Henri Guaino est l’auteur du discours que Nicolas Sarkozy a prononcé hier place du Trocadéro, devant une marée de drapeaux tricolores sur fond de Tour Eiffel. Le candidat a averti, solennel et combattant. « Je n’accepterai jamais de recevoir des leçons de morale de la part de ceux qui brandissent le drapeau rouge, étendard de tant de tyrannies ». On peut reprocher beaucoup aux communistes attachés au drapeau rouge - dont d’avoir été longtemps aveuglés par les tyrannies soviétiques. Néanmoins, on ne peut assimiler terme à terme les gauches communistes et révolutionnaires – qu’elles soient partitaires ou syndicales -, à ces régimes. On rappellera quand même que le général de Gaulle, invoqué dans le discours du Trocadéro, est celui aussi qui a ouvert son gouvernement de plein exercice du 9 septembre 1944 à des communistes. Le drapeau rouge est celui également auquel Charles Péguy a rendu hommage en 1900, dans le premier numéro des Cahiers de la Quinzaine, pour sa présence dans le défilé populaire de l’inauguration du « Triomphe de la République » de Jules Dalou place de la Nation. Ce jour-là, il s’agissait de défendre la République après l’ébranlement de l’affaire Dreyfus et de l’antidreyfusisme.

La crédibilité d’une campagne électorale suppose une certaine mesure dans l’usage des référents historiques, suppose de ne pas les transformer en ressorts de propagande de la peur. Il doit être possible de critiquer la politique et les idées de Nicolas Sarkozy sans être aussitôt accusé de vouloir menacer la France, la nation et le drapeau tricolore. Il en va du débat démocratique. Dans la tradition anglaise, on parle de l'opposition comme d'un service public... 

Vincent Duclert

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