Les Japonais abandonnés par le monde?

Un phénomène étrange se produit actuellement avec les catastrophes en série qui frappent les Japonais. Alors que de telles tragédies suscitent d’extraordinaires élans de solidarité internationale, rien de tel ne se passe ici.
0315Japan_511-custom15.jpgUn phénomène étrange se produit actuellement avec les catastrophes en série qui frappent les Japonais. Alors que de telles tragédies suscitent d’extraordinaires élans de solidarité internationale, rien de tel ne se passe ici. L’urgence pour les pays est d’évacuer leurs ressortissants, ce qui est légitime. Mais ce qui l’est moins est le sentiment d’abandon infligé aux Japonais par le reste du monde.

 

Certes, la France, la Suisse, les Etats-Unis ont envoyé des détachements de sauveteurs. Mais rien de plus. On n’observe aucune mobilisation pour les victimes, aucune organisation de collectes, aucune déclaration adressée aux Japonais sinon pour louer leur sang-froid devant la catastrophe et leur dignité dans le malheur. Aucune star pour appeler à la solidarité avec les Japonais. Le silence pour Sofia Coppola qui connaît mieux que d’autres Tokyo après son film Lost in translation.


Cette tragédie semble ne nous concerner que par ses images d’horreur passées en boucle sur les grandes chaînes et les questions qu’elle pose à nos centrales nucléaires. Les Japonais, parce que courageux dans le malheur, parce qu’éloignés de nos frontières, parce qu’habitant la troisième puissance économique mondiale, parce que ….. , n’auraient pas le droit à notre solidarité ? A la fraternité ? Est-ce indécent de dire que nous sommes tous, quelque part, des Japonais ? Le président de l’Assemblée nationale a demandé hier, à Paris, une minute de silence pour les victimes japonaises. C’était une juste initiative. Au Japon, les appels à l'aide se multiplient. Giampaolo Visetti, de La Republica, dans des reportages traduits et publiés par Libération, explique qu'à Miyagi, le gouverneur demande à tout le Japon et aux pays étrangers d'envoyer des cercueils "pour nos chers disparus". Le monde saura-t-il entendre ces appels à l'aide ? Ce billet a pour vocation de dire aux Japonais, vivants, survivants, réfugiés, disparus, morts, que nous ne les oublions pas.

Vincent Duclert

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Photographies : New York Times

 

Réactions aux premiers commentaires des lecteurs, que je remercie, et que je remercie pour leurs informations. Ce billet n'avait pas pour objet d'occulter l'engagement des ONG en faveur des Japonais, ou bien de minimiser le travail de ceux qui oeuvrent pour la solidarité, mais de relever que ces efforts ne bénéficient pas d'une grande couverture média, en comparaison d'autres tragédies. Cette différence de statut renvoie je pense à la représentation que nous avons du Japon et des Japonais. Le refus de la société et de l'Etat japonais de reconnaître les crimes et les massacres de la Seconde Guerre mondiale joue certainement dans cette "retenue" (mais la France est-elle si bien placée pour donner des leçons, elle qui a du attendre le discours de Jacques Chirac en 1995 pour reconnaître la complicité de l'Etat français dans le génocide des juifs ?). Aujourd'hui, je pense que les survivants, dans leur dénuement absolu, sont dépouillés de tous les préjugés qui persistent sur les Japonais ; ils incarnent une forme universelle d'humaine souffrance. Comme les victimes d'autres catastrophes implacables. Il faut refuser la tentation de la concurrence des victimes. Il est important de de manifester cette solidarité à l'égard des Jaonais afin de conjurer l'idée qui s'insinue parmi les survivants qu'une fatalité accable de peuple (voir à nouveau l'article de Giampaolo Visetti traduit et publié par Libération aujourd'hui). Il n'y a pas de fatalité qui accable les peuples, seulement des circonstances et des responsabilités historiques, politiques, écologiques, ou techniques.

Vincent Duclert

Jeudi 17 mars. Les medias commencent maintenant à relayer les informations montrant la solidarité des sociétés civiles pour les Japonais.

Voici un courriel émanant de la Maison de la
Culture du Japon (MCJP) qui traduit cette solidarité croissante.
La MCJP, son équipe et plus largement le peuple japonais ont reçu de
nombreux messages de soutien de votre part. Nous sommes extrêmement touchés
par ces marques de sympathie, et tenons à vous faire part de nos
remerciements.
Nous avons rassemblé ces messages dans un recueil sur lequel le public
pourra aussi écrire des mots de sympathie pour le Japon. Ces mots sont
précieux pour les victimes touchées par ce drame et leurs proches et seront
transmis au Japon.
La MCJP entreprendra très bientôt des actions de solidarité afin d'aider de
manière concrète le Japon et les victimes de ce désastre. Nous vous
tiendrons au courant de nos démarches via notre site internet.
L'ambassade du Japon en France mettra bientôt un compte un dispositif
bancaire en place pour recueillir les dons. Elle oriente pour l'instant les
donateurs vers la Croix-Rouge japonaise en donnant des informations précises
sur les démarches à effectuer :
http://www.fr.emb-japan.go.jp/actualite/2011/communique_seisme_16_3_2011.html
La Croix-Rouge française a elle aussi mis un dispositif humanitaire en
place :
http://www.croix-rouge.fr/Actualite/Urgence-humanitaire-au-Japon-1291
L'Association des ressortissants japonais en France effectue d'ores et déjà
une collecte de dons. http://www.nihonjinkai.net/?p=1789
Enfin, la ville de Rennes jumelée avec la ville de Sendaï très fortement
touchée par cette catastrophe a également mis en place un dispositif de
collecte de dons :
http://www.rennes.fr/no-cache/accueil/a-la-une/actualites/les-actualites-de-la-ville-de-rennes/detail-actualite/actualites_detail//2085/86.html<http://www.rennes.fr/no-cache/accueil/a-la-une/actualites/les-actualites-de-la-ville-de-rennes/detail-actualite/actualites_detail/2085/86.html>
Nous vous tiendrons informés de toutes nos initiatives.
Encore merci pour tous vos témoignages de soutien.
Dans l'espoir que la situation s'améliore,
Bien à vous,
La MCJP

 

 

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