Christiane Taubira: "On humilie dans ce pays et on trouve ça normal !"

Elle considère qu'il y a trop de candidatures à gauche. “Les personnes mobilisées pour cette élection doivent comprendre que l’enjeu est colossal. La société a été travaillée ces dernières années par des idées d'exclusion, de rejet, une xénophobie tranquille."

On humilie dans ce pays et on trouve ça normal !.mp4 © Jack Brte

Elle considère qu'il y a trop de candidatures à gauche. “Les personnes mobilisées pour cette élection doivent comprendre que l’enjeu est colossal. La société a été travaillée ces dernières années par des idées d'exclusion, de rejet, une xénophobie tranquille. C’est un pays où on humilie tranquillement, et on trouve ça normal ! Le pays reste calme, alors qu'on écrase la jeunesse, alors que le danger climatique ne peut pas attendre, que l'injustice sociale produit de la colère, de la rage. On sait tout cela. On ne peut pas simplement s'asseoir et dire je suis candidat."

"Des Zemmour, il y en aura d'autres…"

Quant aux propos d'Eric Zemmour : "Je ne crois pas qu’il faille donner du crédit aux propos de M. Zemmour, ce n’est pas une pensée politique, ce sont des objurgations." Sur sa présence médiatique: "Des Zemmour, il y en aura d'autres, des individus qui sont dans un confort matériel et social, parce que personne ne conteste leur haine, personne ne les marginalise, ne les stigmatise dans l'incapacité qu'ils ont d'accepter la société, et la présence des autres."

"Fondamentalement, la société patriarcale demeure"

Son recueil de nouvelles dresse des portraits de femmes. "Je crois vraiment que la société tient par les femmes, et qu’elles sont durablement maltraitées", analyse Christiane Taubira. "La pandémie a mis en évidence leur importance mais au-delà de la reconnaissance, leur situation n’a pas fondamentalement changé. Il n’y a pas de perspectives qui permettent d’espérer que ces femmes soient revalorisées dans leur image sociale, dans leur possibilité de carrière."

A propos de la société patriarcale : "Les femmes ont conquis des domaines, remporté des victoires, mais fondamentalement [elle] demeure, et nous y sommes tous perdants. Je pense qu’il faut conquérir le pouvoir, qu’il faut l’exercer quand on le détient et que les femmes ont une capacité équivalente à celle des hommes pour l’exercer. Sauf qu’elles exercent dans un système patriarcal ou les références masculines dominent. Cela les contraint soit à dépenser une énergie phénoménale pour faire différemment, soit à faire comme le modèle dominant l’impose."

"La vieillesse, je la défie !"

Elle évoque dans le livre la vieillesse comme une "garce scélérate" : "La vieillesse, je la défie ! C'est un autre moment de la vie, qui offre d'autres trésors, d'autres cadeaux, d'autres mystères…" Cette vieillesse est surtout néfaste pour les hommes, selon elle. "Nous sommes des sociétés de pouvoir masculin et cela fait perdre aux hommes la conscience anticipatrice des affaiblissements à venir. [La vieillesse] leur rappelle leurs limites, qu'à un moment leur position de pouvoir ne suffit plus pour les préserver de l’usure."

"La mémoire [de l'esclavage] se transmet de manière très chaotique"

Son livre aborde également la transmission de la mémoire de l'esclavage. "[Elle] se transmet de manière très chaotique, très saccadée", analyse l'ex-ministre de la justice.

"Le travail des historiens nous donne du matériau et de la rigueur. Mais leur travail est troué car les archives concernant les esclaves sont les archives des maîtres, de  ceux qui avaient le pouvoir et avaient mis en place ce système. La parole ne traverse pas les archives, sauf si on va chercher dans l’archéologie, ou dans les témoignages. Les historiens sont nécessaires, mais les militants sont indispensables."

Au sujet du procès des attentats du 13 novembre 2015, elle le juge "indispensable". "Les pertes sont irréparables. Personne ne ramènera aux mamans, aux enfants, les personnes assassinées. Mais ce procès est utile. (...) La société a besoin de ça."

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