Cependant au temps de la naissance du jour…

« Cependant au temps de la naissance du jour, les policiers venaient au jardin….. »(Réflexions sur les événements en Turquie)

« Cependant au temps de la naissance du jour, les policiers venaient au jardin….. »

(Réflexions sur les événements en Turquie)

Le mouvement a démarré pacifiquement et sur une revendication simple et apolitique : Une demande de concertation dans la politique urbaine menée à Istanbul par le 1er Ministre T.R.E.

La réponse s’est faite par voie extrêmement dure et répressive. Intervention musclée de la police avec destruction des lieux d’occupation pacifiques du terrain.

Cette réponse a déclenché une vive réaction de diverses couches de la société, rassemblant vite les différentes frustrations que l’autoritarisme grandissant de Tayyip a engendrée ces derniers temps.

Pour le première fois, c’est la rue, la société civile qui met un frein aux dérives du pouvoir et non l’armée, ni un parti politique.

Le parti au pouvoir semble divisé.

D’un côté le President Gül et le vice premier ministre restent prudents et donnent des signes d’apaisement en répétant qu’ils ont bien reçu le message et qu’ils en tireront les leçons. « hesap alacagiz »

De l’autre, un 1er Ministre campant sur ses positions, insultant la contestation et partisan de la manière forte contre ce qu’il appelle des « pillards ».

Adoptant même l’attitude qu’il reproche à son voisin Bachar El Assad qui est de stigmatiser un surréel « complot venant de l’étranger ».

Signe révélateur de son état d’esprit, il part en visite à l’étranger alors que les événements requièrent sa présence à Ankara, voulant démontrer le peu de cas qu’il fait des protestations qui ont vus le jour.

Cette politique de la chaise vide sera-t-elle exploitée par les adversaires qu’il compte au sein même de son propre camp ?

La démocratie turque est-elle en train d’atteindre la maturité qu’elle est en droit de revendiquer ?

Le parlement saura-t-il jouer son rôle au sein de ce mouvement ?

Les conditions actuelles de la turquie rendent les choses particulièrement intéressantes :

Une constitutions est en cours de rédaction ( et cela sans rapport avec le calendrier des événements) pour effacer l’actuelle datant d’un coup d’état militaire (et non islamiste).

Les militaires ont été « remis à leur place ».

Le parti au pouvoir est réellement majoritaire dans le pays et cela de façon démocratique.

La société se trouve à un carrefour : Soit elle accepte une aventure vers une islamisation plus forte de la société et les différents « printemps arabes » lui donnent à la fois raison ( ils ont élus des islamistes à la suite d’élections enfin libres) à la fois tort ( ces expériences se révèlent déjà des échecs pour la plupart) ou elle profite de cette « remise à plat » pour en finir avec un kémalisme nationaliste suranné et lisser son laïscisme en assouplissant les institutions sous l’égide d’un AKP renouvelé de l’intérieur. L’AKP aura-t-il la force, le culot et l’intelligence de relever ce défi qui le rendrait vainqueur de cette crise et mettrait enfin réellement (et non plus en phantasmes des uns ou des autres) la Turquie en position d’exemple de société à dominante musulmane, démocratique et moderne.

Reste aussi à répondre à cette question cruciale que pose une frange la société (à l’instar des revendications de mai 1968) :

Après une décennie de succès économique et d’un enrichissement certain du pays, doit-on aller vers cette société de consommation à tout crin au risque de fractures sociales et environnementales de plus en plus évidentes ou doit-on réfléchir à un infléchissement de la doctrine libérale vers plus de répartitions, de développement humain autant qu’économique, d’équilibres dans les orientations politiques et de croissance.

Et aussi quelle doit être la part des « élites » et celle de la concertation dans ces grandes orientations à venir. 

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