La démocratie, une idée neuve

L’écrasante victoire d’Obama est une belle leçon de démocratie offerte au monde. Certes, son premier responsable a beaucoup agi pour qu’il en soit ainsi. Il a d’abord donné une leçon de politique. Invention de la politique dont les Etats-Unis manquait depuis la fin de la présidence Clinton. Organisation de la politique par un travail considérable avec ses équipes depuis deux ans pour convaincre les démocrates puis les Américains de voter pour lui et le changement qu’il incarnait. Sa victoire prouve que la démocratie peut progresser, qu’elle peut continuer d’assumer la question sociale –même aggravée de la question raciale -, qu’elle peut encore éveiller chez des hommes et des femmes un espoir, une identité, une volonté. C’est un enseignement historique si l’on considère les thèses nombreuses annonçant l’épuisement de la démocratie. La démocratie, la politique, ont encore des choses à dire à l’humanité. Elles associent des peuples et des personnes. Elles donnent de la dignité à ceux qui en ont été toujours privés. Cinquante ans après le début de la lutte des droits civiques, les Afro-Américains accèdent à la pleine souveraineté, à l’égalité politique. La démocratie était une idée très ancienne, et elle est désormais une idée très neuve avec la victoire de Barack Obama.

 

Pour les Américains (et pour le monde), ce 4 novembre 2008 est l’exact opposé du mardi 11 septembre 2001. La victoire de Barack Obama est la plus éclatante revanche sur ce jour où l’Amérique se réveilla avec le goût de la mort et l’incertitude sur son destin. La victoire d’Obama referme de la meilleure façon qui soit, de la façon la plus haute et la humaine, la césure de l’ultraconservatisme rendue possible par l’exploitation idéologique des attentats du 11 septembre. Les New-Yorkais particulièrement peuvent désormais enterrer leurs morts et apaiser leurs souffrances. C’est leur esprit qui a triomphé cette nuit. Le discours d’Obama à Chicago résonnait de leurs mots, de leur tolérance, de leur diversité, et de leur volonté jamais démentie d’opposer à la liberté à la violence, comme il a su inscrire sa victoire dans la lignée des Pères Fondateurs de la Constitution et des grands présidents. Face aux républicains qui tentèrent de transformer la nation en un nationalisme agressif et belliqueux, Barack Obama et ses millions d’électeurs ont donné d’elle un sens politique, pacifique et démocratique. C’est essentiel et c’est une leçon historique pour le monde.

Vincent Duclert

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