Déploiement fibre : la France championne d'Europe mais la fracture numérique demeure

Dans le cadre du plan France Très Haut Débit, si cher au gouvernement, la fibre optique n’a de cesse de se déployer.  Mieux encore, l’Hexagone s'impose comme le leader européen en la matière selon le Think Tank Terra Nova. S’il y a du positif, tout n'est pas rose pour autant : derrière ce joli tableau demeure une fracture numérique entre les zones urbaines et les territoires ruraux.

La France reine du déploiement de la fibre optique en Europe ? Aujourd’hui, le pays compte plus de 24 millions de locaux éligibles à cette technologie et a ouvert 5,8 millions de lignes supplémentaires en 2020, malgré le contexte sanitaire peu favorable. La dernière étude du Think Tank Terra Nova est formelle : grâce à son plan France Très Haut Débit (THD), l’Hexagone est le leader européen du déploiement de la fibre. Sur les cinq dernières années, la croissance du nombre de foyers éligibles à la fibre était de +34% par an en moyenne. En termes d’installations équipées de la fibre optique, la France est passée progressivement devant ses voisins. Seule la Russie et ses 49 millions de locaux éligibles fait mieux.

Le Plan France Très Haut Débit est une stratégie gouvernementale majeure définie en 2013 qui visait initialement à couvrir l'intégralité du territoire en THD d’ici 2022. Au fil du temps, cette échéance a été repoussée à 2025, voire 2030 pour certaines zones comme la Bretagne. Ce plan porté par l’Etat français est mis en place en étroite collaboration avec de nombreuses parties prenantes. C’est le cas des collectivités territoriales ainsi que des acteurs du marché des télécoms, à l’image des opérateurs privés et de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep).

Cependant, malgré ce plan et les efforts déployés, la situation est loin d'être parfaite. En dépit de la croissance exponentielle du nombre de logements désormais reliés à la fibre, la fracture numérique ne semble pas s’amenuiser. En effet, les inégalités d'accès aux technologies de l’information et de la communication persistent, et la fibre ne fait pas exception. Selon cette même étude, 80% des locaux des zones urbaines et périurbaines peuvent bénéficier d'une connexion fibrée. Ce taux chute à seulement 30% dans les territoires ruraux et zones montagneuses. Face à ces chiffres, il est facile de dresser le constat  des disparités sur le territoire. Toutefois, même au sein des zones denses des inégalités d’accès apparaissent. La métropole lilloise n'est par exemple raccordable qu’à 46%. Des départements comme la Bretagne ou la Corse affichent eux aussi un retard considérable.

Le territoire métropolitain n'est pas le seul concerné. En effet, les DOM-TOM subissent eux aussi de plein fouet cette fracture digitale. Alors que La Réunion est couverte à 83% par la fibre, le reste des collectivités est à la traîne. Le Think Tank Terra Nova estime que fin 2020, seuls 26% des logements de Guyane étaient éligibles à la fibre optique. La situation de la Guadeloupe est même pire, puisque ce nombre chute à 22%. Une lueur d'espoir cependant : une île comme la Martinique compte chaque année depuis trois ans +50% de logements raccordables.

Inégalités sociales, sentiment d'exclusion, moins d'accès à l'information… Les conséquences de ce fossé numérique sont nombreuses et impactent la société dans son entièreté. Fort heureusement, l'optimisme est de mise. Terra Nova évoque un “effet de rattrapage” en cours dans les zones peu denses. Sur les 5,8 millions de nouvelles lignes mises en place en 2020, plus de 5,3 l’ont été dans les territoires les moins densément peuplés. Un état des lieux positif pour la suite, même si tout ne va évidemment pas changer en un claquement de doigts. Il faudra aussi surveiller l'évolution en 2021, alors que la crise sanitaire se poursuit et que le déploiement de la fibre est ralenti à cause d'une pénurie inédite de poteaux en métal, conséquence d'une tension au niveau mondial sur les matières premières.

Face à la fracture numérique, certains ont décidé de prendre le taureau par les cornes. La Région Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, a passé un contrat avec la société Nordnet, valable sur huit des douze départements, en utilisant l’Internet par satellite. Les particuliers non éligibles à une technologie terrestre suffisante peuvent ainsi bénéficier d'une aide plafonnée à 600 euros : 300 pour l'achat du kit satellite et de nouveau 300 pour son installation par un professionnel. De plus en plus, les collectivités territoriales prennent le problème à bras-le-corps et tentent de trouver des solutions.

Il faut dire qu'au fil des années, les habitudes de consommation d’Internet et les besoins des utilisateurs ont changé. Aujourd’hui, l’heure est au streaming, avec l'avènement de plateformes comme Netflix, Disney+ ou encore Prime Video. Le gaming est lui aussi plus que jamais de la partie. Il en va de même pour le télétravail, au cœur de l'actualité en cette période de pandémie mondiale. Pour toutes ces raisons, la fracture numérique se fait probablement encore plus ressentir qu'auparavant.

Si le plan France Très Haut Débit a considérablement accéléré le déploiement de la fibre en France, il n’a pas, pour l’heure, permis de gommer la fracture numérique entre les territoires. D'autres problèmes similaires pourraient rapidement voir le jour. Le déploiement de la 5G, par exemple, a débuté comme à l'accoutumée dans les zones denses. De quoi creuser un peu plus ces inégalités ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.