2017 - Les communistes utiles et offensifs

Aujourd'hui, dans une situation politique pleine de dangers, nous sommes face à un choix difficile pour déterminer notre position pour les élections de 2017. Dans les débats des communistes, les certitudes sont d’ailleurs assez rares et la volonté de réfléchir sereinement et collectivement sont assez rassurantes à voir. J’exprime ici en toute modestie mon opinion. (MAJ 30/10)

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2017 – Les communistes utiles et offensifs

 

Décidément, ces élections présidentielles sont une plaie pour la démocratie. Mais elles s’imposent à nous puisqu’elles définissent le cadre constitutionnel dans lequel nous pouvons exprimer. Décidément le système imposé par la 5e république, avec la présidentialisation, renforcée par l’inversion du calendrier électoral, et la personnalisation, est un carcan extrêmement difficile à contourner ou à briser. La situation politique dans laquelle nous sommes à l’approche des échéances de 2017, est plus que jamais difficile, instable et pleine de dangers.

Après des années d’impasses néolibérales et d’échecs socio-démocrates, alors que tout aujourd’hui désigne les responsables d’une crise systémique, alors que l’évolution objective du capitalisme financiarisée et mondialisé est de plus en plus manifeste, les idées de transformation sociale, l’aspiration à l’émancipation, pourraient ou devraient trouver un écho plus que jamais favorable. Nous, porteurs de ces idées, devrions aujourd’hui pouvoir construire un débouché politique plein d’espoir à tout le mécontentement social, à tous ceux qui par leurs actions contribuent à rendre le monde plus humain.

Malheureusement, les idées d’extrême-droite semblent chaque jour gagner du terrain. Alimentées par la crise sociale, un avenir plus précarisé que jamais, le sentiment que la politique ne peut plus rien, les renoncements, les tactiques politiciennes, les discours démagogiques, ces idées agissent comme un verrou, permettant au système de se perpétuer et rendant plus périlleuses que jamais les élections de 2017. Dire ceci n’est pas agiter un épouvantail, c’est constater une réalité qui ne fait que grossir depuis quelques années. L’échec du quinquennat Hollande est tel qu’il place aujourd’hui en position de prise de pouvoir l’extrême-droite ou/et la droite la plus réactionnaire, incarnée entre autres protagonistes par le président qui avait été, en 2012, le président le plus rejeté des Français. Crise économique, crise sociale, crise morale, crise politique, les ingrédients sont là, et sans faire de parallèles faciles, il convient de bien mesurer où nous en sommes.

D’un autre côté, notre camp politique, celui de la Gauche, celle qui ne se renie ni dans son analyse ni dans ses valeurs, dans laquelle les communistes ont trouvé leur place depuis 1934 et le Front populaire, est dans un état de fragmentation avancé. La recomposition que l’on entrevoit (mais on le dit déjà depuis quelques années) montre que le système partidaire actuel ne recouvre ni les nuances idéologiques, ni les programmes politiques qui existent dans ce camp, ni les exigences de recomposition organique. Les logiques électorales maintiennent aujourd’hui sous respiration artificielle le principal parti identifié à gauche dans lequel les positions semblent pourtant irréconciliables. La recomposition aurait pu avoir déjà eu lieu si le reste de la gauche, celle qui s’oppose résolument au gouvernement, avait su trouver les formes pour créer un rassemblement ouvert, solide, clairement alternatif aux politiques néolibérales, clairement engagé pour la mise en place d’une politique favorisant l’émancipation humaine. Mais, pour des raisons diverses, dans lesquelles il ne faut pas forcément entrer maintenant, ce mouvement, ce rassemblement n’a pas encore pu se construire de façon clairement identifiable. Il y a bien des expériences lors de scrutins locaux, mais de façon trop peu systématique. Le « Front de gauche » qui était les prémisses de cette recomposition n’a pas surmonté la non-résolution du débat stratégique et organisationnel qui le traverse depuis le début, ni les différences d’approches sur la notion de rassemblement.  

Aujourd’hui donc, dans cette situation si périlleuse, qui pourtant pourrait ouvrir des possibles, nous sommes face à un choix difficile. Dans les débats des communistes, les certitudes sont d’ailleurs assez rares et la volonté de réfléchir sereinement et collectivement sont assez rassurantes à voir.

J’exprime ici en toute modestie mon opinion.

