Se mettre à jour

« Se mettre à jour ». Tel est le propos de ce billet qui relance l'activité de mon blog « Entre histoire et politique », interrompu depuis le mois d'août dernier.

« Se mettre à jour ». Tel est le propos de ce billet qui relance l'activité de mon blog « Entre histoire et politique », interrompu depuis le mois d'août dernier. Différentes circonstances, professionnelles et personnelles, m'ont tenu éloigné de lui et de Mediapart ces deux derniers mois. Mais il est temps de s'y consacrer à nouveau, d'autant que l'actualité nous fait un devoir de nous exprimer puisqu'on assiste malheureusement à l'acte II de « l'identité nationale ». Nous allons écrire très prochainement sur le sujet. Mais d'ores et déjà mettons-nous « à jour » de l'ancienne et toujours très actuelle question de la reconstruction de la gauche et du parti socialiste. Nous avions, avec la rédaction de Médiapart, avec Stéphane Alliès, Vincent Truffy et Edwy Plenel, imaginé un vaste débat sur le sujet, le feuilleton du mois d'août où chaque jour étaient publiées une ou plusieurs contributions. Voici le bilan de l'expérience, en attendant qu'un éditeur souhaite prendre l'initiative de publier ces travaux. Tout est là, à la disposition de tous :

 

Socialisme hors-les-murs

 

Une politique pour la gauche

 

L'expérience de Mediapart, août 2009

 

Liste ordonnée des contributions publiées par Mediapart, dans l'édition « Assises du socialisme hors-les-murs », durant le mois d'août 2009.

 

Tous les textes sont disponibles à l'adresse suivante : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/edition/socialisme-hors-les-murs

 

I. Imaginaires militants

- « redonner envie aux classes populaires de voter pour le PS », par Claude Bouchafa

- « lettre ouverte à Monsieur Bernard-Henri Lévy », par des militants de la section de Montreuil

- « Les élections européennes appellent une réaction à gauche », par Frédéric Faravel, secrétaire fédéral du parti socialiste du Val d'Oise

- « La génération 21 avril veut des primaires », par Emmanuel Kujawski, et alii

- « Il y a des colères très saines », par Julien, militant socialiste en Rhône-Alpes

- « Socialistes, revenez à la maison », par Jean-Philippe Huelin, président du cercle Jean-Jaurès de Lons-le-Saunier

- « Trois souhaits d'un électeur pour un renouvellement de la gauche », par Louis Gruel (électeur mais non militant)

-« Reprenons la main ! », par Jean Lacassagne, militant PS à Périgueux et conseiller fédéral de Dordogne, membre de Désirs d'avenir depuis sa création

- « Européennes 2009 : enfin un score prometteur pour le PS ! », par Ameziane Abdat, président de l'association ZY'VA à Nanterre et militant socialiste

- « Témoignage d'un socialiste sur la nécessité de réformer le PS », par Roland Dellinger

- « Fièrement socialistes ! », par Gilles Bon-Maury, président de l'association Homosexualités et socialisme

- « Pour reprendre confiance et se mobiliser à gauche », par Léon Waingart et Raymond Kerpedron, militants de la Nièvre

- « A nos amis socialistes qui parlent de primaires sans savoir de quoi ils parlent », par Jacques Claude et Fred Abram-Profeta

- « Pour réduire les inégalités et sauver la planète, il faut construire un vrai projet de civilisation », par Marcel Ferréol

 

II. Critiques intellectuelles

- « Socialisme, culture et méthode », par Gilles Candar, historien, président de la Société d'études jaurésiennes

- « La social-démocratie européenne à la dérive », par David Cayla, économiste, université d'Angers

- « La part d'irrésolu du socialisme européen », par Bruno Antonini, philosophe, enseignant

- « Le malaise social-démocrate, entre flux financiers et flux migratoires », par Thomas Gérard et Mathieu Potte-Bonneville, philosophes, membres de l'association Cette France-là (déjà publié dans le Monde).

