A mes ami·e·s qui avez envisagé de vous abstenir le 26 mai

Principalement à l’intention de mes ami·e·s de gauche, anticapitalistes, écologistes, salarié·e·s, auto-entrepreneurs ou artistes de condition non friquée…, qui avez envisagé de vous abstenir le 26 mai, voici mes raisons de penser qu’il y a beaucoup mieux à faire, avec le vote Ian Brossat.

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Vous avez fait et vous vous apprêtez peut-être à confirmer ce choix de l’abstention grosso modo à partir des considérations suivantes :

  • Vous pensez que le parlement européen ne sert pas à grand-chose, qu’il ne décide de rien, que c’est la commission de technocrates de Bruxelles qui décide de tout – ou les chefs d’Etat (autre variante, qui rejoint la précédente puisque les commissaires sont nommés par les chefs d’Etats élus plus ou moins directement par le peuple dans chaque pays, il n’est pas inutile de le rappeler) alors vous vous demandez pourquoi voter et si votre vote actif ne légitimerait pas quelque part ce système injuste.
  • Vous avez envie d’envoyer bouler Macron et pas pour autant de favoriser Le Pen alors vous pensez qu’en vous abstenant vous les enverrez promener tous les deux.
  • (souvent cumulable avec le 2). Vous auriez bien voté pour un truc bien à gauche, bien anticapitaliste, bien écolo, bien en lien avec les 99% dont vous faîtes partie qui subissez de plein fouet la toute puissance et l’arrogance des maîtres du CAC 40 amis du président et enjôleurs de parlementaires godillots mais les divisions à gauche vous exaspèrent et vous avez envie de leur dire merde à tou·te·s (sous-entendu a fortiori pour cette élection-là qui n’a pas autant d’enjeux que d’autres et la boucle est bouclée).
  • Vous vous dîtes que les listes en présence, les élus en général dans cette république, ne vous ressemblent pas, ne vous représentent pas, d’ailleurs vous en avez assez d'une démocratie uniquement représentative, vive le RIC et la bise au chien (OK je prends des raccourcis mais c’est pour qu’on passe plus vite à la suite).

 

Personnellement je ne vous suivrai pas, je voterai pour la liste conduite par Ian Brossat. Je vous appelle donc juste à lire le petit développement qui va suivre et si vous voulez, on en discute, j’ai du temps le midi, un peu le soir et même la nuit, toute la journée de samedi et dimanche jusqu’en milieu d’après-midi.

