Parti politique et l'utopie réaliste: en 2019 soyons des rêveurs constructifs

Deux militants écologistes, Vincent Dubail et Claire Lejeune défendent l'importance des partis politiques dans le débat sociétal comme cristallisation des utopies et forces collectives de revendications, d’émancipation et de liberté. A contrario du mouvement amorcé, ils souhaitent montrer le lien nécessaire de l'engagement citoyen dans la politique pour réussir la transition écologique.

A notre habitude, nous échangions dans la rue le week-end dernier avec des citoyens sur le sujet de l’écologie. Notre but comme depuis maintenant 6 mois était de connaitre le vécu des personnes vis-à-vis de l’écologie. A l’aide d’un stylo et d’un questionnaire, nous posions des questions « quel est votre rapport à l’écologie ?», « Connaissez-vous EELV ? ». Rompu à l’exercice les réponses s’enchainent souvent dans la rigolade et pour d’autres en gardant notre mine sérieuse. Mais toujours avec des sourires.

CEn prenant de la hauteur, on reconnait des réponses et des attitudes similaires. Il y a l’individu qui esquive, qui refuse de répondre par peur qu’on lui extorque de l’argent ou autre. Il y a celui qui répond mais sans conviction. Il y a celui qui essai de faire de l’écologie en triant ses déchets ou en se mettant au vélo, mais pensent ne pas en faire assez. Il y a cette femme, cet homme, ce jeune, ce vieux.

C’est drôle à écouter. Les mots qui reviennent souvent vis-à-vis de l’écologie ce sont « il faut du pragmatisme », « arrêtez de culpabiliser les gens », « soyez un vrai parti », « faite des alliances sinon vous ne gagnerez jamais », « moi je ne vote pas pour un parti qui ne vit qu’aux crochets des autres ». Les réponses sont intéressantes, et forment un ensemble qui peut paraître contradictoire. Ce n’est pas en soi un problème ; nous sommes constitués de fourmillements constants et d’injonctions contradictoires sans que cela nous dérange pour vivre. L’exemple le plus criant est le changement climatique. Pour endiguer l’accroissement d’une augmentation de 2° il suffirait d’agir et pourtant….rien, ou pas grand chose.

Au-delà de ces réflexions, nous souhaitons revenir sur ce terme « pragmatique » entendu également de la bouche de la jeunesse. Donc les partis et surtout EELV devraient devenir « pragmatique ». Nous aurions en tant que parti une interdiction formelle aux utopies, et ne devrions nous permettre ni de les penser, ni de les rêver. Le choix d’entrer dans l’arène politique entrainerait une obligation de renoncer à être des rêveurs. De croire à un monde meilleur. Une obligation de nous soumettre au principe de réalité. Aurions-nous donc oublié dans notre histoire commune la Révolution Française, le Front Populaire, et tous les autres épisodes qui  démontrent la formidable capacité d’invention et de mobilisation dans les luttes sociales qui est celle du peuple français ? Nous ne le pensons et pourtant…Rien ou si un début avec les gilets jaunes, un soulèvement populaire dont la radicalité -tant dans la forme des mobilisations que dans les revendications formulées- démontrent bien qu’il y a une soif généralisée de quelque chose d’entièrement nouveau.

Un monde sans utopie, nous n’en voulons pas. Un parti doit pouvoir cristalliser des utopies sinon autant ne rien changer et se contenter du monde tel qu’il est. La politique n’existe que dans cette révolte contre l’état des choses, transformée en rêve commun et traduite en programme d’actions. Un monde sans utopie est un monde sans politique : un monde où le seul mode d’action sur le collectif est la gestion technocratique, l’ajustement, dont le sous-entendu idéologique est que globalement tout va bien, qu’il suffit de bien tenir la barre, d’étouffer la grogne populaire, de réagir aux crises qui ne sont somme toute, que des défaillances d’un système certes imparfait mais somme toute fonctionnel.  

Dépassant ce cantonnement de la chose politique à la réaction, nous devons réinstituer l’action, c’est-à-dire la capacité d’invention de la politique, la possibilité pour les hommes et les femmes politiques de faire naître quelque chose d’inédit. Nous nous devons de proposer une utopie, une vision du monde qui transcende le présent et l’emporte vers un point meilleur qu’aujourd’hui. C’est pourquoi à contrario du mouvement souhaité, nous proposons de réhabiliter les termes désuets d’utopisme et d’engagement.