- « Intellectuels et socialistes : mission impossible », par Daniel Lindenberg (déjà publié dans l'Ours)

- « Une gauche des libertés. Pour en finir avec le mythe du parti laxiste », par Liora Israël, sociologue, EHESS (déjà publié dans L'Ours)

- « Le désenchantement ne doit pas conduire à la désespérance », par Jean-Louis Fabiani, sociologue, EHESS

- « Une autre lettre ouverte à BHL », par Pierre Raterron, artiste plasticien (déjà publié dans la Charente libre)

- « Du PS au PSR. Parti socialiste Rénové ou Ressuscité », par Benito Pelegrin, écrivain et dramaturge

- « Ce que j'attends du PS.... », par Fabien Escalona, étudiant, metteur en scène d'une compagnie de théâtre amateur

- « PS : quel parti de militants ? », par Rémi Lefebvre, politiste, université de Lille 2

- « Retour sur la question sociale », par Pap N'Diaye, historien, EHESS

- « La social-démocratie doit retrouver le sens du peuple », par Laurent Bouvet, politiste, université de Nice et Science-Po

 

III. Choix politiques

- « Socialisme, Belle au bois dormant ? », par Lucile Schmid, conseillère régionale d'Île-de-France et vice-présidente du Laboratoire des idées

- « Les deux crises du socialisme français », par Alain Bergounioux, historien, président de l'OURS

- « Socialistes, renouons avec nos rêves européens », par Bernard Poignant, maire de Quimper et ancien président du groupe socialiste au parlement européen

- « La promesse d'une génération », par Guillaume Bachelay, secrétaire national à l'industrie

- « Nos futurs », par Pouria Amirshahi, secrétaire national aux droits de l'homme du parti socialiste

- « Primaires à gauche : lever les ambiguïtés », par Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, initiateurs de l'appel Gauche 2012

- « A contre-courant », par Emmanuel Maurel, secrétaire national du parti socialiste chargé des universités d'été, vice-président de la région Île-de-France

- « Ajoutons le Modem ? » Défendons plutôt le 35, 60, 1600, 20 », par Gérard Filoche

 

IV. Blogueurs et journalistes de Mediapart et d'ailleurs

- « Comment converger ? », par Jean Malet

- « Une communauté de destin », par JF Coffin

- « La "coopération" pour apporter un renouveau à l'idéal socialiste », par JM Masson

- « Socialisme : le libérateur des énergies enchaînes par le capitalisme », par Artiga

- « La fosse tranquille, slogan recyclé », par Claude Bastian alias clbast37

- « 1983...1993...2002...2009... Un renoncement, quatre déroutes », par Marc Vasseur

- « Aujourd'hui : la Révolution », par Passifou

- « Le PS et les institutions », par Dirk van de Graaf

- « L'anarchie féconde », par Christian Paultre

- « Le socialisme, une idée folle », par 1.altibelli

- « Parti socialiste : sortir de l'impasse », par Renaud Chenu, journaliste indépendant

- Enfin, les deux grands articles d'Edwy Plenel parus sur Mediapart

 

Présentation

L'initiative intellectuelle permise par Mediapart, durant le mois d'août 2009, témoigne, à travers les cinquante contributions publiées, de la résilience du parti socialiste. Les déclarations qui ont pu ça et là annoncer sa mort traduisent surtout une incompréhension de ce qu'il est profondément, pas seulement une juxtaposition de dirigeants et de courants dont le comportement, effectivement, précipite cette formation politique dans un véritable suicide collectif, mais aussi une réunion de militants, de citoyens, qui conservent la volonté d'imaginer en commun un avenir qui soit celui de la justice sociale, de l'égalité des chances, de l'intérêt général. Le parti socialiste a été, depuis les premiers temps d'organisation du socialisme à la fin du XIXe siècle, porteur d'un imaginaire politique qui fut celui d'hommes et de femmes désireux de donner un sens à leur existence et à la société en défendant des valeurs de liberté, de solidarité et de pensée, ces valeurs que l'on retrouve dans les textes déjà publiés dans ces « assises du socialisme hors-les-murs ». Cet imaginaire politique est très largement issu de l'expérience républicaine, la République n'étant pas seulement un ensemble d'institutions, de pouvoirs et de contraintes mais aussi un idéal commun où le sentiment démocratique a trouvé de quoi s'écrire.

