Etats-Unis. La défaite du nationalisme en politique

La victoire de Barack Obama est un gisement considérable de réflexions et c’est pour cela aussi qu’elle est essentielle. A cet égard, l’analyse d’Edwy Penel dans les colonnes de Mediapert est très démonstrative de la nécessité de penser, avec des catégories larges, l’événement qui vient de se produire.
Il y a un fait cependant qui a peut-être été moins souligné, c’est celui, à travers la défaite de John Mc Cain, de la défaite du nationalisme américain en politique. Différents commentateurs ont pu estimer que la campagne du candidat républicain avait été globalement digne. Peut-être écrivaient-ils sous l’effet de la déclaration de ce dernier, au soir du 4 novembre, reconnaissant sa défaite et saluant la victoire de son adversaire. Car la campagne des républicains a été au contraire perverse et brutale, et elle a confirmé que leur arme préférée contre les démocrates restait le nationalisme. Accuser l’adversaire de négliger la patrie et se présenter à l’inverse comme l’incarnation de celle-ci (le fameux « Country first » des pupitres de John Mc Cain) semblait d’autant plus prometteur que John Kerry avait été, en 2004, en partie battu sur ce thème (souvenons-nous des polémiques sur son « patriotisme » pendant et après la guerre du Vietnam) et que, plus généralement, c'était mission impossible d’y répondre efficacement : s’attaquer effet au nationalisme reste un tabou dans la mesure où cette critique est aussitôt considérée comme une preuve d’antipatriotisme. Les Etats-Unis ont certes pu vérifier dans leur histoire que le nationalisme représentait une menace sérieuse pour les libertés individuelles et l’existence même de la démocratie politique, durant le maccarthysme ou plus récemment avec le mal-nommé Patriot Act de l’administration Bush. Pour autant, il s’est maintenu comme une valeur (voir encore l'exemple du Patriot Act), son utilisation en politique servant à discréditer moralement l’adversaire et l’absence d’une tradition de la réfutation empêchant ce dernier de riposter sérieusement.
John Mc Cain et sa colistière Sarah Palin ont multiplié les attaques de cette nature, opposant même les « Américains » qu’ils défendraient aux démocrates de l’autre bord prêts à vendre l’Amérique à ses pires ennemis. Ils escomptaient que les origines de Barack Obama, suggérant son « étrangeté », fassent prospérer encore davantage un phénomène d’adhésion de l’opinion.
Le candidat démocrate et son équipe ont été plus forts. En faisant de la politique, en montrant que la nation était d’abord ce qu’en faisaient et ce qu’en voulaient ses citoyens, en revenant à certains fondamentaux de la Constitution et du « rêve américain », en pariant sur le lien politique et l’idée démocratique, en ne cédant aucun pouce sur le terrain de l'espace public, ils ont mis un coup sérieux au nationalisme en politique. C’est encore une leçon qu’il faudra méditer.
Vincent Duclert

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