Manifeste communiste pour les temps cruciaux qui viennent

Le capitalisme dominant n’est plus compatible avec la survie de l’humanité, menacée par la crise écologique et de civilisation globale. Sortir du capitalisme, c’est la visée originelle du communisme. Revivifier ce concept de communisme, le refonder, le remettre sans étroitesse à la disposition de tout le mouvement de transformation sociale et politique, tel est l’objet de ce manifeste.

Nous vivons la crise la plus aigüe de l’histoire de l’Humanité. Aigüe par sa dimension écologique : pour la première fois, l’activité humaine, sans même que ne soit employée l’arme nucléaire, simplement si elle continue sur le même mode et la même lancée qu’aujourd’hui, menace la survie même de l’espèce humaine, voire celle de la plupart des êtres vivants. Aigüe par sa dimension civilisationnelle : le bouleversement des conditions d’existence de l’humanité pourrait donner lieu, comme des signaux forts le montrent dès aujourd’hui, au retour au premier plan de tous les obscurantismes, du rejet des idéaux émancipateurs, de la recherche « d’hommes forts » dotés de pouvoirs puissants autour d’identités collectives rabougries et sacralisées, autant d’éléments porteurs de davantage de risques de dictature et de guerres qui accentueront encore la crise écologique, tandis que le profit privé au meilleur taux resterait la norme économique toujours plus incontestée. 

Le capitalisme, mode de production aujourd’hui ultra-dominant, a pu apporter il y a longtemps davantage de confort et de liberté par rapport aux vieilles sociétés féodales et esclavagistes dans une partie du monde. Pour autant il n’a jamais produit de partage équitable ni même le fameux « ruissellement » des richesses dont il se veut la promesse, d’autant qu’il s’est considérablement développé les siècles passés sur la base d’une exploitation féroce, tant des ressources naturelles que des populations, d’empires coloniaux conquis par la force, exploitation prolongée et amplifiée aujourd’hui par le poids de la dette des collectivités issues de ces empires vis-à-vis des institutions bancaires.

Aujourd’hui, avec la crise civilisationnelle et écologique majeures induites par ce mode de production, fondé sur l’appropriation du profit, le productivisme et une croissance sans limite et surtout sans principes, nous constatons que le capitalisme a fait son temps, que sa régulation est illusoire, qu’il convient de transformer en profondeur les façons de produire, de consommer, de vivre, auxquelles il nous habitue. Nous pouvons nous appuyer pour cela, en les développant,  sur une multitude d’expériences menées dans le cadre de ce système de production et d’appropriation dominant, mais qui ne relèvent pas de démarches capitalistes, issues des mouvements émancipateurs ouvriers et paysans, syndicalistes, démocratiques, associatifs, coopératifs, écologistes.

C’est ce basculement vers une société qui ne serait donc plus à dominante capitaliste, que nous appelons communisme. C’est ce basculement auquel nous avons l’ambition de contribuer avec toute notre expérience et notre énergie au moyen d’un rassemblement majoritaire et conscient des peuples du monde, et concernant notre pays, du peuple de France. Un rassemblement à construire avec détermination dans une multiplicité de projets non-capitalistes convergents, dans les luttes populaires et les résistances quotidiennes aux injustices de toutes natures, dans une démocratie participative et d’intervention à promouvoir et continuellement activer et dans les moments électoraux représentatifs prévus par les institutions actuelles, de manière à avoir le maximum et de plus en plus de points d’appuis dans les lieux aujourd’hui les plus décisionnels à tous les niveaux.

Le présent manifeste vise, pour aider au mieux à un tel rassemblement majoritaire et conscient, à préciser les grandes convictions qui nous animent et leur cohérence ainsi que les démarches actives dans lesquelles nous nous reconnaissons et dont nous croyons à l’efficacité politique pour enfin changer de logique dominante.   

     

I – Nos convictions

 

Toujours plus de droits, de savoirs, de pouvoirs pour tou·te·s.

Première conviction : il est urgent de construire une société qui permette enfin l'accès de tou·te·s à toujours plus de droits, de savoirs, de pouvoirs.

Depuis toujours les êtres humains ont cherché à être plus libres, à en savoir plus, à davantage maîtriser leur vie. Est-ce un bienfait ?

Non si cette liberté, ce savoir, ces pouvoirs sont utilisés pour dominer. Dominer les règnes animal, végétal ou minéral pour le compte de – ou plutôt au nom de - l’ensemble de l’humanité. Dominer d’autres groupes humains pour certains de ces groupes, souvent déjà privilégiés par les évolutions historiques. Domination de classe, domination coloniale, domination patriarcale, toutes ces dominations freinent considérablement les progrès dont pourrait bénéficier l’humanité toute entière. Et les dominations se perpétuent quand tout s’organise pour que les droits, les savoirs, les pouvoirs, soient concentrés chez une minorité d’êtres humains.   

Mais oui, mille fois oui, vouloir être plus libres, améliorer nos connaissances, davantage maîtriser notre vie est une bénédiction si l’objectif est de mieux savoir vivre ensemble et en harmonie avec l’Univers, à commencer par notre belle  planète, la Terre.

Or, de ce point de vue, les restrictions portées au partage des droits, des savoirs et des pouvoirs par les modèles de société qui ont existé jusqu’alors montrent d’autant plus leurs limites, que la connaissance, les savoir-faire, les potentialités humaines n’ont jamais été si élevées.

Aujourd’hui, depuis la Commissions Trilatérale qui dès les années 1970 préconisait de fortes limites à l’extension de la démocratie, jusqu’à celles et ceux qui théorisent le fait que tout le monde ne peut pas apprendre autant, les tenants de l’ordre établi nous poussent à réserver à quelques personnes ou groupes supposés plus éclairé·e·s que les autres l’essentiel des droits, des savoirs et des pouvoirs.

Il en résulte un gâchis incommensurable des initiatives, des connaissances et de la démocratie, qui bénéficient en conséquence très insuffisamment au bien commun, tandis que seules les initiatives, les connaissances et les processus de décision politique visant à perpétuer la croissance du profit privé sont véritablement encouragés.

Il est donc urgent, pour sortir de cette spirale mortifère qui menace la cohésion de l’humanité et sa survie-même, de construire une société qui permette enfin l’accès de tou·te·s à toujours plus de droits, de savoirs, de pouvoirs.     

 

Coopération et solidarités contre division et isolement     

Deuxième conviction : un tel progrès ne peut résulter prioritairement que du développement des coopérations et des solidarités. À l’inverse, l'isolement, la division et le chacun-pour-soi portent en eux toutes les régressions sociales.

Ce partage des droits, des savoirs et des pouvoirs auquel l’humanité aspire et qui est son seul avenir viable, est incompatible avec toute une série de réalités d’aujourd’hui comme le secret des affaires ou le secret bancaire, le cloisonnement des activités, une école qui repose sur la sélection et la compétition, une démocratie essentiellement délégataire et dépourvue d’intervention citoyenne.

Davantage de droits, de savoirs, de pouvoirs pour tou·te·s, cela suppose une action politique et économique désormais essentiellement tournées vers le développement des coopérations mutuellement avantageuses, de l’économie sociale et solidaire et du service public sous responsabilité publique et citoyenne, l’ouverture d’un grand chantier de démocratisation de l’école, la mobilisation permanente de l’intervention citoyenne, y compris celle des salarié·e·s dans l’entreprise et le groupe, pour prendre ensemble les grandes et bonnes décisions.