Reconnaître cet imaginaire est ainsi la première tâche des dirigeants socialistes. Celui ou celle d'entre eux qui s'imposera à la tête d'une formation aujourd'hui fragmentée n'y parviendra qu'à condition de renouer le lien avec l'horizon politique dont le socialisme contemporain est porteur. C'est cet imaginaire qui définit, individuellement et collectivement, l'identité socialiste. C'est cet imaginaire qui permet en chacun de nous d'articuler l'aspiration à l'universel et la fidélité à ses origines, comme l'a montré récemment l'historienne Mona Ozouf dans un bel essai, Composition française (Gallimard). C'est cet imaginaire que l'on retrouve dans les textes que de simples militants ou citoyens ont choisi d'écrire, et notamment ici dans le cadre de l'initiative de Mediapart. Réfléchir au destin actuel du parti socialiste implique de revenir à ces écrits ordinaires ou dissidents, que certains dirigeants tiennent pour médiocres et même infréquentables, et qui constituent pourtant la preuve la plus déterminante qu'une volonté demeure de travailler à un destin commun. Sortir des « murs » de l'actuelle pensée du parti était bien le premier objectif de ces « assises du socialisme ».

Il y avait urgence. Lorsque le parti socialiste se décide à penser, il le fait souvent dans une grande indifférence pour cette sociabilité intellectuelle qui le caractérise profondément. Soit que la réflexion émane des instances officielles, soit qu'elle se déploie au travers des différents think thank, le constat est le même. Le parti s'enferme dans des discours fragmentés, techniques qui se veulent des solutions à la crise du socialisme - par exemple le projet de primaires -, et qui, au contraire, l'avivent en ne permettant pas que le parti se retrouve sur une morale politique, en d'autres termes un ensemble de principes qui donnent alors un sens et une efficacité aux propositions de réforme de la société, de l'Etat ou de l'économie. Pour cette raison, nous sommes restés très intéressés par le projet de Déclaration de principes issue des travaux d'Alain Bergounioux, secrétaire national aux études *, mais restée confidentielle, rarement reprise par les dirigeants actuels et qui risque au final de connaître le sort de bien des tentatives de rénovation à gauche. Cette initiative se situe pour nous dans un « socialisme hors-les-murs », c'est-à-dire un espace de discussion et de construction qui associe étroitement militants et dirigeants, citoyens et intellectuels. La réflexion intellectuelle et la critique politique apparaissent de ce point de vue comme une force de démocratisation interne, indépendamment même des contenus proprement dits qui peuvent eux aussi affirmer une volonté de démocratie. Ce qui s'est passé sur Mediapart est la preuve d'un parti bien vivant mais mal pensé.

 

Considérer que le parti socialiste est au centre d'un imaginaire politique et que le socialisme continue d'inspirer des hommes et des femmes cherchant à concevoir une société qui soit celle du progrès social et de la démocratie républicaine, ne peut qu'apporter de l'espoir à la gauche. Mais c'est un espoir exigeant. Il ne faut pas se voiler la face. L'arrogance avec laquelle une partie des membres du parti traite les militants souligne le profond déficit démocratique au sein de la formation. Il ne s'agit bien sûr pas de dire que le militant a systématiquement raison. Ce n'est du reste pas le problème de savoir qui a raison et qui a tort. Il s'agit avant tout d'affirmer des choix lucides et responsables qui contribueraient tout à la fois à forger une pensée politique et ranimer l'imaginaire politique dont nous parlons. La crise actuelle du parti vient en effet de la coupure radicale entre un discours officiel et un imaginaire de gauche qui semble ne peut pouvoir y adhérer. D'où le malaise et sa forme aussi insaisissable qu'insurmontable. Pourtant, la solution réside notamment dans la transformation de ce discours officiel, afin d'amener le parti socialiste à penser les questions qui engagent aussi bien son histoire que son avenir.