  • Le Parlement européen, il est vrai, a eu longtemps peu de pouvoir. Essentiellement consultatif. Bref, personne n’était obligé de suivre son avis. Ce n’est plus le cas depuis le traité de Lisbonne. Et dans un très grand nombre de domaines importants pour la vie quotidienne, une directive de la Commission a besoin d’un vote favorable du parlement Européen pour pouvoir s’imposer aux États. Et oui, à côté d’une pléthore de points négatifs, ce traité, largement pourri jusqu’à la moelle, avait quand-même un aspect intéressant. Il faut dire qu’alors que tout l’argumentaire favorable au traité était fondé sur l’idée fédéraliste et son corollaire d’abandons de souveraineté nationale (qui peut d’ailleurs se comprendre, je pense à quelques questions planétaires cruciales qui se contrefichent de nos petites frontières) ça faisait quand même tache que le parlement fédéral élu au suffrage universel continue à n’avoir aucun pouvoir réel ! Comme quoi même chez l’adversaire de classe le plus redoutable on finit toujours par trouver une faille dans la stratégie (ça c’est pour celleux qui parmi les catégories citées en chapeau seraient de surcroît un peu marxistes et il y en a davantage qu’on ne peut le croire, surtout de nos jours). À titre d’exemple, le 4ème « paquet ferroviaire » qui ouvrait à la concurrence les lignes SNCF nationales et régionales n’est devenu une « loi » européenne à Strasbourg qu’à une majorité de 24 voix. Dans tout ce travail de fourmi, toujours en lien avec le monde syndical, associatif, coopératif, pour tenter d’obtenir autant que faire se peut des majorités d’élus, et surtout des majorités de terrain susceptible de peser sur les votes des élus, ou tout simplement des informations déterminantes pour les mobilisations et luttes populaires, les parlementaires européens communistes français sortants et ceux des précédentes mandatures ont joué un grand rôle, ont travaillé d’arrache-pied. Ils ont aussi été à l’initiative de la création du groupe Gauche Unitaire Européenne et du Parti de la Gauche Européenne qui rassemble la gauche radicale de 26 pays dont 22 de l’UE. Petite précision pour celleux qui verraient le mot « gauche » à partir d’une vision très franco-française, le PS et EELV ne font partie ni de ce groupe ni de ce parti car dans beaucoup de pays ils n’ont plus besoin de se dire de gauche (peut-être parce que les partis communistes y sont moins représentés c’est une hypothèse que je laisse à votre appréciation). Cela dit la plupart des partis verts des pays nordiques ont choisi, eux, le groupe gauche unitaire européenne où siègent les élus issus du PCF plutôt que celui où figurent les Verts français parmi lesquels le très inénarrable ordo-libéral Cohn-Bendit). Enfin, si cette élection était si peu importante, on se demande pourquoi il y a quelques semaines, on aurait fait sortir de la naphtaline Valéry Giscard d’Estaing (qui est quand-même le grand-père fondateur du traité de Lisbonne instituant la « concurrence libre et non faussée » comme principe supérieur au social, à l’écologie voire à la démocratie - excusez du peu - pour nous dire, dans une interview reprise en boucle par tous les médias possédés par les milliardaires que cette élection « ne réglera pas un certain nombre de problème » que le seul pouvoir du parlement européen - contre toute vérité voir plus haut - n’est «qu’être associé au processus législatif et exercer un pouvoir de contrôle » et que « cette élection donne lieu à une agitation inutile » ? En décrypté,  « ceux qui sachent, votez si vous voulez, les autres, circulez y a rien à voir ! ».
  • Contrairement à ce que tous les médias dirigés par des milliardaires nous laissent entendre, il n’y a aucun duel Le Pen-Macron dans cette élection, sauf à en faire une sorte de répétition générale de la configuration que l’un comme l’autre appellent de leurs vœux pour la future présidentielle. Et oui, il ne s’agit pas cette fois d’un deuxième tour dans un scrutin uninominal mais d’une élection de liste à la proportionnelle intégrale à un seul tour. Intégrale sauf que les listes qui font 4,99% ou moins n’ont aucun député alors que celles qui font 5,00% ou plus en ont au moins 4. Ce serait quand même un rien ballot et particulièrement injuste, par notre abstention, de prendre le risque de ramener le nombre de  député·e·s cocos français à zéro, eux·elles qui nous ont alerté·e·s sur tant de dossiers à commencer par le TCE en 2005 jusqu’au non majoritaire (je rappelle, des mois avant-même d’obtenir un référendum, la publication intégrale du projet de traité - par l’Huma dont l’éditeur est le PCF - alors que bien des voix « autorisées » nous disaient à l’époque que c’était très complexe, trop technique (en gros le citoyen lambda était trop neuneu pour apprécier la chose) et qu’il s’agissait juste de voter pour ou contre « l’idée européenne »).
  • Si vous trouvez que vous êtes mal représenté·e, justement l’élection proportionnelle est celle qui permet le mieux la représentation de la diversité, au moins celle des opinions. Or des élections proportionnelles intégrales ça ne court pas les rues, c’est même la seule à l’échelle nationale dans notre pays. Ça serait ballot là encore de rater l’occasion, surtout qu’elle n’est pas tout à fait intégrale puisqu’il y a la barre des 5% voir plus haut. Or le Parti Communiste, du point de vue de l’opinion qu’il exprime sur l’Union Européenne telle qu’elle se construit depuis 40 ans, a toujours été cohérent et fidèle à un principe simple : non aux traités libéraux, oui à une Europe sociale et pour cela, il faut transformer profondément la construction européenne actuelle. Pour exprimer pleinement cette opinion aujourd’hui, les communistes n’ont pas eu besoin ni de changer de nom, ni de sortir de leur parti pour en créer un autre. Leur opposition radicale à cette Europe-là ne date pas du traité constitutionnel européen. Elle était particulièrement vigoureuse au moment du traité de Maastricht au début des années 1990 (300000 exemplaires de l’Humanité diffusés avec le texte intégral du traité, bataille de pétitions pour