Il faut aujourd’hui que nous réalisions au vu de la gravité des enjeux, que la seule manière d’être pragmatiques est bien de proposer une utopie : nous devons en l’espace de quelques années transformer de manière radicale nos modes de vie, de consommation, nos manières de faire société, nos modèles politiques…Nous devons rapidement faire tomber l’ancien monde et en réinventer un nouveau.

Si les écologistes à la sensibilité très accrue, pourtant très attachés à la notion de liberté ont choisi la forme partisane c’est que qu’ils y voient une potentialité de réussite collective. Mais aussi qu’ils ont conscience que la liberté n’est rien si elle ne fait pas l’objet d’un projet de société où sont élaborés les outils permettant l’émancipation de chacun. Sous l’égide d’un travail collectif ils proposent de construire une vision d’avenir. Car à l’heure où les horizons se referment, c’est plus que jamais cela, le but d’un parti politique.

Nous avons à choisir dans les récits de l’anthropocene ou capitalocene, ceux d’une époque où l’imaginaire technologique et mercantiliste, a pris le pas sur l’imaginaire politique et social collectif, nous proposons de « réinstituer » la citoyenneté dans des organisations partisanes comme un parti politique, dont la tâche est aujourd’hui de parvenir à recréer les liens perdus avec la société civile. Car si la citoyenneté veut pouvoir être refondée, cela ne pourra passer que par les luttes électorales et sociales, qui sont les compléments incontournables des luttes collectives et associatives qui aujourd’hui redonnent vie à nos territoires. Il faut retrouver le symbolisme de l’engagement comme acte fort. S’engager c’est déjà commencer à agir. La première pierre est mentale : elle consiste à se représenter le monde comme quelque chose que nous avons le pouvoir de transformer.

Certains détracteurs essaient de créer une fausse dichotomie entre le militant, engagé dans un parti et le citoyen. Mais ce sont les mêmes individus à la fois citoyen et engagé dans un parti politique. Il y a un continuum de l’être, et les deux expériences se nourrissent mutuellement. « Je » n’est pas un autre, le militant « partisan » est même plus cohérent que le citoyen engagé se tenant à distance du jeu électoral : au-delà et en parfaite continuité avec les engagements des citoyens, des décisions et des actions de grande ampleur doivent aujourd’hui être prises, et elles ne le seront que si nous avons les bonnes personnes aux bonnes positions dans nos institutions. L’engagement dans des structures non partisanes n’est qu’une partie de la solution, il faut absolument qu’elle soit complétée par une traduction de ces engagements au cœur du jeu politique. La transition écologique ne pourra advenir que si elle est accompagnée de justice sociale et d’un renouveau démocratique se traduisant par une réappropriation citoyenne de nos mairies, de nos assemblées communales, intercommunales, régionales, nationales, européennes… Il faut aller là où les décisions sont prises. Rapidement, et en force.

Le politique est en quelque sorte notre dernier espoir. Nous devons croire en un sursaut citoyen qui fera que, dans les urnes comme dans le militantisme partisan, se manifestera de manière forte une volonté de changement radical. Tout est devenu politique. Il n’est plus possible de ne pas prendre parti. L’apolitisme est une gageure à l’heure où les enjeux sont si graves. Depuis l’embarquement sur le bateau terre qui est près à s’échouer, il n’est plus possible de ne pas choisir, d’être hors du monde. La faute à un destin devenu commun. Le non choix c’est le choix du catastrophisme, du désespoir, de la fin.

 Faut-il se résigner à la fin de notre civilisation ? À un monde injuste ? A des inégalités criantes ? Nous ne le croyons pas. Il est possible de réexaminer la modernité, à l’aune de nos connaissances actuelles. La « fin du monde » doit être vue comme une opportunité de proposer l’émergence des mondes, accepter leur existence, leur diversité, leur richesse. Il n’y a pas d’injonction à l’échec mais simplement de penser la réunion de la nature et de la société, du social, de l’égale répartition entre tous. Nous défendons la communauté des vivants. N’est ce pas un projet humaniste ?

 Nous sommes une génération qui doit incarner l’avenir. Avec la volonté vient la responsabilité.

 En ce début d’année 2019 qui sera celle des élections européennes, nous lançons un appel à la jeunesse. Venez irriguer EELV de vos espoirs, de vos rêves, de vos idées. Venez construire des utopies fédératrices par votre engagement ancré dans une aventure collective au service d’un but : changer la société en défendant les valeurs d’un humanisme écologique du XXI siècle.

 

Vincent Dubail, Co-responsable départemental des Hauts-de-Seine pour EELV

Claire Lejeune, Militante EELV

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