A l’inverse, chaque fois que le monde du travail et de la création se laisse diviser, que se développent les égoïsmes sociaux et le chacun-pour-soi, les reculs sociaux qui commencent pour quelques-uns s’imposent vite à tous.

Aujourd’hui la division ne repose pas uniquement sur l’individualisation. Elle s’appuie aussi parfois – et les extrêmes-droites jouent en ce sens un rôle nuisible névralgique - sur des solidarités partielles, corporatistes ou identitaires, fondées sur les appartenances de statuts, mais aussi de territoire ou de type d’habitat, de nationalité, de trajectoires géographiques familiales, de religion, de genre ou d’orientation sexuelle. Le racisme et l’infériorisation de la femme, qui viennent malheureusement de loin dans l’histoire de l’humanité et y ont laissé des traces profondes, restent les principales grilles de lecture dans cette vaste entreprise de division et de réduction de chaque individu à une identité communautaire censément homogène et opposée à d’autres identités.

Au contraire, les différences qui font que chacun·e a au fond, une identité unique, sont une incroyable richesse pour les idées, pour l’action, pour le mouvement transformateur de la société. Comme dit en espagnol la chanson de HK et les Saltimbanks « la unidad, nuestra fuerza, nuestro son, nuestra esperanza (…) la division sera nuestra muerte » [l’unité, notre force, notre chant, notre espérance, (…) la division signera notre arrêt de mort].    

Aux antipodes du chacun pour soi et des replis identitaires, la solidarité, face à toutes les dominations et discriminations, est au cœur de l’engagement communiste. 

 

La responsabilité publique pour garantir  les solidarités

Troisième conviction : de nombreuses activités humaines méritent de relever d'une responsabilité publique garante de ces coopérations et solidarités ainsi que de l'accessibilité des réponses élémentaires aux besoins : alimentation, environnement, énergie, eau, éducation, santé, déplacements...

La concurrence illimitée, l’appropriation des moyens de production de biens et de services pour le profit privé, l’anonymat de l’actionnariat, le secret des affaires, sont autant d’éléments qui entrent en contradiction avec le nécessaire développement des coopérations entre les êtres humains. Il convient de leur fixer des limites sérieuses, en premier lieu en favorisant, bien au-delà des compétences régaliennes comme la justice et la sécurité publique, la constitution ou la consolidation de larges pôles sous responsabilité publique et contrôle citoyen dans des secteurs comme le crédit, l’éducation et la recherche, la santé, la protection sociale, les déplacements, l’énergie, l’eau, la sécurité alimentaire, la culture, l’accès aux télécommunications.

A côté de ce caractère indispensable, pour construire un monde de coopérations, du développement du secteur public autour des principes du service public et de l’intérêt général, le renforcement du secteur public est aussi la garantie d’une égalité d’accès pour la réponse à des besoins aujourd’hui élémentaires dans des secteurs qui ne peuvent pas, ne pourront jamais être rentables au sens capitaliste, parce que cette réponse est essentiellement affaire de travail vivant, de temps de travail incompressible, de travail qualifié, sans cesse à renouveler et améliorer.

Aux côtés de ces pôles publics et en articulation avec eux, les initiatives non lucratives relevant de l’économie sociale et solidaire méritent elles aussi d’être considérablement encouragées et développées, de même que le secteur associatif, notamment par la politique de crédit et un statut fiscal minimaliste, considérant leur apport innovant en termes d’expérimentation de formes nouvelles et non-marchandes de coopérations.

De même la politique de crédit doit résolument privilégier l’économie présentielle et circulaire.

Enfin l’investissement public pour la période à venir dans la recherche en matière de transition écologique doit être colossal, pour la lutte contre le bouleversement climatique, face aux pollutions, face aux perturbateurs endocriniens, pour des énergies renouvelables et des activités humaines économes en énergie, pour inverser la courbe du gaspillage des ressources de la planète jusqu’à en finir avec le « jour du dépassement ».   

 

De grands champs de l’activité humaine doivent sortir des règles du marché capitaliste.

Quatrième conviction : cette responsabilité implique pour les collectivités publiques des moyens d'actions échappant aux règles du marché capitaliste : règlementations sociales et environnementales, fixation de limites à l'appropriation privée des profits, socialisation d’une proportion importante des ressources par l'impôt et les contributions sociales avec généralisation de la progressivité, secteur public conséquent pour garantir les principes du service public, constitutions de pôles publics économiques ou financiers impulsant notamment une sélectivité du crédit fondée sur la réponse aux besoins humains, pouvoirs de contrôle des citoyen·ne·s et de leurs représentant·e·s...

Cette responsabilité implique pour les collectivités publiques des moyens d’action échappant aux règles du marché.

Les réglementations sociales, ainsi, ne peuvent être laissées à la seule négociation, même collective, a fortiori au sein de la seule entreprise, comme c’est la tendance en France avec la loi El Khomri/Hollande puis les ordonnances Pénicaud/Macron. Au contraire, l’histoire du travail a été aux 19ème  et 20ème siècles, marquée, sous la poussée des actions revendicatives ouvrières, par une succession d’avancées législatives et règlementaires, limitant puis interdisant le travail des enfants, fixant des limites aux durées quotidiennes et hebdomadaires du travail, instaurant puis étendant le congé maternité, les congés payés, instaurant le SMIC, créant les comités d’entreprise, créant et encadrant les conventions collectives, légalisant les syndicats puis créant le droit syndical à l’entreprise, développant considérablement la part différée et solidaire du salaire avec les caisses de retraite, l’assurance chômage, l’assurance maladie relevant du système de la sécurité sociale fondée sur la répartition, sous l’impulsion notamment en France du ministre communiste Ambroise Croizat. Alors que la productivité du travail progresse de manière exponentielle, de nouveaux et importants progrès doivent pouvoir être réalisés dans un premier temps vers les 32 heures par semaine, voire les 28 heures comme les travailleurs de la métallurgie viennent de l’obtenir en Allemagne, vers un système de sécurité emploi-formation mutualisé combiné avec un revenu minimum universel d’autonomie sur le modèle de la sécurité sociale permettant de faire face à la nécessaire augmentation du temps de formation initiale ainsi qu’aux nécessaires reconversions de métiers, en lien notamment avec l’automatisation grandissante du travail, la transition écologique et le désarmement, sans que cela ne se traduise par des périodes de chômage et des millions de laissés pour compte. Le droit à la retraite sans décote des pensions doit être mondialement reconnu et assuré, avec possibilité de retraite progressive plusdieurs années avant l’âge légal. Des statuts permettant des facilités de service sans retrait de rémunération doivent pouvoir être créés pour les travailleur·use·s exerçant des mandats citoyens ou associatifs ou des pratiques sportives ou artistiques. Il convient d’adopter un arsenal législatif pour l’égalité hommes-femmes au travail comportant des pénalités conséquentes en cas de non-respect allant par exemple jusqu’à l’interdiction de diriger une entreprise pour l’employeur qui a pratiqué ou couvert des actes d’agression ou de harcèlement sexuels.