Je crois toujours juste notre ambition de réunir, dans le présent comme dans l’avenir, toutes les forces qui veulent s’engager sur un projet de transformation sociale, en rupture avec la politique menée par le gouvernement. Les 7 axes mis en avant par les citoyens lors de la Grande Consultation Citoyenne, sont une base de travail intéressante, puisqu’elle indique la raison de la rupture avec l’orientation dominante actuelle et permet sans doute de rassembler largement. Pour autant, si les efforts déployés depuis des mois sont loin d’être inutiles et s’ils devront être poursuivis, ils ne permettent pas aujourd’hui d’aboutir.

Je crois qu’il faut maintenant franchir une nouvelle étape dans notre stratégie de rassemblement.  D’abord, car il est peu probable que la situation change d’elle-même autour de nous dans les semaines à venir, et que nos débats risquent de tourner en rond. Et ensuite car il serait politiquement dangereux de se mettre dans une position d’attente des seuls résultats de la Primaire du PS, quel qu’ils soient, alors que nous avons décidé à juste titre de ne pas y participer. D’abord car cette échéance permet de redonner une légitimité à la politique menée depuis 5 ans. Aujourd’hui tout geste politique qui laisserait penser que nous cautionnons la politique menée par les gouvernements Hollande et soutenue par la majorité des parlementaires socialistes et par le PS lui-même, serait un très mauvais coup pour les idées de transformation, et une tactique électorale portant en elle la défaite à court terme et le discrédit à long terme.

Rester au cœur du mouvement de transformation sociale, en favoriser le développement, en œuvrant aux convergences nécessaires, voilà l’objectif que nous devons continuer à poursuivre pour enrichir son contenu, permettre la participation du plus grand nombre et le rendre majoritaire. Comment faire dans la situation présente, alors que Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont initié et structuré un mouvement qu’il considère comme exclusif, alors que les écologistes en grande difficulté organisationnelle ont une volonté d’autonomie dans laquelle ils voient leur salut, alors que des socialistes sincères pensent que pour se débarrasser de Hollande et Valls, ils doivent passer par la case Primaire du PS ?

Si le PCF a toute légitimité à présenter un candidat, l’idée de mettre en avant une candidature communiste, dont le but serait de rechercher l’unité, quitte à s’effacer in fine, est difficile à mettre en œuvre. Cela risque de paraitre immédiatement en contradiction avec l’objectif affiché depuis des mois. Rien ne dit non plus, dans un système où l’accès aux médias est très difficile, qu’il soit davantage visible et qu’il puisse exposer les propositions du PCF. Rien ne dit qu’un candidat communiste aurait plus d’exposition que l’exposition actuelle de notre secrétaire national et de nos porte-paroles. Ce n’est pas être défaitiste que de dire cela mais c’est je crois analyser justement une réalité dans laquelle nous ne maitrisons que ce qu’i relève de nous. Il est tout aussi difficile de croire que la présentation d’un candidat communiste facilite notre tâche pour convaincre les candidats actuels ou pressentis de se retirer. Et si jamais ils ne le faisaient pas, cela rendrait le choix du maintien ou d’un soutien, encore plus difficile à prendre dans quelques temps. Enfin, une candidature communiste qui irait jusqu’au bout n’empêcherait pas une catastrophe politique que nous voulons à juste titre éviter. On nous en ferait même porter la responsabilité ultime. La campagne potentiellement solitaire et le risque de faible score concourraient à notre marginalisation et provoqueraient à court terme une situation périlleuse pour les législatives, et pour la suite.

Aujourd’hui, et même si nous savons la réalité plus complexe, c’est Jean-Luc Mélenchon qui incarne le plus, dans la population le courant de gauche dite alternative dont nous nous réclamons. Candidat du Front de Gauche en 2012, il a marqué du fait de la personnalisation du système, cet espace politique comme aucun autre depuis bien longtemps. La dynamique de la campagne et sa personnalité avait contribué à en faire un candidat reconnu et identifié. Cette identification perdure et personne d’autre n’a aujourd’hui la même notoriété. Les intentions de vote marquent cette réalité. Dans un système très personnalisé, c’est bien davantage un courant que Jean-Luc Mélenchon incarne, plus qu’une organisation comme la « France Insoumise » que très peu de monde ne connait. C’est pour cela que je crois qu’un soutien à sa candidature est la solution la plus réaliste et potentiellement la plus dynamique de notre propre point de vue. Cette candidature apparait aujourd’hui comme incontournable et la mieux installée pour permettre la réalisation de nos objectifs : lever un espoir et créer une perspective majoritaire.

Mais dire cela, ce n’est pas nous couler dans un mouvement de supporters passifs. C’est bien la façon dont nous nous servirons de cette candidature qui est essentielle. C’est bien la construction politique dont nous serons en capacité d’imposer la présence active qui est le plus important. Le chemin peut paraitre étroit mais il est celui qui peut mener le plus loin.  