obtenir un référendum.) Traité qui transformait la communauté économique en Union Européenne et mettait l’économie et la création monétaire entre les mains d’un banque centrale indépendante des pouvoirs démocratiquement élus et très dépendante des « CAC 40 » de tous les pays, en même temps qu’il instutionnalisait une longue cure d’austérité pour tous les budgets publics et sociaux. Pour mémoire, à l’époque le Parti Socialiste alors au pouvoir avait commencé par refuser le référendum et une fois que le rapport de forces dans l’opinion l’avait contraint à l’organiser, avait appelé à voter oui. Y compris par exemple un certain Jean-Luc Mélenchon, sénateur qui faisait alors partie de sa direction nationale et ne se privait pas de faire personnellement campagne en ce sens, d’abord contre la tenue du référendum, puis pour le oui. Cependant que le jeune François Asselineau fraichement sorti de l’ENA, se préparait à une carrière dans les cabinets de ministres de droite très euro-libéraux tels Gérard Longuet ou Françoise de Panafieu. L’opposition des communistes à l’Europe libérale, elle, n’a même pas commencé en 1992, puisque le PCF a été le seul parti parlementaire à voter en 1986 contre le premier grand traité libéral appelé « Acte Unique Européen », qui instaurait la liberté totale de circulation des capitaux et ouvrait entre autres tous les marchés publics à la concurrence européenne au détriment de la proximité et de la préférence à l’économie locale. Pour mémoire à l’époque, il y avait la proportionnelle par département aux législatives (ça n’a duré que deux ans) et le FN comptait 35 députés, votant ce traité comme un seul homme  conjointement avec les groupes parlementaires de droite et de gauche… à la seule exception des groupes communistes de l’assemblée nationale et du Sénat ! Ian Brossat dit partout que le PCF est le seul parti de gauche à avoir voté contre tous les traités. Je me permets d’ajouter qu’il n’est pas que le seul parti de gauche, il est le seul parti tout court !
  • Toujours si vous pensez être mal représenté·e, Ian Brossat est le seul dont la moitié des colistier·e·s·sont ouvrier·e·s ou employé·e·s, la liste qui comprend par exemple en bonnes positions le fidèle des ronds-points depuis l’acte 1 Mamoudou Bassoum qui est monté sur le podium pour chercher sa médaille d’or de champion d’Europe de taekwondo en gilet jaune, la romancière prix Goncourt Mariam Madjidi, réfugiée iranienne qui ne parlait pas un mot de français en arrivant dans notre pays, beau pied-de nez aux discours anti-immigrés, Arthur Hay, fondateur du premier syndicat de coursiers à vélo, Franck Saillot ouvrier à la papeterie Arjowiggins en lutte contre la liquidation de l’entreprise, Elina Dumont militante associative qui a été SDF pendant 15 ans ou encore en deuxième position l’ouvrière du textile pendant 43 ans Marie-Hélène Bourlard, celle-là même qui a acheté une action pour pouvoir aller prendre la parole et dire ses quatre vérités devant son licencieur-en-chef, l’homme le plus fortuné de France et champion de l’optimisation fiscale Bernard Arnaud. Cependant que le comité de soutien est présidé par Lassana Bathily, le héros de l’attentat de l’hyper-casher de Vincennes qui, à l’époque était… travailleur sans-papier. Je n’évoquerai pas longtemps Ian Brossat lui-même. Au-delà du fait que voter pour une tête de liste à la fois communiste, d’origine juive et gay c’est faire grincer les dents au CAC 40, aux racistes et à la Manif pour tous et que ça ne me déplait pas, pour parler plus sérieusement je connaissais déjà sa combativité comme élu de Paris pour que cette ville continue d’accueillir du logement pour tous et prioritairement dans les quartiers où il y en avait le moins, et j’ai découvert dans cette campagne un homme de terrain, très à l’écoute du peuple dans sa diversité, maîtrisant une grande variété de dossiers, un homme à la répartie particulièrement pertinente et percutante, un homme de conviction et de belles valeurs. Il y aura besoin d’homme et de femmes comme lui et ses colistier·e·et de communistes toujours présents à l’échelle nationale et européenne pour reconstruire une perspective de changement politique susceptible de mettre enfin un terme à l’inféodation des pouvoirs politiques au grand actionnariat et faire renaître l’espoir de jours meilleurs, pour l’humain et la planète !
  • Enfin, je sais qu’il y en a parmi vous qui, de la même manière qu’il leur est arrivé de choisir tel candidat lors d’élections à deux tours, par calcul plutôt que par conviction, entendent aussi cette fois s’abstenir par calcul, avec l’espoir qu’en nous abstenant beaucoup, nos dirigeants entendraient mieux le message. Ce n’est pas un bon calcul, parce que l’élection européenne est déjà, depuis qu’elle existe, celle pour laquelle les électeurs s’abstiennent le plus, et les deux dernières, en 2009 et 2014, encore davantage que les précédentes. Si cela avait changé quoique ce soit en bien dans les politiques nationales et européennes, nous nous en serions déjà aperçu·e·s depuis longtemps ! Ce n’est pas un bon calcul non plus car tous les grands banquiers, les gros actionnaires, les milliardaires, les jeunes nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, les addicts de l’optimisation fiscale à grande échelle, eux, iront tous voter. Dans le sens le plus conforme à leurs intérêts. Alors si vous voulez vraiment faire un calcul, je vous en propose un autre : en votant pour la liste Ian Brossat, vous contribuer à élire des députés combatifs, rassembleurs. Au moins 4 d’un coup. Et du même coup, au vu des intentions de vote qui semblent s’exprimer, la probabilité la plus forte est que cela fera battre deux députés macronistes et deux députés lepénistes. Ça peut valoir le coup. Mais personnellement je n’aime pas trop les calculs politiciens et je trouve qu’il y a largement assez d’éléments convaincants dans la liste Ian Brossat, pour faire progresse l’Europe des gens face cette Europe de l’argent qui nous fait si mal.

Je vous remercie de votre attention.

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