Il en va de manière similaire pour les normes environnementales, qui au même titre que les normes sociales, ne doivent plus jamais être contredites dans les traités internationaux par la prépondérance de la « concurrence libre et non faussée ». D’autant que ce qui est en jeu est l’avenir sur terre du vivant lui-même dont nous faisons partie, comme nous en avons été alertés dernièrement par un appel mondial de 15000 scientifiques. En particulier, le bilan Gaz à Effet de Serre doit faire partie de telles normes, en intégrant l’ensemble de la chaîne de production depuis celle des matériaux entrant dans la composition du produit ou du service jusqu’au conditionnement et à l’acheminement vers l’unité de consommation finale. Cela implique d’inverser le mouvement actuel de délocalisations d’activités pour au contraire, impulser un mouvement de relocalisations. Le caractère renouvelable ou le degré d’épuisement de la ressource utilisée, de même que le sort des déchets ultimes, sont eux aussi des critères fondamentaux d’évaluation de l’impact environnemental d’une activité humaine. Enfin les normes environnementales doivent aussi concerner la sécurité alimentaire, le bilan Gaz à Effet de Serre de l’activité agricole et son impact sur la biodiversité, avec des critères favorisant l’agriculture paysanne et biologique, les circuits courts et la reconversion d’une agriculture d’élevage industriel qui hypothèque gravement l’avenir, en une agriculture paysanne et maraîchère privilégiant l’alimentation végétale, notamment protéinée.

De manière générale l’appropriation privée des profits sans aucune limite n’est pas compatible avec le progrès social et écologique. Il convient donc qu’au-delà de certains seuils de revenus tirés notamment des titres de propriétés des sociétés, soit créée une tranche d’imposition à 100% qui renvoie à la responsabilité collective et démocratique l’utilisation de la part exorbitante du profit. Ce sera aussi une efficace mesure anti-spéculative.  

Cette exigence de moyens d’action pour les collectivités publiques suppose aussi, que celles-ci gèrent en direct des secteurs importants de l’activité humaine, non seulement ceux qui relèvent des services publics, mais aussi des secteurs stratégiques au sens où leur maîtrise publique va, sous contrôle citoyen, servir de levier pour impulser un développement qui ne soit pas fondé sur la croissance à tout prix mais sur la satisfaction des besoins humains dans le respect des équilibres écologiques.

Elle suppose aussi qu’une part importante des fruits des gains de productivité soit affectée à la ressource publique par l’impôt. Un impôt juste, progressif. Avec enfin une double prééminence sur le volume des recettes publiques, de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés. Comme pour l’impôt sur le revenu, le principe de la progressivité doit s’appliquer à l’impôt sur les sociétés. Les impôts indirects doivent tendre à disparaître et être réservés à des mesures temporaires très dissuasives d’activités non génératrices de productions utiles et vouées à dépérir, par exemple des taxes spéciales et lourdes sur les transactions financières ou sur la fabrication et la vente d’armes alimentant un fonds mondial d’urgence pour le développement humain, social et écologique. 

Elle implique enfin la constitution d’un puissant pôle public bancaire et financier, pratiquant une sélectivité du crédit en fonction de critères sociaux et environnementaux.  

 

Des forces s’opposent au progrès humain 

Cinquième conviction : des forces s'opposent à une telle perspective de progrès pour tou·te·s et cherchent à revenir en arrière par rapport à  ce qui a déjà  été acquis parce qu'elles profitent énormément à court terme de l’ordre social actuel.

Nous ne nous faisons pas d’illusions. S’il est si difficile de faire rentrer dans la réalité un tel projet socialement révolutionnaire c’est que des forces de la société actuelle s’y opposent, et qu’elles disposent d’énormes moyens, notamment pour créer de la confusion dans les idées et nourrir celle que l’action politique n’a pas pour objectif de chercher à améliorer fondamentalement la vie des gens parce que le seul vrai pouvoir serait dans l’économie, de plus en plus réduite, d’ailleurs, à une gestion comptable.

À les écouter, seule la croissance serait capable de changer la donne, et peu importe comment ses fruits sont répartis puisque selon la théorie du ruissellement, tout le monde finira bien par en profiter un jour ou l’autre. La politique serait juste là pour éventuellement apporter quelques correctifs à des abus et surtout empêcher que tout cela ne débouche sur des explosions sociales incontrôlées et incontrôlables, ou tout au moins à confiner celles-ci dans les lieux les plus lointains possibles de celui d’où votre interlocut·eur·rice autorisé·e vous parle.

Mais l’appétit de privilèges de celles et ceux qui y ont goûté étant infinie, la pression est telle sur les politiques pour qu’ils reviennent sur tous les dispositifs qui contredisent ou régulent le capitalisme-roi qu’à nouveau et régulièrement, le sentiment que cela ne peut plus continuer comme ça, la défiance vis-à-vis de la domination de la loi du marché, reviennent en force, avec des expressions politiques diverses, depuis la révolte nihiliste et aventuriste sans lendemain, dont la charge de colère est souvent récupérée par les forces les plus démagogiques, obscurantistes, antidémocratiques, jusqu’à l’engagement révolutionnaire, transformateur de la société, dont nous avons pour ambition de favoriser en toutes circonstances l’efficacité et la durabilité.

Les personnes qui profitent du capitalisme débridé sont aussi celles qui profitent de sa crise, tant que ce système est dominant. Ce sont les gros actionnaires des grandes holdings, ceux du CAC 40 pour ce qui concerne la France. Pour eux peu importera au bout du compte s’ils investissent dans une énergie fossile, dans l’agro-alimentaire industriel au détriment d’une agriculture respectueuse des équilibres écologiques, dans des délocalisations dans des pays qui connaissent à peine l’impôt direct et si peu le droit du travail et la protection sociale, dans le rachat d’entreprises juste parce qu’elles leur font concurrence et qu’ils vont fermer immédiatement tout en s’accaparant leur technologie, dans des activités purement spéculatives. Au final ce qui comptera pour eux, c’est la rentabilité de leurs placements, pour qu’ils puissent continuer de bénéficier, le plus souvent, de voitures puissantes, de repas et de séjours de luxe, de personnes entièrement à leur service pour les commodités quotidiennes de la vie comme pour la meilleure « optimisation fiscale » de leurs revenus et de leur patrimoine. Ils cherchent aussi en général à assurer à leurs descendances le même type d’avenir et de temps à autres, utilisent une infime partie de leurs ressources colossales pour un don à une fondation caritative pour se donner une bonne conscience ou une image de bonne conscience, ou pour une libéralité discrète à tel ou tel politique, ou plutôt à tel ou tel lobby directement chargé de ce type de missions auprès de telle ou telle assemblée délibérante, pour favoriser une évolution législative qui va servir encore plus leurs déjà très confortables arrières.

Force est de constater que depuis quelques dizaines d’années, ces forces et les politiques qu’elles influencent ont beaucoup avancé dans le démantèlement des droits sociaux, l’inversion des normes législatives au détriment de l’intérêt général, tandis que les démarches comme la lutte contre le dérèglement climatique patinent et même reculent, tant l’intérêt général qui devrait pourtant être aussi le leur sur cette question, est en contradiction profonde avec ce qu’ils et elles estiment être leur intérêt particulier et celui de leurs descendances à court et moyen terme.

 

La crise actuelle est dangereuse pour l’avenir de l’humanité entière       

Sixième conviction : cette tendance régressive est génératrice d'une crise profonde. Elle porte d'immenses dangers pour l'avenir de l'humanité. Il convient de l'affronter sans faiblesse.

L’essentiel de ce que chacun·e ressent plus ou moins confusément comme une crise sans précédent de toute l’humanité est dans cette contradiction entre l’intérêt général et l’intérêt particulier des fortunés et des puissants à court et moyen terme.

Contrairement aux crises précédentes dans l’histoire de l’humanité, celle-ci ne met pas seulement en cause un modèle de développement économique voire un modèle de civilisation mais l’avenir même de l’humanité voire du vivant sur terre à un terme pas si éloigné que cela d’aujourd’hui, en raison du bouleversement climatique et du pillage des ressources naturelles qu’elle entraîne.