Les socialistes sont aux prises, en effet, à cinq grands enjeux, dont la résolution conditionne largement leur capacité à réussir l'alternance politique dès 2012.

Le système capitaliste et l'économie de marché en premier lieu. Le parti socialiste les a acceptés en se réservant toutefois comme une possibilité permanente de les récuser. Sa position est loin d'être claire si bien qu'à plusieurs reprises dans le passé des gouvernements socialistes, il a semblé qu'il fallait rassurer, qu'il fallait se dédouaner d'avoir été marxiste en se montrant alors plus résolument favorable que nécessaire au libéralisme économique. Aujourd'hui, le parti socialiste apparaît incapable de réagir à une crise majeure du capitalisme économique et financier, précisément parce qu'il ne sait pas comment se définir par rapport à lui. Le reconnaître lui donnerait paradoxalement l'autorité pour le critiquer et concevoir l'intervention des responsables politiques et de la puissance publique dans un domaine incapable de se moraliser par lui-même.

Les libertés fondamentales et l'individualisme démocratique en deuxième lieu. Le parti socialiste les a eux aussi acceptés, mais sans renoncer pour autant à une culture de l'Etat souverain et à une hostilité pour le libéralisme politique qui relativise en définitive ce socle de la démocratie. C'est l'une des raisons pour laquelle, aujourd'hui, les socialistes s'avèrent incapables de formuler une critique cohérente de la réduction des libertés et qu'ils laissent des associations comme Réseau éducation sans frontières, le GISTI ou La Cimade défendre seules les droits fondamentaux des Français menacés collectivement par la politique d'immigration décidée par Nicolas Sarkozy. Là aussi, le parti s'avère impuissant à tenir son rôle de force d'opposition, de pouvoir qui arrête le pouvoir selon la formule de Montesquieu.

Les institutions et les formes du pouvoir en troisième lieu. Le parti socialiste tente de s'opposer à Nicolas Sarkozy, à son gouvernement, à sa majorité, mais sans opérer une critique de formes de leur pouvoir et de l'évolution des institutions. Plutôt que de questionner l'hyperprésidentialisation du régime, les socialistes se polarisent sur cette personnalisation en se recherchant l'homme ou la femme providentiel (le) chargé (e) de sauver le parti des futures débâcles électorales. Défendre auprès des électeurs de gauche et du centre voire de la droite, un projet de régime plus équilibré et de pratiques moins autoritaires de pouvoir est un message susceptible d'être entendu et compris.

La société, ses inégalités et ses espaces en quatrième lieu. Le parti socialiste peine à concevoir un état des lieux d'une société qui demeure profondément inégalitaire, au sein de laquelle les clivages sont tout à la fois économiques, sociaux, urbains, géographiques, ethniques, culturels, historiques, etc. De fait, il s'empêche de proposer une politique du « vivre-ensemble » fondée sur la conviction d'un modèle de société démocratique. Il laisse le projet concurrent en position de domination complète.

L'Europe et le monde enfin. Contrairement aux verts lors du dernier scrutin, les socialistes n'ont pas su incarner un projet européen. Leurs difficultés à comprendre le phénomène de l'élection de Barack Obama ont été maintes fois relevées. Leurs critiques de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy sont inaudibles. Tous ces éléments ne sont pas superficiels. Ils décrivent un parti qui, tout en appartenant à un mouvement dit internationaliste, ne s'interroge pas sur son rapport au monde qui se construit ni même questionne ses échecs, sur la réunification allemande, sur la guerre en ex-Yougoslavie, sur le génocide rwandais, sur le traité européen, etc.

