Pourquoi je choisis l'option 1

Au terme d’un débat bien souvent de grande qualité, et dans une situation politique particulièrement complexe et difficile pour les progressistes, je veux dire pourquoi je voterai pour l’option 1. Ma position est déjà connue, mais le débat entre communistes, quelques soient leur position d’ailleurs, m’a conduit à préciser certains points, en envisager d’autres. C’est la richesse d’un débat que les communistes trancheront souverainement.

Tout d’abord, il faut faire très attention à la « bulle » dans laquelle nous pouvons être amenés à nous retirer dans le cadre de nos débats stratégiques.  Nos échanges, parfois vifs et passionnés, nos réflexions sur ce choix difficile, nous conduisent parfois (et j’en fais sans doute partie) à survaloriser l’importance de ces débats dans l’actualité du reste de la population, qui rentre juste dans la question présidentielle avec la primaire de la droite. Mais surtout, et nous pouvons le regretter, car si le PCF reste encore un parti important, structuré, qui compte, et qui peut être très influent localement, il n’est pas le centre de gravité de la vie politique nationale, ni même de la gauche dans l’esprit de la plupart des Français, mais bien, pour eux, un élément parmi d’autres. C’est comme cela et être nostalgique des temps « glorieux » ne fait pas beaucoup avancer. Ce n’est d’ailleurs pas le sentiment qui anime les jeunes qui remontent, ici ou là, la JC ou l’UEC.

Je crois que l’option 1, d’un soutien à la candidature de JL Mélenchon, tout en gardant une autonomie d’action et de paroles pour le PCF, est la plus adaptée à la situation de notre pays. Je crois que l’option 2, d’une mise en avant d’une candidature communiste éventuellement retirable, est beaucoup moins en prise sur le réel et qu’elle peut nous conduire à la marginalisation. Bien évidemment il s’agit d’un choix en fonction d’un contexte politique, et non pas d’un choix en soi, car dans l’absolu le PCF a toute légitimité pour présenter un candidat.

-          L’option 2 me semble beaucoup trop optimiste sur notre capacité à influer sur la situation politique dans le cadre de l’élection présidentielle. Nous avons tenté depuis des mois, de mettre autour d’une table tous ceux qui pouvaient se retrouver dans une candidature de gauche anti-austérité. En vain. Les logiques de parti, les logiques individuelles l’ont jusqu’ici empêché. Si nous ne devons pas renoncer à une candidature très large, il faut prendre un point d’appui, un point de départ nouveau. L’idée qu’une candidature communiste peut amener à travailler l’unité, à faire évoluer le rapport de forces avec les uns et les autres, est à mon sens illusoire. Elle serait trop faible car peu identifiable dans la population, difficile à justifier, et prise uniquement comme une candidature anti-Mélenchon. Elle entretiendrait un débat sur de bases conflictuelles dans l’espace de la gauche alternative, renforçant peut-être même les positions acquises en faisant apparaitre comme des diviseurs potentiels (ce que certains espèrent). Je crois que ce n’est plus le moment, et s’il faut continuer à débattre entre nous, il faut surtout affronter la droite et le FN, et nous tourner vers les gens.  

 

-          De fait, l’option 2 nous place dans une situation d’attente de la primaire socialiste, ou si elle ne se tient pas de la décision des socialistes, et particulièrement celle du chef de l’Etat. Deux situations peuvent se produire.

èLa première, la plus probable c’est une candidature, « relégitimée » par la primaire, de François Hollande ou de Manuel Valls. Rien ne dit que les frondeurs seront en capacité de « sortir » du PS, et sur quelles bases politiques, et avec quelle légitimité, alors qu’ils viennent d’être battus ? Pensons-nous qu’ils pourraient venir soutenir aussi facilement soutenir un candidat communiste à la présidentielle ?

 

èLa deuxième serait celle d’une victoire d’un « frondeur ». Il faudrait alors discuter et proposer un cadre commun, un compromis politique, avec le PS et son appareil, qui vient de soutenir la politique qui nous conduit au bord de l’abime, en espérant qu’ils acceptent de changer radicalement de programme. Nous nous enfermerions donc dans un tête-à-tête, des plus classiques, avec le PS, avec les prétentions hégémoniques qu’on lui connait et en contradiction avec la fin du quinquennat et avec le bilan de celui-ci. Comment gérerions-nous une campagne commune avec l’appareil socialiste qui a jusqu’ici tout légitimé. Nous serions pris dans les compromis nécessaires pour raccommoder le PS. Et surtout quelle force pourrait avoir cette candidature commune face à la droite et à l’extrême-droite ?

