Quel est l’impact du Covid-19 sur le déploiement de la 5G ?

Le Covid-19 est à l’origine de théories du complot poussant des individus à réaliser des actes irréfléchis. C'est le cas de nombreux européens qui ont pris pour cible des antennes 5G et les ont vandalisées. Alors que les autorités compétentes, notamment françaises, ont suspendu le dossier de la 5G, le Coronavirus semble avoir des impacts non négligeables sur le déploiement de la technologie.

S’il n’est pas nouveau que des théories du complot voient le jour sur le net, il reste rare qu’elles mènent à des faits de violence. Le confinement ne réussit visiblement pas à tout le monde puisque certains individus ont jugé légitime d’incendier des antennes 5G en les tenant pour responsables de l’épidémie mondiale de Covid-19. Ces actes malveillants puisent leur motivation d'une théorie circulant actuellement sur Internet et qui lierait 5G et Coronavirus.

La théorie avance que les ondes 5G favorisent la propagation du Coronavirus.  Selon certains internautes, les nouvelles ondes dues à la 5G affaiblissent l’organisme et ont ainsi permis à l’épidémie de Covid-19 de se déployer. Outre les ondes, la théorie implique aussi le gouvernement. Il s’agit d’un classique concernant les théories du complot, mais la façon dont les politiciens sont impliqués est cette fois-ci assez subtile. Les applaudissements de 20 heures, pour remercier le personnel soignant et les travailleurs, feraient partie du complot. Selon cette théorie, le gouvernement aurait manigancé la concordance de l’heure des applaudissements avec celle des tests d’antennes 5G, dans le but de masquer les bruits de ces nouveaux dispositifs.

Il semblerait que tout ait commencé en Angleterre, à Birmingham. Dans les faits, les premières dégradations d’antennes 5G ont eu lieu en au début du mois, à Birmingham, où des citoyens ont décidé d’incendier une antenne 5G. Ces actes criminels auraient été menés dans le but d’éviter que le Covid-19 ne se propage davantage, conformément à la théorie précédemment exposée. Après l’Angleterre, la vague de dégradations s’est étendue et s’est installée à Liverpool, jusqu’à atteindre l’Irlande du Nord, puis la Belgique.

La théorie du complot qu'alimentent plusieurs personnes actuellement n’a de cesse de se répandre. Un groupe Facebook rassemble même désormais plus de 60 000 internautes convaincus que la 5G occupe un rôle essentiel dans la propagation du Covid-19. Le problème pour les gouvernements est qu’il n’est pas aisé de faire cesser cette théorie du complot. Faire des annonces officielles mentionnant cette théorie reviendrait en effet à la faire connaître davantage. Cependant, de nombreux complotistes se plaignent que le réseau social de Mark Zuckerberg ait "censuré" leurs commentaires. Facebook semble alors prendre des dispositions pour calmer cette théorie.

Si le contexte actuel est favorable à de telles crises de panique, la 5G n’a pas attendu l’épidémie de Covid-19 pour semer la discorde chez les Européens. Outre l’aspect fantaisiste de la théorie précédemment évoquée, des inquiétudes concernant la nocivité des ondes 5G ont été entendues. Afin de calmer la fougue de certains internautes se questionnant sur les répercussions sanitaires de la nouvelle technologie internet, l’ANFR a mené plusieurs mesures et analyses. Les résultats de cette étude sont-ils à l’origine des dégradations effectuées sur les antennes 5G ?

Les opérateurs téléphoniques et autres acteurs impliqués dans le déploiement de la 5G ont à coeur de séduire les consommateurs. Si la séduction passe normalement par la communication, elle a été quelque peu différente ici car elle s’est résumée à un processus de réassurance. En effet, les consommateurs remettaient en question la 5G avant l’épidémie de Covid-19. Ainsi, l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) est intervenue pour mesurer l’impact des ondes 5G sur la santé. 

L’étude n’a pas été facile à mener puisque la 5G n’a pas encore été déployée en France. Toutefois, l’ANFR est parvenue à analyser les ondes 5G. Cette analyse a été menée dans les stations pilotes autorisées par le gouvernement, dispersées un peu partout en France. Il est ressorti de cette étude que les ondes 5G ne sont pas nocives pour la santé. Alors qu'en termes d'émission, l’ANFR plafonne le seuil d'exposition à 61V/m, dans les faits, les ondes 5G émettent en moyenne moins de 1V/m. Malgré ces résultats rassurants, certaines personnes restent persuadées que la 5G est une des causes du Coronavirus.

L’épidémie mondiale de Covid-19 soulève nombre de questions, dont celle du déploiement de la 5G. Il est effectivement difficile d’imaginer qu’une nouvelle technologie soit installée alors que le monde entier est au ralenti. Preuve en est, les enchères ouvertes par l'Arcep aux acteurs de la téléphonie en France, à savoir Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR, qui sont les principaux opérateurs, ont été repoussées. Les réglementations sanitaires actuelles ne permettent effectivement pas aux représentants respectifs de ces leaders des télécommunications de se retrouver.

Au niveau de l'Hexagone, le calendrier d'avancement concernant la 5G est donc quelque peu chamboulé. Il reste à savoir si les opérateurs pourront remplir leur objectif, à savoir proposer la 5G dans plusieurs villes françaises d’ici fin 2020. En accord avec le plan de déploiement de l'Arcep, le réseau de cinquième génération devrait en effet être disponible dans 5 à 10 villes françaises d’ici la fin de l’année. Au-delà de l'image de technologie nocive qui peut être renvoyée à la population, la crise initiée par le Covid-19 a donc bel et bien des répercussions sur le projet d'avancement de la 5G en France.

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