Ces questions ne sont pas là pour instruire le procès du parti socialiste ni même pour le placer lucidement devant ses responsabilités. Elles décrivent surtout un parti qui oublie l'essentiel, c'est-à-dire de se déterminer du point de vue d'un certain nombre de principes à partir desquels penser ce qui échappe, ce qui résiste, et ce qui dérange. Se mettre au clair est même un principe moral qui confère à l'action politique une capacité d'être entendue et comprise. C'est l'un des moyens les plus sûrs pour rapprocher la doctrine de l'imaginaire. La force électorale et politique du socialisme français au début du XXe siècle a découlé très largement de la clarté de la conception jaurésienne du socialisme et de la démocratie. Le socialisme devait agir pour Jaurès comme une critique de la République en posant systématiquement la question du « prolétariat », c'est-à-dire des exclus et des injustices. Mais conférer au socialisme ce rôle démocratique impliquait d'avoir reconnu la République. Ce que Jaurès avait fait. Il était ainsi plus libre pour la transformer en démocratie républicaine. Ce projet est toujours d'actualité, et sa responsabilité pèse sur l'ensemble de la gauche.

Car, comment qualifier ces « assises du socialisme hors-les-murs », poursuivies sur Mediapart durant tout le mois d'août et dont le succès, en termes d'audience, de commentaires et de contributions reçues et publiées, aura dépassé toutes nos espérances ? Tout simplement d'assises pour la gauche tant ce socialisme sorti des « murs » du parti et de la vulgate a rayonné sur l‘ensemble des sujets qui traversent la gauche française. Il a décrit un espace qui est le sien, incluant depuis la nécessaire fonction critique de l'extrême gauche jusqu'à l'exigence libérale des droits intangibles de l'individu.

Ces « assises du socialisme hors-les-murs » rappellent l'exigence capitale de penser un rassemblement intellectuel et politique qui seul donnera un sens et une efficacité à l'option des primaires que ses partisans présentent comme la panacée universelle et le principe de toute rénovation. Sans ces assises pour la gauche, c'est-à-dire sans un effort pour définir intellectuellement et politiquement ce qui définit la gauche, les primaires - à l'idée desquelles le parti socialiste se range désormais * - iront à l'échec car elles auront en charge de désigner un candidat ou une candidate qui devra tout incarner, l'unité, le sens, le projet, l'avenir, la victoire et au final la présidence française. C'est une vision bien archaïque de la politique de s'en remettre à cette seule logique présidentielle et nationale, une conception même dangereuse puisque l'on chargera l'élu (e) des primaires d'une mission quasi-providentielle où l'émotion tiendra lieu de raison.

Tout le monde n'est pas Barack Obama et même le phénomène Obama a correspondu à un effort du parti démocrate pour se rénover, se repenser, à l'initiative de John Kerry qui a fait parler celui qui n'était encore que parlementaire du Sénat de l'Illinois à la convention de juillet 2004, préparant d'une certaine manière la relève et anticipant sur la crise inévitable du libéralisme politique américain. Pour que le jeune leader puisse s'imposer, il a fallu que le parti s'interroge sur son identité et sur son avenir, forgeant alors un espace intellectuel pour Obama qui a précédé l'horizon politique.

Imaginer qu'une fois le candidat (e) choisi (e), un grand congrès de réconciliation scellera l'unité de la gauche est faire preuve au mieux de légèreté. Outre le fait que Nicolas Sarkozy et l'UMP excelleront à détruire une telle construction, il ne fait pas de doute la gauche elle-même - à savoir ses militants, ses sympathisants -, rechignera à se projeter dans un candidat providentiel alors qu'elle reste indéfectiblement attachée aux idées, au sens et à l'action collective. C'est la leçon des ces « assises du socialisme hors-les-murs ».

Se donner le temps de penser et définir la gauche en vue de permettre au candidat (e) d'être véritablement porteur d'une unité nous apparaît comme plus responsable, comme davantage digne de la gauche, et plus efficace à court comme à moyen et même à long terme. Et l'on verra du reste alors qui est prêt à s'investir dans la tâche difficile de concevoir une assise concrète à la gauche, de participer à une aventure collective, intellectuelle et partant relativement désintéressée.