Beaucoup plus encore que pour les crises précédentes, il convient donc de l’affronter sans faiblesse, d’affronter sans fléchir les logiques capitalistes qui en sont à l’origine et qui continuent de l’approfondir.

 

Pour éviter le pire, agir pour le meilleur    

Septième et dernière grande conviction : le moyen le plus sûr d'éviter le pire, c’est de lutter en permanence, dans le rassemblement le plus large et le plus conscient, pour le meilleur.

Ce constat des énormes risques portés par les tendances dominantes de la situation ne doit pas masquer l’existence de nombreuses et multiples actions de résistance. Des résistances défensives face aux mauvais coups et aux injustices de toutes sortes. Ces résistances-là demeurent absolument nécessaires. Au-delà des reculs partiels qu’elles peuvent imposer à la force adverse, elles sont un vecteur d’apprentissage, pour les catégories dominées et exploitées, de l’action collective et de l’art de faire bouger les rapports de forces par la confrontation des idées et la promotion, dans cette confrontation, de celles de progrès social, écologique et démocratique. Et toutes les bonnes idées qui peuvent être partagées sur la construction d’un monde nouveau seront d’autant mieux accueillies que celles et ceux qui les portent aideront aussi, concrètement et maintenant, celles et ceux qui ont à souffrir, qui ont le plus à souffrir, de ce monde-là et de la crise dans laquelle il s’enfonce. Une aide par la lutte, par l’intervention des élus lorsqu’il y en a de bien disposés à cet égard et par l’organisation de la solidarité. Nous voulons être  encore plus au cœur de toutes ces actions. Faire encore plus et mieux tout ce que nous pouvons pour les légitimer, les encourager, contribuer à les porter vers des victoires.

Mais il y a aussi des résistances qui construisent directement un monde nouveau, qui montrent dès aujourd’hui qu’autre chose est possible, que d’autres logiques peuvent régir les rapports entre les êtres humains et entre ces derniers et leur environnement. Des résistances qui bâtissent au cœur-même de la société d’aujourd’hui des espaces de non-capitalisme, de non-domination, de libres coopérations et mutualisations, au fond, ce que nous appelons, nous, du communisme, que les acteurs et actrices concernés se reconnaissent ou non dans cette dénomination.

Ce sont ces salariés qui reprennent leur entreprise abandonnée par l’actionnariat et qui vont favoriser l’utilisation de produits biologiques, de matériaux de récupération ou fabriqués dans leur proximité.

Ce sont les coopératives d’activités et d’emploi qui permettent à des artisans et autoentrepreneurs de bénéficier à la fois de services mutualisés et d’un statut de salariés en CDI avec les droits et protections sociales qui y sont attachés, ces mêmes droits et protections que la finance et les grandes organisations patronales aimeraient depuis des décennies ramener à la portion plus que congrue.

C’est le réseau des Associations de Maintien d’une Agriculture Paysanne, dans lequel le consommateur-acteur, la consommatrice-actrice, achètent au paysan une part de récolte, en échange d’en assurer la distribution ainsi qu’une participation bénévole aux travaux dans les moments de l’année qui nécessiteraient un complément de main d’œuvre que le paysan n’a pas les moyens de payer. Un système qui favorise l’agriculture biologique, la diversité des productions et l’enrichissement des terres.

C’est le réseau des écoles démocratiques, où on apprend à l’enfant à décider lui-même aussi bien de ce qu’il va apprendre que des règles du vivre ensemble dans l’établissement, et au-delà, tous ces enseignants qui cherchent imprégner aussi l’éducation nationale de ces pratiques

Ce sont tous ces humanistes qui de Lesbos à Lampedusa, en passant par Vintimille,  Calais et le Briançonnais, organisent la solidarité et l’accueil des migrants et réfugiés.

Ce sont les zadistes de Notre-Dame-des-Landes qui en même temps qu’ils rendaient impossible la réalisation d’un projet d’aéroport contesté, ont profité de l’opportunité qu’a constitué la préservation du bocage des effets anti-écologiques du remembrement, pour inventer d’autres formes de rapport à la terre nourricière, de coopérations non-marchandes, de modes de production et d’échange décarbonnés.

Ce sont ces personnes qui, en ville, vont cultiver ensemble un jardin partagé ou semer sur chaque coin de terre repéré des boules de biodiversité ou « d’incroyables comestibles ».

Ce sont tous ces animateurs et animatrices de monnaies locales anti-spéculatives ainsi que les élus qui les relayent.

Ce sont les projets d’habitat participatif co-construits et éco-construits, dans lesquels bibliothèques, salles d’activités, espaces de rangement, buanderies ou chambres d’ami·e·s sont partagés pour favoriser le gain de surfaces et les économies de matériaux, d’équipements et d’énergie en même temps que le lien social.

Ce sont les fab-labs associatifs où l’on se transmet les savoir-faire pour fabriquer nous-même nos outils au lieu de les acheter à la grande distribution.

Ce sont les communautés informatiques qui élaborent les logiciels libres, en assurent la maintenance et l’évolution et transmettent leur savoir et leur savoir-faire à tous les utilisat·rice·eur·s sans autre contrepartie que l’engagement de transmettre eux·elles aussi à leur tour connaissances et innovations.

Ce sont les scènes ouvertes de poésie ou chacun·e compte pour un·e, où les vers dits reflètent tant d’humanité et d’aspiration à monde de partage et de liberté.

Nous pourrions bien sûr allonger cette liste et bien des expériences restent à inventer.

Mais toutes ces initiatives auront beaucoup de mal à se développer, à imprégner suffisamment la société pour entraîner le nécessaire changement radical de comportement face aux défis sociaux, écologiques et démocratiques si celles et ceux qui font les lois, continuent de légiférer dans le seul sens des intérêts des actionnaires des grandes banques et de la grande industrie.

Il convient donc qu’ à côté de ces actions de résistance, à côté de ces espaces qui sont déjà du communisme, existent des espaces spécifiquement destinés à promouvoir des règles de fonctionnement de toute la société, des propositions de lois, des propositions de traités, prenant le contrepied des législations et règlements jusque-là dominants, de façon à permettre le maintien et le développement de toutes cette diversité d’expériences, les synergies entre elles et un exercice de la responsabilité publique qui leur soit complémentaire pour que ce type de logiques imprègne progressivement toute la société au détriment des logiques purement mercantiles, majoritairement à l’œuvre aujourd’hui. Des  espaces pour permettre aussi à des hommes et des femmes représentatif·ve·s de cette volonté populaire transformatrice d’aller pour un temps déterminé dans les principaux lieux de décisions politiques à tous les niveaux pour faire prévaloir ces propositions-là, du local au mondial.

C’est cela aujourd’hui un parti ou un rassemblement politique de gauche, de progrès, une gauche debout. En tous cas c’est ce que cela devrait être, pour faire œuvre utile à ce changement de comportement collectif, indispensable pour relever les grands défis.

Longtemps les formations de gauche ont représenté deux courants de pensées et il y avait  adéquation assez large entre l’existence de ces deux courants et celle de deux grands partis politiques à gauche.

L’un de ces courants, longtemps représenté principalement en France par le Parti Communiste Français, estimait que le moment était objectivement possible pour un changement radical, si le peuple le décidait. Il utilisait notamment – et continue à le faire  autant que possible – sa présence dans les lieux de pouvoirs et son organisation pour favoriser cette prise de conscience et cette mobilisation populaire.