 

Si une candidature commune était souhaitable avec toutes les forces de gauche alternative et des socialistes en rupture avec le bilan gouvernemental, nous ne sommes plus dans cette situation. Je ne crois pas non plus possible l’idée d’une candidature résultant d’un accord avec les seuls socialistes, je ne crois pas que ce soit non plus l’état d’esprit des communistes. La candidature communiste serait alors en situation d’aller jusqu’au bout. Et de ce fait d’abandonner toute idée de peser vraiment sur l’élection présidentielle, nous faisant rentrer dans une logique identitaire.

 

-          La logique identitaire, c’est pour moi le deuxième risque que sous-tend l’option 2. Je veux que le PCF continue d’exister. Mais je ne crois pas très porteur d’avenir, d’avoir à justifier une candidature de témoignage dans le moment politique que nous vivons. Je veux que le PCF garde son autonomie de pensée, de pratiques (même s’il nous faut travailler à les faire évoluer), mais dans le moment politique que nous vivons, nous devons être jusqu’au bout les plus farouches partisans de l’unité, du rassemblement. Il faut savoir, sans les gommer, passer par-dessus quelques désaccords, pour donner de l’espoir de changement. Sinon, nous serons, même injustement, accusés de ne penser qu’à nous-mêmes et de laisser le pays, ses habitants et les plus fragiles, dans les mains de la droite extrême ou de l’extrême-droite. C’est, en plus, en totale contradiction avec ce que nous disons depuis des mois et la résolution que nous avons adoptée à la conférence nationale et qui sera, sans nul doute, plébiscitée ce WE.

 

-          L’option 1 me semble un chemin plus praticable pour faire avancer le rassemblement. Au-delà des questions de personnalité, au-delà des attitudes de JLM, nous avons des débats et des désaccords politiques avec JLM (nous en avons même à l’intérieur du parti). Mais ils sont infiniment plus petits que ceux que nous avons avec les tenants des logiques néo-libérales et évidemment incomparables avec l’affrontement que nous assumons avec l’extrême-droite. Nous ne devons pas maquer ces débats et continuer à pointer les désaccords, mais allons-nous passer les mois qui viennent, alors que l’extrême-droite est aux portes du pouvoir, à faire une campagne contre quelques propositions de JLM ? Allons-nous car ce sera immanquablement le cas, passer notre maigre temps d’antenne, et nos rencontres de terrain, à expliquer pourquoi nous ne sommes pas avec notre ancien candidat, qui est repéré par les citoyens comme tel, et qui incarne, même si cela peut nous heurter, le courant d’idées dans lequel nous sommes ? Est-ce le moment d’une clarification idéologique avec JLM ? et Est-ce le meilleur moyen que de le faire dans une campagne présidentielle ? Je ne crois pas. L’option 1 préserve notre autonomie de parole et notre liberté d’action. Nous pouvons même imaginer avoir un porte-parole spécifique du parti pour cette campagne.

 

-          L’option 1 en préservant notre autonomie nous place en situation de pouvoir faire converger des forces, qui tout en reconnaissant la candidature de JLM, n’en acceptent pas le cadre actuel. Je pense que ces forces sont nombreuses. Je pense que c’est sur cela que nous avons prise, et que c’est l’élaboration politique de ce cadre nouveau de rassemblement, à côté de la FI, qui est le plus utile. C’est ici que peuvent venir les partisans du front de gauche, c’est ici que peuvent venir des écologistes, des socialistes. C’est ici que nous pouvons montrer notre désaccord avec l’organisation proposée par la FI, tout en ne divisant pas, ceux qui sur le fond, doivent se rassembler.

 

-          L’option 1 est-elle l’option de l’effacement ? Je ne le crois pas telle qu’elle est formulée et si nous mettons notre énergie, dans le cadre du rassemblement, au service des populations, à travailler à la convergence de force de transformations sociales. Notre ancrage sur le terrain est bien plus utile que les quelques minutes de temps d’antenne qui nous serons accordées. L’option 1 entraine-t-elle la soumission à la FI dans le cadre des législatives ? Non, rien ne nous y oblige. L’option 1 au contraire oblige au débat dans chaque circonscription.

 

 

Pour conclure ici, je crois que le soutien à JLM, tout en gardant notre autonomie, nous permet d’être utiles, offensifs et nous permet d’agir sur la réalité davantage qu’en ayant un candidat communiste. Et c’est bien en fonction de cette réalité, très difficile, en mesurant les dangers réels de l’arrivée au pouvoir d’une droite extrémisée ou de l’extrême-droite, en mesurant un contexte culturel, idéologique, qui n’est pas en notre faveur, que nous devons travailler. « Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel » disait Jaurès. C’est sans doute une des meilleures définitions de ce que sont les communistes.

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