Vincent Duclert
Historien
Abonné·e de Mediapart

64 Billets

2 Éditions

Billet de blog 4 janv. 2010

Vincent Duclert
Historien
Abonné·e de Mediapart

Les vœux d’Albert Camus

En ce jour anniversaire de la mort d'Albert Camus, deux informations ont été révélées *. L'Elysée n'a pas renoncé à transférer la dépouille de l'écrivain au Panthéon. Eric Besson, ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, n'a pas renoncé au « grand débat sur l'identité nationale ».

Vincent Duclert
Historien
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En ce jour anniversaire de la mort d'Albert Camus, deux informations ont été révélées *. L'Elysée n'a pas renoncé à transférer la dépouille de l'écrivain au Panthéon. Eric Besson, ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, n'a pas renoncé au « grand débat sur l'identité nationale ».


Nous l'avons écrit ici même sur ce blog, et dit ce matin à France-Inter en répondant aux questions de Nicolas Demorand et Thomas Legrand, l'idéologie de l'identité nationale telle qu'elle est présentée aux Français par le gouvernement et le président de la République rejette les traditions démocratiques françaises. En cela, elle est radicalement contradictoire avec la pensée d'Albert Camus, son « obsession démocratique » pour reprendre l'expression inspirée de la radio publique pour sa journée spéciale consacrée à l'écrivain. Pour s'en convaincre, il faut lire ou relire les très nombreux textes de réflexion politique réunis dans trois volumes au moins de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, 1977 et 2009). Le premier article de l'année 1947 écrit pour Combat s'intitule « Démocratie et modestie ». La fin sonne comme les vœux d'Albert Camus aux Français d'aujourd'hui. Il n'est pas certain que les recommandations de l'intellectuel ne rencontrent beaucoup d'adhésion dans les mondes officiels de l'identité nationale. La proposition élyséenne du Panthéon n'en apparaîtra que plus vaine et superficielle.


« Il faudrait s'oublier un peu. Cela donnerait aux députés et aux partis un peu de cette modestie qui fait les bonnes et les vraies démocraties. Le démocrate, après tout, est celui qui admet qu'un adversaire peut avoir raison, qui le laisse donc s'exprimer et qui accepte de réfléchir à ses arguments. Quand des partis ou des hommes se trouvent assez persuadés de leur raisons pour accepter de fermer la bouche de leurs contradicteurs par la violence, alors la démocratie n'est plus. Quelle que soit l'occasion de la modestie, celle-ci est donc salutaire aux républiques.

La France, aujourd'hui, n'a plus les moyens de la puissance. Laissons à d'autres le soin de dire si cela est bien ou mal. Mais c'est une occasion. En attendant de retrouver cette puissance ou d'y renoncer, il reste encore à notre pays la possibilité d'être un exemple. Simplement, il ne pourrait l'être aux yeux du monde que s'il proclamait des vérités qu'il peut découvrir à l'intérieur de ses frontières, c'est-à-dire s'il affirmait, par l'exercice de son gouvernement, que la démocratie intérieure sera approximative tant que l'ordre démocratique international ne sera pas réalisé, et s'il posait en principe, enfin, que cet ordre, pour être démocratique, doit renoncer aux déchirements de la violence.

Ce sont là, on l'a déjà compris, des considérations volontairement inactuelles. »

(in Essais, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1977, p. 320)

* Dans les journaux du matin de France Inter.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Un projet de loi au détriment du vivant
En pleine crise énergétique, le gouvernement présente dans l’urgence un projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire. Un texte taillé pour les industriels, et qui sacrifie la biodiversité comme la démocratie participative.
par Mickaël Correia
Journal — Éducation
Revalorisation salariale : les enseignants se méfient
Plusieurs enseignants, très circonspects sur la réalité de la revalorisation salariale promise par Emmanuel Macron, seront en grève le 29 septembre 2022, dans le cadre d’une journée interprofessionnelle à l’appel de diverses organisations syndicales. La concertation annoncée pour le mois d’octobre par le ministre Pap Ndiaye sur le sujet s’annonce elle aussi houleuse.
par Mathilde Goanec
Journal — Social
Anthony Smith, inspecteur du travail devenu symbole, sort renforcé du tribunal
Devant le tribunal administratif de Nancy ce mercredi, la rapporteure publique a demandé l’annulation des sanctions visant l’agent de contrôle, accusé par le ministère du travail d’avoir outrepassé ses fonctions en demandant que des aides à domicile bénéficient de masques en avril 2020.
par Dan Israel
Journal — Extrême droite
Extrême droite : les larmes (de crocodile) des élites libérales
Les succès électoraux de l’extrême droite, comme en Suède ou en Italie, font souvent l’objet d’une couverture sensationnaliste et de dénonciations superficielles. Celles-ci passent à côté de la normalisation de l’agenda nativiste, dont la responsabilité est très largement partagée.
par Fabien Escalona

La sélection du Club

Billet de blog
Italie : il était une fois l’antifascisme
On peut tergiverser sur le sens de la victoire des Fratelli d'Italia. Entre la revendication d'un héritage fasciste et les propos qui se veulent rassurants sur l'avenir de la démocratie, une page se tourne. La constitution italienne basée sur l'antifascisme est de fait remise en cause.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
Trop c’est trop
À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.
par Michel Koutouzis
Billet de blog
Italie, les résultats des élections : triomphe de la droite néofasciste
Une élection marquée par une forte abstention : Le néofasciste FDI-Meloni rafle le gros de l’électorat de Salvini et de Berlusconi pour une large majorité parlementaire des droites. Il est Probable que les droites auront du mal à gouverner, nous pourrions alors avoir une coalition droites et ex-gauche. Analyse des résultats.
par salvatore palidda
Billet de blog
Giorgia Meloni et ses post-fascistes Italiens au pouvoir !
À l’opposé de ce qui est arrivé aux autres « messies » (Salvini, Grillo…), Giorgia Meloni et ses Fratelli d’Italia semblent - malheureusement - bien armés pour durer. La situation est donc grave et la menace terrible.
par yorgos mitralias