L’autre courant, représenté principalement en France par le Parti Socialiste, pensait que le moment n’était pas venu et qu’il convenait dans l’attente, de réguler le capitalisme, de corriger ce que ce courant considérait comme les abus de ce système, et utilisait notamment à cette fin sa présence dans les lieux de pouvoir, tandis que l’organisation politique avait pour objectif unique de créer les conditions électorales de l’accès puis du maintien au pouvoir.

Aujourd’hui, tout cela a volé en éclats, notamment parce que les politiques qui représentent le deuxième courant se sont mis à professer depuis une quarantaine d’année et de plus en plus depuis lors, qu’on ne pourrait même plus réguler le capitalisme, qu’il faudrait accepter une période de reculs sociaux généralisés et que ce serait la condition pour qu’un jour - nul ne sait quand - cela aille mieux pour tou·te·s et que l’humanité puisse reprendre sa route vers le progrès.

Et ils et elles ajoutent que si on ne fait pas ce qu’ils disent de faire, d’autres qu’elles et eux, à droite et à l’extrême-droite, feront pire.

À force de choisir le moins pire pour éviter le pire, ce courant finit par fondre pour laisser la place aux tenants beaucoup plus assumés de l’immuabilité de l’ordre capitaliste. Et le pire du pire est à nos portes, en Ukraine, en Pologne, en Hongrie, en Israël, en Turquie, en Autriche, maintenant en Italie…et de plus en plus en France dans les deuxièmes tours d’élection, un jour peut-être au gouvernement, en tous cas certain·e·s en rêvent tout haut.

Il n’y a pas quatre chemins. Le seul moyen pour éviter le pire, et l’éviter durablement, c’est de continuer à vouloir se rassembler pour le meilleur.

Et il ne faut pas le sous-estimer, nous sommes déjà très nombreux à savoir, dans notre pays, quand nous connaissons les mesures figurant dans des programmes électoraux comme l’Humain d’abord, l’Avenir en commun ou la France en commun, quand nous percevons la cohérence de ces programmes, que ce sont ces mesures-là, la mise en œuvre de ces programmes-là, que nous attendons. Disons-le alors clairement ! Haut et fort ! Par les luttes et par le vote. Et envoyons dans les lieux de décision chaque fois que l’occasion nous en est donnée, des femmes et des hommes comme nous, porteurs et porteuses de ce type de mesures-là, de ce type de programme-là. C’est à cette expression populaire-là qu’un parti de gauche, qu’un rassemblement à gauche, qu’une gauche debout, doivent aider aussi, de toutes leurs énergies.

C’est le sens que nous voulons donner à l’existence d’un Parti Communiste aujourd’hui, permettre, favoriser, encourager, par ses initiatives aux formes les plus diverses, ce rassemblement, le plus conscient et le plus large possible, pour exprimer cette exigence de transformation radicale de la société, de manière à sortir de la domination capitaliste et de tous les modes de domination d’êtres humains sur d’autres êtres humains en même temps que de l’être humain sur son environnement.

 

II - Nos principes d’action.

Les grandes convictions qui viennent d’être énoncées constituent les premiers fondamentaux de ce que nous appelons communisme pour notre siècle, le corpus d’idées communes qui fondent une activité communiste du temps présent, très partagé par les militants et adhérents du Parti Communiste Français. Pour autant – et c’est ce qui fait tout leur potentiel pour l’avenir – s’y retrouvent et peuvent aussi s’y retrouver, avec plus ou moins de conviction, bien des gens qui n'appelleront pas nécessairement cela « communisme », souvent issus d’autres cultures d’engagement, en lien avec leur propres expériences du capitalisme, de sa crise et de leurs propres cheminements pour chercher à s’en extraire.

Toutes celles et ceux qui partagent ces convictions ou qui y sont sensibles, ont tout intérêt à se doter d'objectifs politiques communs et de formes d'organisation démocratique communes pour leur donner de la force jusqu'à  être en mesure de devenir les idées motrices du fonctionnement de notre société, en lieu et place d'un capitalisme qui ne sera donc plus la forme sociale dominante et déterminante.

C’est pourquoi le rassemblement de toutes celles et ceux qui ont intérêt ou qui aspirent aux changements radicaux est notre boussole stratégique autant que tactique.

Nous privilégions à cette fin des principes d’action collective qui sont porteurs pour chaque individu qui y participe, dans un même mouvement, de Résistance et d’Émancipation.

 

La contestation constructive

Premier principe, la contestation constructive. La contestation de cette société est salutaire mais ne suffit pas. Promouvoir quotidiennement les idées permettant d’en changer, tout à la fois donne de la légitimité à la contestation et commence déjà à construire l’avenir.  

La contestation de l’ordre actuel est le socle de l’action de toute force politique qui se donne pour ambition d’aider celles et ceux qui veulent des transformations sociales profondes à se rassembler et à rassembler dans les meilleurs délais et la meilleure proportion les 99% environ qui ont objectivement un intérêt immédiat à ces changements profonds et peuvent devenir à leur tour conscients de leur urgente nécessité.

Cela commence par être aux côtés de celle et ceux que tel ou tel effet de la crise met en colère. Non pas pour en rester à la colère qui n’est pas bonne conseillère, mais pour aider à légitimer cette contestation, montrer qu’elle a du sens, pas seulement pour les plus en colère, mais pour toute la société.

Cela passe par la connaissance et le décryptage, le plus en amont possible, des projets de traités, de lois, de décrets, inspirés par les détenteurs privés de capitaux et les personnes qui bénéficient des dominations actuelles, montrer en quoi ils prolongent les rapports de domination et la crise qui en découle.

Cela passe par l’humour, par l’effort pour ridiculiser les égoïsmes sociaux, en montrer la vanité au regard de tout ce qui fait la valeur de la vie humaine et du vivant en général et au regard des dangers qui guettent l’humanité toute entière.

La simple addition des colères ne fait pas un rassemblement politique transformateur. Elle peut faire l’objet des pires récupérations électoralistes et partisanes. De même l’enfermement dans la seule dérision et la seule contestation tous azimuts, sans perspective de construction et d’espoir, peut relever d’une sorte de fuite devant les responsabilités à prendre. Elle peut faire aussi l’objet des mêmes récupérations électoralistes et partisanes.

Contestation oui, mais contestation constructive. Au sens où d’un même mouvement nous voulons montrer qu’autre chose est possible, qu’il existe des expériences et des propositions qui prennent le contre-pied des décisions politiques et économiques dominantes d’aujourd’hui. Contestation constructive aussi, au sens où nous voulons investir les lieux de décision pour mettre la main dans les gestions, infléchir les choix, faire prendre des délibérations et décisions qui enfoncent un coin dans le pouvoir de l’argent, dans le pouvoir patriarcal, dans les discriminations, dans le tout-sécuritaire et dans les logiques de guerre.

 

Le principe de non-violence

Deuxième principe, la non-violence. L’accumulation d’armes et de moyens coercitifs par les Etats, tout comme la nécessité de rassembler à la fois vite et durablement les 99% environ d’êtres humains qui ont un intérêt immédiat aux changements révolutionnaires, rendent aujourd’hui ce principe plus que jamais incontournable.

Si le mot « communisme » date des révolutions des 18ème et 19ème siècles, d’où l’action  violente n’était pas exclue, c’est d’une aspiration pacifiste très forte que sont nés les « partis communistes », il y a 100 ans, au sortir de la terrible boucherie de 1914-1918, pour se distinguer notamment des partis d’origine ouvrière et révolutionnaire qui avaient sombré dans l’union sacrée des classes exploitées avec leurs nationalismes respectifs.