Dans ce périmètre de la gauche à définir, le parti socialiste pourrait remplir ce rôle d'intellectuel collectif formulant un contenu politique, retrouvant des valeurs fondatrices, fixant une histoire et un futur, un projet qui en serait un en d'autres termes et qui servirait de point d'appui dans la perspective de ces assises de la gauche que nous suggérons. Il n'est pas question bien sûr d'affirmer ici que le parti socialiste doit se présenter dans une position hégémonique. Seulement, il peut témoigner de la capacité qui a été la sienne, dans l'histoire, de susciter la réflexion et la critique politiques - surtout si l'on envisage le PS hors-les-murs, du côté de ses dissidences et de ses héritages. Après les déchirements des socialistes pendant l'affaire Dreyfus, Jaurès et Guesde s'étaient retrouvés à l'hippodrome de Lille le 26 novembre 1900 pour définir, devant plusieurs milliers de militants, leur vision réciproque du socialisme. Les conflits n'avaient pas été apaisés pour autant, mais du moins l'effort intellectuel était apparu comme une solution à la division. Et l'unité du parti avait été possible cinq ans plus tard.

Le parti socialiste n'en est certes plus à l'époque de Jaurès et de Guesde. Mais la solution choisie à Lille en 1900 était la bonne parce qu'elle obligeait à aller au fond des problèmes et à les formuler dans une certaine liberté de l'esprit. Cela demeure l'essentiel aujourd'hui. Et il n'est pas certain que cette volonté de fondation gagne au final, tant le parti socialiste est rompu au discours technocratique de ses experts, à la volte-face rhétorique de ses dirigeants, ou à l'écriture fumeuse de projets abstraits qui retombent avant même que l'encre ne soit sèche. Il ne peut plus pourtant se permettre ces impasses et cet aveuglement qui ne cessent d'assurer de confortables avances à Nicolas Sarkozy dans l'opinion.

Pour lui-même comme pour cette gauche à définir, le parti socialiste doit relever le défi d'un « projet » sorti de l'enfermement d'une formation incapable de se mettre en question. La responsabilité est très grande. Les socialistes n'ont plus le droit à l'erreur. Mais du mal actuel de la division et de l'impuissance peut sortir le bien de la pensée et de la responsabilité. Nous pensons que les « assises du socialisme hors-les-murs » tenues sur Mediapart durant tout ce mois d'été ont écrit une page du projet à venir tout en soulignant dans le même temps son impérieuse nécessité. Nous continuerons d'être extrêmement vigilants sur la vie du parti comme nous contribuerons, ici sur Mediapart et ailleurs, à défendre le principe de ces « assises pour la gauche », dans des formes qu'il reste à définir.

*

Le débat reste ouvert, et ce débat d'août 2009 sur Mediapart va contribuer à permettre que la politique retrouve à gauche ses couleurs, ses possibles et ses espoirs. Cette expérience veut restituer l'expérience d'un « socialisme hors-les-murs » et la prolonger en même temps en la faisant vivre, en librairie, dans la presse, dans les sections. Sans les moyens nouveaux apportés par Mediapart - la publication immédiate en ligne, les commentaires, la participation de tous -, sans le choix de sa rédaction et de son directeur Edwy Plenel lui-même attaché à mettre les socialistes devant toutes leurs responsabilités, l'initiative du « socialisme hors-les-murs » n'aurait pu avoir lieu. Il faut remercier les auteurs des cinquante contributions, militants, intellectuels, responsables politiques, blogueurs qui ont choisi de s'investir dans l'expérience. Rien n'aurait été possible sans eux, et c'est pour eux d'abord que ce porlongement a été conçu de manière à pérenniser une réflexion de qualité, fondement (« assises ») de la politique moderne qu'il est nécessaire de toujours défendre.

Vincent Duclert, historien à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, concepteur avec Stéphane Alliès des « Assises du socialisme hors-les-murs » sur le site du journal Mediapart. Il a publié en mars 2009 un essai, La Gauche devant l'histoire. A la reconquête d'une conscience politique (éditions du Seuil), qui a été beaucoup débattu.

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