A quoi veut-on que serve la "Primaire" ?

Derrière la Primaire, une question de fond est posée, celle d'un changement de stratégie. Si la primaire est pensée comme le moyen de retourner à une stratégie d'union de la gauche alors nous risquons un discrédit politique. Un processus de primaire peut voir le jour pour rassembler de façon dynamique ceux qui portent l'alternative. Mais il serait dangereux de rompre avec la démarche du FDG.

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Je retranscris ici mon intervention au Conseil National du PCF des 5/6 mars 2016, dans le cadre de la discussion sur les perspectives de 2017. C’est le fruit d’une réflexion personnelle, à un moment donné du débat, après de nombreux échanges.

 Après la tenue de débats dans la fédération du Gard, je veux dire ici ce que je ressens de l’état d’esprit des communistes gardois. Il y a une grande méfiance vis-à-vis du processus des primaires. Cette méfiance va parfois jusqu’au rejet. Méfiance sur la forme de sélection que constitue la primaire et qui participe de la personnalisation (mais je ne veux pas développer ici). Mais surtout méfiance sur le fond qui est sous-tendu par cette option. Car l’absence de clarté sur le périmètre, sur l’objectif même de cette primaire crée le débat, les doutes, les interrogations, la suspicion et l’inactivité de nombreux camarades. Le texte qui est proposé aujourd’hui pour les échéances de 2017 est un peu rassurant.

Je crois que la question de fond qui est posée, derrière le choix d’une primaire, est celle d’un renversement possible de stratégie de notre partie. C’est celle-là qui trouble le plus dans le parti. A quoi veut-on que serve cette primaire ? A mettre en mouvement tous les courants de gauche porteurs de l’alternative à l politique de gauche actuelle en évitant l’éparpillement et en désignant un candidat commun ? Ou à essayer d’imposer un seul candidat de « gauche » pour éviter un duel droite-FN au deuxième tour de la présidentielle, ce qui reviendrait à recréer une « union de la gauche » ?

La deuxième proposition a le mérite de souligner la gravité de la situation politique avec un nouveau 21 avril annoncé et d’une toute autre ampleur qu’en 2002. Je suis d’accord qu’il ne faut pas sous-estimer le traumatisme que cela pourrait créer, le renforcement du vote utile en amont, le risque de marginalisation politique pour notre courant de pensée et enfin la politique très droitière d’une droite au pouvoir sous la pression de l’extrême-droite.

Mais je crois qu’aujourd’hui cette proposition qui consisterait in fine de concourir dans un débat interne avec ceux qui mènent ou suivent la politique la plus droitière qu’est mené un gouvernement de la 5e République est :

-          Une proposition de court terme, une proposition arithmétique qui fait l’impasse sur le fait que c’est le rapport de force idéologique, aujourd’hui très difficile, qui au final détermine le rapport de force politique.

-          Une proposition qui renforce le FN comme seule force en position d’alternative aux gouvernements précédents.

-          Une proposition qui consisterait à accepter que le pouvoir actuel et le PS dans sa direction mène aujourd’hui une politique de gauche, ce qui conduirait à jeter le discrédit sur nous.

Je souscris donc à la proposition d’un nouveau front populaire et citoyen mais s’il s’inscrit dans la continuité stratégique du front de gauche, c’est-à-dire celle de l’élaboration d’un contenu de rupture avec l’ordre néolibéral de haut niveau et du rassemblement du plus de forces possibles sur ce contenu. Je le dis aussi, sans développer, ce n’est pas ce que propose Jean-Luc Mélenchon dans sa proposition de candidature.

Je crois qu’avant toute chose, il faut affirmer plus clairement notre volonté de rupture totale avec le pouvoir actuel et ne pas laisser croire que la direction du parti socialiste pourrait faire un autre choix que celui du soutien au président sortant et à son gouvernement. Il est à mon sens nécessaire d’affirmer avant tout notre volonté de rassembler sur des objectifs clairs. Le processus de Primaire, pour lequel on pourrait proposer une forme innovante, éloignée des affrontements de personnes, n’est finalement qu’une anecdote dans une ambition que nous devons porter sur le long terme.

La bataille contre la loi El Khomri peut permettre de sortir d’une situation actuelle où l’on perçoit beaucoup de jeux politiciens. C’est l’occasion de mener une vraie bataille politique, de rappeler la nécessité du collectif et de laisser toute la place à l’intervention populaire. 

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