Certes, existaient alors des appels aux soldats à retourner leurs armes contre les généraux mais c’était bien dans le but d’en finir plus vite avec cette guerre effroyablement meurtrière et destructrice.

Aujourd’hui que l’accumulation d’armes peut détruire plusieurs fois toute vie sur terre, quel sens cela aurait-il de retourner les armes contre les exploiteurs de l’humanité toute entière ? D’autant que les dirigeants garants de l’ordre établi dotent les états de moyens sophistiqués qui leur permettent de surveiller les populations et de réprimer manifestations et mouvements sociaux sous le moindre prétexte, de manière souvent préventive et très disproportionnée par rapport aux éventuelles animosités venues des personnes en lutte.

Rassembler majoritairement suppose que la non-violence soit en tous points privilégiée.  Plutôt qu’employer nous-mêmes la violence, faisons en sorte de rendre la violence institutionnelle au service de l’ordre établi, la plus illégitime possible aux yeux du plus grand nombre.

Il est d’ailleurs significatif que le peuple palestinien en lutte contre le colonialisme aujourd’hui le plus puissant et le plus violent, opte de plus en plus pour la résistance non violente. Après l’intifada des pierres puis celle des bombes, maintenant l’intifada des marches pacifiques, à la rigueur intifada des gifles, « coups » certes mais si dérisoires et symboliques face aux soldats armés jusqu’aux dents et sur-protégés, bien plus proche donc de la non-violence et de ce qui en est le corollaire naturel, la désobéissance civile.

Dire cela n’impose pas de mettre sur un pied d’égalité la « violence » du désespoir, par exemple celle du salarié qui va renverser un bureau ou déchirer la chemise de son DRH pour défendre son outil de travail, son avenir et celui de ses proches, et la violence institutionnelle, celle qui utilise de manière préméditée et structurée les armes dites « anti-émeutes », les gaz lacrymogènes, les flash-ball,  tasers et autres grenades assourdissantes et qui criminalise l’action des responsables syndicaux pour réprimer les mouvements revendicatifs. Nous ne prônons pas la violence protestataire, contre-productive en terme de rassemblement, tout en sachant faire preuve d’une relative compréhension et indulgence - surtout dans ce contexte déjà socialement si violent de la part des dirigeants politiques ou économiques - à l’égard de celles et ceux qui ont pu être tentés ponctuellement de l’utiliser parce qu’ils et elles n’ont pas en main toutes les clés et l’expérience de l’action politique, notamment celle de la désobéissance organisée.                     

 

L’arme de la désobéissance

Troisième principe, la désobéissance. Les traités, les lois, les décisions gouvernementales et les stratégies des groupes capitalistes mettent de plus en plus en cause les droits fondamentaux inscrits dans les déclarations des droits, qu’elles soient française de 1789, universelle de 1948 et même, malgré toutes ses insuffisances, la charte européenne de 2000 incluse au traité de Lisbonne de 2007. Cela fait de plus en plus de la désobéissance un droit voire un devoir. Et elle peut être une arme redoutable si elle est de masse.  

A partir du moment où le principe de la non-violence est acquis, la désobéissance non-violente peut à la fois avoir une valeur exemplaire et devenir une arme redoutable dans le combat transformateur, dans la lutte révolutionnaire, surtout si elle est de masse, voire majoritaire.

Dans leur histoire, les communistes de France ont souvent été désobéissants. Ce fut le cas au début de la seconde guerre mondiale où, avant de mener eux-mêmes des actions violentes en réaction à une répression sanglante, ils refusaient de renier leur parti alors interdit, distribuaient ses tracts, appelaient à condamner et saboter l’action de l’occupant nazi et des collaborateurs pétainistes. Attitude d’autant plus courageuse à l’époque que chacune de ces actions pouvait leur valoir la peine de mort, aussi bien de la part de l’occupant nazi que de l’état collaborationniste auquel la majorité des députés de tous les autres partis parlementaires avaient donné les pleins pouvoirs.

Cela a été le cas pendant les guerres coloniales - même si en tant que parti, le PCF a toujours cherché à rester dans le cadre légal - avec les soldats du refus dont il a contribué à faire admettre et comprendre l’action, ou avec les porteurs de valises dont beaucoup en ont été membres et dont il couvrait l’action, dont ses éléments dirigeants avaient connaissance.

C’est encore le cas aujourd’hui en France, dans une autre mesure, avec par exemple les maires, presque toujours membres du PCF, qui prennent chaque année à la fin de la trêve hivernale des arrêtés contre les procédures inhumaines d’expulsions locatives ou de coupures de fourniture d’énergie pour des familles en difficultés financières bien que chaque année, ces arrêtés soient cassés par les tribunaux à la demande des préfets. On peut faire le même parallèle avec les communes de France de différentes sensibilités, qui prennent des délibérations ou des arrêtés contre la pose des compteurs communicants Linky, cette aberration économique qui expose à de nouveaux champs électromagnétiques des millions de personnes qui n’en ont pas fait le choix et accompagne la diminution de la présence humaine du service public par la mise en place de dispositifs technologiques exagérément intrusifs.  

Les campagnes de boycott à caractère politique, telles la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions pour en finir avec la colonisation israélienne, peuvent être considérées elles aussi, au-delà de leurs objets spécifiques, comme de salutaires actions de désobéissance à l’injonction consumériste en même temps qu’à la norme capitaliste de la concurrence libre et non faussée.  

Les programmes présentés ou soutenus par les communistes en France aux récentes élections nationales, demandaient que l’État refuse d’appliquer la « règle d’or » budgétaire fixant à 3% le maximum annuel de déficit des comptes publics. Ils demandaient donc à l’Etat… de désobéir aux traités européens qu’il avait signés malgré une opposition populaire majoritaire exprimée par référendum en 2005.

Nous encourageons les actions de désobéissance à des directives qui contreviennent gravement aux droits de l’homme et freinent le développement des solidarités, telle l’action, qui force l’admiration, des personnes qui aident et accueillent les migrants réfugiés refoulés dans les Alpes.

Nous sommes avec les lanceurs d’alerte, avec les faucheurs de chaises dans les banques pour dénoncer l’évasion et l’optimisation fiscales, avec les faucheurs de céréales OGM, avec les zadistes qui occupent et font vivre les espaces dévolus à des projets contrevenant aux impératifs  écologiques majeurs.  

Dans la période cruciale qui s’annonce et face à ce que nous pouvons de plus en plus qualifier de dictature financière, des actions de désobéissance massive capables de rapidement et profondément changer la donne ne sont absolument pas à exclure. Une force politique résolument de gauche, une gauche debout, se doivent de les soutenir, de les encourager, de mettre en évidence leur  légitimité, de leur donner du relais dans les institutions.

 

La démarche unitaire

Quatrième principe, l’union. Les démarches hégémoniques à gauche sont dépassées. Elles ne sont d’aucune efficacité en termes de rassemblement durable. Seule a de l’avenir la recherche déterminée et continuelle de l’union. Une union qui n’impose pas aux personnes ayant vocation à se rassembler de renier préalablement d’où elles viennent.   

