz, certes plus coûteux mais bien plus performant. Le géant des télécommunications critique d’ailleurs le manque de communication à ce sujet et rejoint les propos de l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes. Cette dernière demande aux opérateurs de fournir des informations claires aux consommateurs. Pour Xavier Niel, il s’agit tout simplement d’une différence de culture entre les deux entreprises. Le PDG de Free mobile n’a pas de temps à perdre, pour lui il faut avancer vite. C’est sur ces mots que l’opérateur enchaîne les autorisations et conserve sa première place en nombre de sites 5G en France, quelle que soit la bande passante.



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.