La gauche n'a-t-elle rien appris, ni de l'histoire ni de la politique ? C'est en l'occurrence ce que l'on pourrait se demander en lisant les propos d'Arnaud Montebourg et de Jean-Marie Le Guen sur l'Allemagne *. Mais aussi en constatant que les ripostes dans leur camp ont eu surtout pour but d'empêcher une exploitation politique par la droite (à qui un boulevard était ouvert) et pas de condamner sans délai de telles allégations honteuses.

Comparer (implicitement mais très clairement) Angela Merkel à Hitler humiliant les démocraties à Munich, ou bien assimiler sa politique à celle du principal artisan de la défaite française devant la Prusse en 1870, ne sont ni plus ni moins que des injures lancées à la face de l'histoire et du présent. Non seulement Angela Merkel n'est ni Hitler ou Bismarck (on n'imaginait pas de devoir rappeler de telles évidences), non seulement l'Allemagne a choisi d'affronter son passé nazi ou impérial au point de promulguer une constitution (la Loi fondamentale) qui protège la liberté individuelle contre toute tentation hégémonique de l'Etat, mais de surcroît ce pays joue dans l'Europe un role essentiel de stabilisation et de progrès.

Si la monnaie unique a pu être édifiée, c'est parce que l'Allemagne a accepté de renoncer au Deutsche Mark - qui avait été l'instrument de sa reconstruction après guerre puis de la réunification - afin de garantir à l'Euro une crédibilité que le Franc, monnaie fragile, ne pouvait lui apporter. Les Allemands ont fait, pour l'intérêt de l'Europe, un acte de sacrifice que bien peu de pays, à commencer par la France, aurait consenti à faire.

Et ce n'est même pas au nom de leur monnaie perdue que les Allemands demandent aujourd'hui aux Européens de lutter contre les déficits nationaux. C'est simplement en vertu de la conviction que les gouvernements ne peuvent plus, indéfiniment, mentir à leurs opinions publiques et condamner les générations futures en minimisant l'impact d'une dette qu'ils ont eux-mêmes creusée.

Plutôt que de reconnaître que les Allemands ont raison, des dirigeants socialistes les injurient en croyant mettre Nicolas Sarkozy en difficulté. C'est de la politique à la petite semaine, indigne et désastreuse, encourageant les sentiments xénophobes, flattant le nationalisme le plus primaire. Elle devrait disqualifier ses auteurs de tout rôle dans la campagne future de François Hollande.

L'actuelle majorité et le président de la République ont fait de l'histoire un commerce systématique qui défigure la vérité historique. La gauche voudrait-elle faire pire qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. Il ne suffit donc pas de prendre ses distances avec les propos de Montebourg et Le Guen. Il faut les condamner solennellement, et expliquer aux Français que la gauche rejette toute politique de provocation ou de surenchère autant qu'elle défend la vérité historique et sa dignité. Pour effacer la honte de ces déclarations, il faudra un engagement solennel en faveur d'une morale en politique. Mais si, au contraire, la victoire future devait reposer sur de telles compromissions, son avenir politique sera bien sombre alors.

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*Le 25 novembre, le député de Paris Jean-Marie Le Guen a fait référence à la conférence de Munich sur son blog en écrivant : « Nicolas Sarkozy ressemble plus à Edouard Daladier qu'à Charles de Gaulle ou François Mitterrand ». Le 30 novembre, Arnaud Montebourg a accusé Angela Merkel de vouloir « tuer l'euro » et de mener « une politique à la Bismarck » : « La question du nationalisme allemand est en train de resurgir au travers de la politique à la Bismarck de Mme Merkel », a-t-il déclaré, concluant : « Le moment est venu maintenant d'assumer la confrontation politique face à l'Allemagne et de défendre nos valeurs ».

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