Aucun changement profond et durable, susceptible de faire sortir la société du capitalisme dominant, n’est possible sans rassemblement majoritaire, conscient, de celles et ceux qui y ont intérêt. Il est donc incontournable que toutes celles et ceux qui veulent un tel changement s’unissent. Celles et ceux qui veulent un tel changement sont déjà très nombreux. Mais beaucoup pourtant ne s’engagent pas. Parce qu’ils et elles pensent ces changements impossibles, en tous cas à court terme. Ils et elles continuent même, soit à voter pour des formations qui s’opposent à ces changements ou les freinent, soit souvent à s’abstenir, laissant élire les candidats les moins disposés à favoriser ces changements. Or bien souvent la raison qui pousse le peuple à penser que ces changements ne sont pas possibles est l’image de désunion que donnent les formations qui se positionnent sur les valeurs les plus sociales, écologiques et démocratiques.

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », ainsi se concluait le manifeste du parti communiste publié par Marx et Engels en 1848. Dans le même état d’esprit nous voulons que s’unissent toutes les victimes du capitalisme, toutes celles et ceux qui aspirent à un monde débarrassé des dominations, quels que soient le pays où elles vivent, mais aussi leur statut au regard du travail ou de leurs condition de séjour, l’origine de leur famille, leur religion ou leur absence de religion, leur genre ou leur orientation sexuelle, leur type d’habitat…

Nous voulons aussi unir toutes celles et ceux qui veulent que cela change en profondeur quelle que soit la formation politique dans laquelle ils ou elles se sont reconnus plutôt  jusqu’alors, quelle que soit les figures politiques ou historiques qui sont leurs références, quelle que soit le syndicat, l’association écologique, féministe, citoyenne, de lutte contre les discrimination ou de défense d’intérêt collectif dans laquelle ils ou elles sont ou ont été un temps engagées.

La tentation est grande chez une formation politique dont les membres pensent en principe qu’elle est la meilleure, non pas de s’unir au quotidien avec les formations politiques participant aux mêmes combats émancipateurs mais de vouloir les supplanter. Non pas de faire de celles et ceux qui n’adhérent pas à un parti des acteurs à part entière du rassemblement et des décisions qu’il doit prendre mais de simples supporters, y compris face à des formations considérées comme concurrentes. Communistes, nous sommes très largement vaccinés de cette ancienne et désastreuse tradition hégémonique à gauche. Au contraire, notre boussole c’est l’union, l’union la plus large sur les contenus transformateurs, sans avant-garde auto-proclamée, sans parti-guide.

L’union ne veut pas dire taire la critique. La critique de telle position prise à un moment donné par tel partenaire renforce l’union, la vivifie. Mais la critique dans l’union ne peut être qu’une critique constructive. Elle ne supporte pas les généralisations hâtives et abusives, les raisonnements par analogie, les amalgames, les jugements portés en bloc contre une formation partenaire, a fortiori les attaques ad hominem et les qualificatifs insultants. Elle supporte difficilement la polémique à l’intérieur du camp transformateur, qui tend à faire perdre le fond de la critique et stérilise la dynamique unitaire. Réservons les démarches les plus polémiques et cinglantes aux adversaires de toujours des changements transformateurs, le grand patronat, les hommes et les femmes de droite, les tenants acharnés du libéralisme économique qui squattent tant les micros et les supports de communication dominants.

Oui, pour permettre au mouvement populaire transformateur d’arracher des victoires décisives, il nous faut être unitaires pour deux, comme nous le disons parfois, mais aussi pour trois, pour quatre et bien plus encore si nécessaire !

 

Une éducation populaire à revivifier

Cinquième principe, l’éducation du peuple par le peuple. Le mouvement populaire transformateur a beaucoup à apprendre de sa propre expérience. Cet  apprentissage, nous voulons, nous avons besoin, de le stimuler avec davantage d’audace.

Il n’y aura pas d’émancipation possible sans prise de conscience majoritaire de l’objectif transformateur poursuivi. La seule conscience qu’il faut changer les dirigeants politiques actuels - dont on voit en France qu’elle intervient de plus en plus tôt dans la mandature concernée sans que cela ne modifie sensiblement son accomplissement - ne peut suffire. Le croire, conduirait encore à de lourdes déconvenues, comme nous en avons déjà connues. Le dégagisme ne fait pas une orientation politique efficace à terme. Il risque de ne préparer le terrain qu’aux révolutions de palais.

La prise de conscience dont il est nécessaire qu’elle devienne majoritaire aujourd’hui est celle des solutions à mettre en œuvre pour sortir de la crise et remettre l’humanité sur le chemin du progrès.

Elle n’est pas affaire de génération spontanée. C’est pourquoi la transmission des savoirs, des savoir-faire, la diffusion des informations et des idées sont fondamentales, hors de l’emprise d’un système médiatique appartenant largement à de grands capitalistes et d’institutions éducatives officielles aujourd’hui largement dominées par des objectifs de rentabilité à court terme des apprentissages et par une prégnance très forte de l’idéologie économiste libérale.

Nous parlions au 20ème siècle d’éducation populaire. Revivifions ce concept, actualisons-le, donnons-lui de la fraîcheur. Avec l’aide de tous les outils modernes et vivants d’aujourd’hui : diaporamas commentés et vidéos didactico-ludiques, conférences gesticulées,  happenings, ateliers d’écriture revendicative et politique… et tant d’autres qui sont à inventer.

 

La démocratie comme but, donc comme moyen

Sixième principe, la démocratie. Pas de rassemblement majoritaire conscient sans démocratie. Nous avons la démocratie comme but, c’est aussi pour nous le seul moyen d’atteindre ce but.

La démocratie sans laquelle aucune orientation législative et gouvernementale, la meilleure soit-elle, ne sera partagée et appropriée par le peuple - seul moyen d’en faire une force irrésistible vis-à-vis de ce qui restera de forces réactionnaires - doit aussi être dès aujourd’hui un outil majeur, une force, du rassemblement transformateur. 

Sans démocratie, qui fait qu’à chaque moment le ou la citoyen·ne sait ce qu’il est en train de décider, il n’est pas de rassemblement majoritaire conscient.

C’est pourquoi pour nous, la démocratie est à la fois but et moyen.

Il y a donc des espaces à inventer, à proposer de co-organiser avec toutes les forces collectives et individuelles intéressées, pour décider ensemble, forums, assises, états généraux, rassemblements, unions, fronts - les dénominations ne sont pas ce qui importe le plus - dans lesquels peuvent trouver toute leur place différentes formations à caractère politique et sociales et des personnes qui ne sont membres d’aucune.

Mettons à la disposition de cette démarche démocratique les moyens vivants et modernes d’aujourd’hui : Votations citoyennes, espaces numériques collaboratifs pour préparer les moments forts, ruches pour préparer les textes et décisions qui doivent émerger de ces moments forts, etc… Tirons par exemple le meilleur de l’expérience du mouvement Nuits Debout, la capacité d’écoute et de communication non-violente.

Rejetons les polémiques inutiles et l’esprit de chapelle qui dans l’histoire, ont fait tant de mal au mouvement émancipateur de l’humanité.

Nous retrouvons malheureusement trop encore aujourd’hui ces défauts dans les échanges sur certains réseaux sociaux, facilités par le fait que les algorithmes de ces derniers privilégient la rencontre avec celles et ceux qui nous ressemblent et par conséquent le sentiment biaisé que celles et ceux qui n’ont pas la même démarche que nous sont forcément marginalisés, politiquement à la ramasse.  