En dehors des débats sur la personnalité du candidat, qui sont le petit côté de la chose, la difficulté majeure vient du mouvement qui a été créé pour soutenir cette candidature, la « France insoumise ». Sans rejeter tout ce qui s’y rattache comme une certaine dynamique liée pour une part à la volonté de participation citoyenne, au discrédit qui touche les partis, nous ne pouvons accepter en tant que Parti, de nous fondre dans ce mouvement. De par son origine même, à savoir un geste de soutien à la candidature de JLM, de par son fonctionnement, ce mouvement ressemble de fait beaucoup plus à mouvement de supporters, avec les étroitesses qui peuvent en découler, qu’à une véritable expérience de rassemblement démocratique. N’est-il pas en réalité l’application concrète de ce « populisme de gauche » théorisé par Chantal Mouffe et dont JLM semble se réclamer ? Ce mouvement qui gomme petit à petit tous les marqueurs traditionnels de la gauche dans le souci de ne pas repousser les citoyens les moins avertis poursuit une trajectoire qui n’est pas la nôtre. De la même façon, le programme de la FI, ou au moins les mesures principales mises en exergue, montre la mise en avant de propositions consensuelles, qui ne vont pas au fond des choses, voire surfant sur la crise politique, ce qui ne peut pas nous satisfaire. Pour autant, les désaccords sur certaines mesures programmatiques ne doivent pas non plus effacer les convergences et les très nombreux points d’accord. Autre difficulté, la plus importante, le refus de la part de JLM et des dirigeants de la FI de redéfinition du cadre politique du rassemblement souhaité. Les dernières déclarations montrent une certaine fermeture sur ce point, le cadre de la FI étant considéré un cade exclusif pour les élections présidentielles et législatives. Formulée comme cela, la proposition de JLM devient davantage un acte de recomposition à terme de l’espace politique de la gauche alternative, qu’un instrument de conquête aujourd’hui de la majorité politique. Un leader, une organisation pérennisée, un financement à la clef à travers les élections législatives (c’est en parti sur la base des voix faites à ces élections qu’est calculé le financement public des partis). Si nous luttons nous aussi pour cette recomposition politique, nous n'en avons pas la même vision. Et, comme il est légitime de ne pas chercher à diviser l’électorat de la gauche alternative, il est tout aussi légitime de ne pas participer à cette version du rassemblement, en gardant une autonomie de parole et de mouvement. Sans nous intégrer dans la FI, nous devons initier, avec d’autres, une dynamique de convergences des forces de la gauche alternative, une dynamique positive, offensive, qui prépare les élections législatives avec de nombreux candidats actifs sur le terrain. Une dynamique qui permette à tous ceux qui veulent s’engager dans la bataille, sans se couler un moule préétabli et imposé par le haut, de trouver un espace politique respectueux de l’identité de chacun. A ce titre, les initiatives prises dans le cadre de l’Appel des 100, sont utiles et pleines d’espoir pour l’avenir. Il faut y mettre toutes nos forces. C’est dans cette dynamique que nous serons disposés à travailler jusqu’au bout au rassemblement le plus large. C’est je crois la meilleure solution pour porter le plus haut, un contenu politique ambitieux de transformation, incluant notamment les propositions des communistes, pour répondre à l’aspiration unitaire, et donc créer les conditions de refus du désastre politique qui sans cela est inévitable.

Un accord politique, permettant un accord programmatique et des discussions pour les législatives, sera-t-il possible avec la FI et JLM ? Sans doute, si la volonté populaire impose un cadre réellement unitaire. Alors un rassemblement très large peut être créé et venir bouleverser la donne nationale. Mais cela ne sera pas forcément le cas, si une volonté sectaire l’emporte sur l’exigence de rassemblement. Cela doit-il alors empêcher notre soutien à la candidature de JLM ? Je ne crois pas car nous devons nous déterminer, librement, en fonction de ce qui nous apparaitra le plus efficace. Cela conduira-t-il à un effacement du PCF ? C’est sans doute au contraire, la meilleure façon pour nous d’être à la fois utiles concrètement et politiquement, porteurs d’espoir. Car, comme cela est notre vocation, c’est toujours cela qui nous renforce.

 

Dans cette situation complexe et très évolutive, c’est notre capacité à prendre une décision, à nous y engager rassemblés, à porter haut nos idées et nos valeurs, c’est notre détermination à peser pour répondre aux aspirations populaires, qui feront le succès de nos idées et nous mettront à la hauteur des enjeux de l’histoire. 

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