PS. Le poids de l'hypothèque présidentielle

Après le résultat (proclamé et contesté) des élections au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, deux analyses peuvent être tentées.

Après le résultat (proclamé et contesté) des élections au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, deux analyses peuvent être tentées.

 

D’une part, celle qui confirme les options de Ségolène Royal.

Il me semble, mais je peux me tromper, que l’hostilité de la moitié (plus 42 voix reconnues samedi matin à l’aube par la direction du PS) des militants à son égard tient moins dans sa personnalité ou dans son programme que dans sa volonté résolument affichée de transformer le PS en une machine électorale au service de sa propre candidature aux élections présidentielles de 2012. Elle a souvent indiqué dans cette campagne interne qu’elle seule était capable de battre Nicolas Sarkozy.

Par cette affirmation, elle a placé les militants dans une situation cornélienne : refuser sa candidature, c’était se résigner à subir un second quinquennat. Je pense que cette notion de « vote utile » a su mobiliser fortement autour d’elle.

Néanmoins, cette affirmation d’une capacité à vaincre mérite qu’on la nuance et que l’on interroge aussi l’idée du socialisme qui s’en dégage.

En effet, si Ségolène Royal a effectué un parcours plutôt convaincant lors des primaires socialistes de 2006, elle a en revanche réalisé une piètre campagne en 2007 où elle a révélé la faiblesse de sa pensée politique, son goût pour les formules et sa propension à se déplacer au gré de l’opinion.

La séquence du culte du drapeau et de la Marseillaise en mars 2007, censé riposter à « l’identité nationale » de son adversaire et l’entraînant dans un discours d’autorité bien loin de l’ « ordre juste », est restée dans toutes les mémoires.

Au final, elle a été sévèrement battue par Nicolas Sarkozy (46,94 % contre 53,06) alors même qu’elle avait tenté toutes les combinaisons électorales, avec le Modem de François Bayrou notamment.

Aussi le choix de se réinstaller d’emblée dans la posture de la présidentiable incontournable et d’en faire le ressort d’une campagne aux allures plébiscitaires pose-t-il des questions sur l’idée du socialisme qu’elle souhaite vraiment incarner, au-delà des déclarations d’intention telles qu’elles sont par exemple formulées dans l’ouvrage co-signé avec le sociologue Alain Touraine (Si la gauche veut des idées, Grasset, 2008).

Le socialisme est-il même une idée pour Ségolène Royal, ou un moyen d’accéder au pouvoir, et en ce sens elle serait la digne héritière de celui qui l’a lancée en politique, François Mitterrand. Tant que les socialistes n’auront pas regardé leur histoire, et notamment celle de la période mitterrandienne, l’idée socialiste demeurera ainsi, fragile, inachevée, meurtrie.

Les déclarations de Ségolène Royal sur TF1 samedi 22 novembre ont exclusivement porté sur la victoire qui aurait été la sienne la veille et qu’un recomptage des suffrages confirmera de son point de vue. Nulle interrogation sur ce qui est néanmoins le problème majeur, la cassure du PS en deux camps et la nécessité, pour elle, d’aller vers le compromis dans le cas où elle accéderait finalement au poste de premier secrétaire, à savoir notamment suspendre la question des présidentielles et entreprendre une refondation collective de l’idée socialiste. Rien de tel pour le moment.

Les raisons pour lesquelles elle ne me paraît pas la meilleure placée pour conduire cette rénovation m’apparaissent renforcées.

 

La seconde analyse porterait sur l’attitude de Martine Aubry depuis la proclamation des résultats qui l’ont placée très légèrement en tête des suffrages, la qualifiant de droit sinon de fait à devenir premier secrétaire.

Dans sa déclaration samedi depuis l’Assemblée nationale, elle a été soucieuse de rassembler les socialistes et d’apaiser les tensions.

Comme je l’ai écrit précédemment (18 novembre), elle m’apparaît plus à même de permettre les conditions d’un débat essentiel, auquel devront prendre toute leur part Ségolène Royal et son équipe, débat fondateur du renouveau tant espéré.

Les conditions de ce débat, je propose de les évoquer ici dans quelques jours. Mais tout au moins la levée de l’hypothèque présidentielle me semble indispensable à ce besoin de renouveau.

 

 

Vincent Duclert

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