Privilégier la démocratie cela veut dire aussi nous affranchir de tout culte de la personnalité et plus généralement, contrer la personnalisation outrancière de la politique favorisée par les médias dominants et le présidentialisme inhérent en France à la 5ème république. Cela veut dire faire prévaloir les élections de liste - voire une part de tirage au sort - sur les scrutins uninominaux et les cooptations de personnes « qualifiées », la collégialité sur le pouvoir personnel. Nous voulons subvertir l’élection présidentielle au suffrage universel direct et revaloriser celle des députés qui sont censés faire la loi, et marquer ainsi, dans des formes à inventer ensemble, que la nouvelle république à laquelle nous aspirons, ce n’est pas seulement pour des lendemains qui chanteront, mais qu’il convient de la préfigurer dans les actions et démarches politiques d’aujourd’hui.

 

L’organisation fondée sur la libre association

Septième principe, l’organisation fondée sur la libre association. Il convient de construire le parti de ce nouveau communisme et les rassemblements nécessaires pour transformer la société avec toutes celles et ceux qui veulent agir pour cela.

Il n’y a pas d’action collective possible sans organisation. Un club de football, une association de pêcheurs, de tarot, de défense des locataires, une organisation syndicale, pour mener à bien les actions correspondant à leur objet, répertorient leurs adhérents afin de pouvoir les contacter facilement et qu’ils et elles puissent avoir ainsi accès aux informations auxquelles leur adhésion leur donne droit sur les activités et initiatives, et décident démocratiquement des orientations de l’organisation concernée. Elles fixent des tarifs de cotisations. Elles élisent pour un temps donné des dirigeants qui peuvent changer si l’assemblée générale en décide ainsi.

De même, il n’y a pas d’action collective politique durable possible sans organisation politique. A fortiori quand elle n’est pas seule à agir sur le terrain des idées mais doit faire face à des organisations adverses puissantes, organisations patronales, lobbies industriels, bancaires ou assurantiels, partis de droite ou d’extrême-droite dont un des objectifs principaux est toujours le maintien d’un système socio-économique sous dominante capitaliste.  

A la différence des associations, le parti politique est toujours une organisation nationale, qui peut elle-même être rattachée à des espaces politiques internationaux. Le mouvement transformateur y a d’autant plus intérêt que les enjeux sont aujourd’hui planétaires et que les choix à combattre ou à promouvoir sont de plus en plus souvent des choix internationaux et souvent pour ce qui concerne la France, européens. La seconde différence est que l’organisation politique est une organisation dont la tendance est généraliste à la différence de la plupart des associations qui sont spécialisées.

Le lien entre l’adhérent et l’organisation politique n’est donc pas aussi évident qu’entre l’adhérent et son association de proximité ou thématique. Il n’y a jamais d’assemblée générale au niveau national mais des congrès qui fonctionnent à plusieurs niveaux, avec des délégué·e·s, tout comme d’ailleurs les grosses fédérations associatives à caractère régional ou national.

Pour autant nous voulons construire un parti communiste nouveau fonctionnant beaucoup plus encore comme une confédération d’associations de communistes locaux et de réseaux communistes d’entreprises, de secteurs d’activités ou thématiques.

Nous voulons utiliser beaucoup plus les outils vivants et modernes de démocratie que sont par exemple les vidéo-conférences, les espaces numériques collaboratifs qui aideront à prendre collectivement les bonnes décisions au bon niveau au bon moment, à enrichir les écrits et les argumentaires, évidemment sans mettre de côté, bien au contraire en les réactivant, écriture et distributions de tracts et organisation du porte-à-porte.

Une autre différence de fait avec l’association est que des personnes peuvent se retrouver pour un bout en accord avec le parti politique et être prêtes à participer avec lui à telle action sans pour autant vouloir, en tout cas tout de suite, être adhérentes, voire pour certain·e·s en restant adhérentes d’une autre formation politique.

Voilà pourquoi nous voulons, à côté de l’organisation politique reposant sur l’adhésion et la cotisation, animer le plus possible d’espaces permettant d’agir et décider avec d’autres, ensemble. C’est l’ambition qu’avait le PCF toutes ces dernières décennies lorsque ses organisations ont pris l’initiative de créer des espaces citoyens, puis des collectifs anti-libéraux, puis des fronts progressistes et citoyens avec l’expérience du Front de Gauche et de ses collectifs locaux et thématiques. C’est toujours cette démarche de fond qui nous anime. Car de même que nous n’abandonnons pas le beau mot de communisme, symbole de bien commun, à celles et ceux qui, issus de partis communistes, l’ont un temps caricaturé et sali, nous n’abandonnons pas cette démarche de rassemblement fondé sur la libre association, l’adhésion volontaire, le respect des cheminements antérieurs, sous prétexte que les formes qu’elle a prise à tel ou tel moment ne lui ont pas permis de tenir les promesses que nous en espérions dans les délais attendus.

Oui, nous voulons que puissent se reconnaître dans le parti communiste français, que puissent se dire soit « c’est le parti qui me correspond le mieux » soit « c’est un parti avec lequel j’ai envie de partager des initiatives pour un bon bout de temps», aussi bien le salarié ou la salariée qui conteste les choix stratégiques de sa direction d’entreprise et veut avoir les moyens de bien travailler, l’agent du service public en lutte contre une privatisation, mais aussi la paysanne bio en AMAP, l’autoentrepreneur coopérateur, l’activiste féministe, l’associatif qui milite contre les discriminations ou auprès des réfugiés et migrants, la militante acharnée du développement durable et de l’environnement, celui de l’association de solidarité avec les plus démunis, l’initiateur d’une école démocratique, la fondatrice d’un projet d’habitat participatif, le désobéissant, la zadiste, l’étudiant ou la lycéenne qui découvre l’action politique en même temps que l’action revendicative contre le renforcement de la sélection à l’Université… Que puissent s’y reconnaître aussi de la même manière naturelle des personnes de confession chrétienne, musulmane ou juive, des athées, des agnostiques, des bouddhistes, des personnes adhérentes à des syndicats qui au plan national peuvent être aujourd’hui en concurrence, des personnes qui ont été et se sentent toujours plus ou moins anarchistes, trotskistes, sociales-démocrates, mitterrandistes, proches de ce qu’on a appelé l’écologie politique, des personnes qui ont fait les campagnes électorales récentes uniquement dans le cadre strictement arrêté par la France Insoumise, des personnes ayant une fibre sociale et écologique qui ont pu croire un temps en France au pragmatisme prétendument ni droite ni gauche du Modem ou de La République En Marche ou de personnalités qui s’y étaient ralliées et sont aujourd’hui déçues et ne veulent plus cautionner la politique d’Emmanuel Macron, et bien sur toutes les personnes qui se vivent et se pensent  communistes, qu’elles soient aujourd’hui dans ou hors du PCF…

Et si parmi toute cette diversité de personnes, une partie décide de devenir membre du PCF ce sera bien sûr pour le prendre tel qu’il est, mais surtout pas pour qu’il reste tel qu’il est aujourd’hui. Ce sera pour le transformer avec celles et ceux qui en sont déjà membres. Sur la base des convictions et avec les principes d’actions qui viennent d’être énoncés. Pour qu’il soit beaucoup mieux un outil majeur de rassemblement transformateur, révolutionnaire. Ce sera pour le construire avec nous, ce beau, utile et sans doute indispensable, parti communiste de notre temps pour notre pays, contribuant lui-même à l’affirmation et à la permanence d’un mouvement révolutionnaire et communiste mondial pour les temps cruciaux qui viennent.

 

 

Écrit en juillet-août 2018 dans divers lieux de France

 

 © V. Liechti © V. Liechti

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