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Billet de blog 5 décembre 2011

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Au tord boyaux

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La langue française a quelques expressions du genre « tord boyaux », « avoir les tripes nouées ». Et d’ailleurs les mots pour désigner les viscères ont quelque chose d’irrégulier de tordu : tripe, tripoux, boyaux, chinchulines en espanol. L’origine du mot tripe est dans l’anglo-saxon strippe, qui a donné stripe en anglais : ruban de cuir.Cette étymologie est en réalité physiquement importante.Les objets plats, et fins dans la direction qui est plate, comme une règle graduée, ou les objets très allongés dans une direction, sont faciles à plier. Une façon de les plier est de les pousser longitudinalement, ce qui provoque un phénomène appelé flambage (rien à voir avec le feu). On pousse le long de la surface, mais l’objet plie perpendiculairement à la surface. Il existe de nombreux exemples de tels flambages. Un exemple usuel est la canette écrasée. Un autre exemple, assez pertinent en ces préparatifs de fête de Noël, est le ruban de paquet cadeau. Dans ce cas, on frotte avec le bord d’une lame une face du ruban. Cette face s’allonge, tandis que l’autre face ne s’allonge pas. Une force longitudinale apparaît qui fait friser le ruban.Un autre exemple est celui des empreintes digitales : la surface de la peau plie sous l’effet d’un dégonflement de la surface des doigts, vers la 11e semaine de gestation (j’en ai déjà beaucoup parlé, trop même, les recherches sur les empreintes digitales ne sont pas publiques).

Une façon simple de produire un flambage de ce genre est de dérouler un rail de colle sur du caoutchouc tendu. Tendez le caoutchouc de 50%, laissez la colle durcir une heure, puis relâchez le caoutchouc. Vous obtiendrez de surperbes fronces évoquant les empreintes digitales le cerveau les boyaux etc.

Il y a quelques semaines est paru un bel article de Savin et al. montrant que les boyaux plient sous l’effet de la force exercée par une petite membrane collée à eux, qui s’appelle le mésentère. Le tuyau intestinal s’allonge davantage que le mésentère, ce qui met « en contrainte » le tuyau et le plie. La conséquence est un ensemble de plis tordus, qui contribuent à positionner les boyaux dans le ventre.

En fonction des paramètres physiques du tissu : élasticité et vitesse de croissance essentiellement, les boyaux sont plus ou moins frisés, comme on peut le voir chez des souris, des poulets des éléphants. Les chercheurs ont mesuré finement les élasticités relatives et les taux de croissance du mésentère et de l’intestin, et produit une loi physique valable pour tous les animaux étudiés. Ils ont calculé à 3D par éléments finis les structures des boucles.

Evidemment, la sélection naturelle passe derrière pour laisser vivre et prospérer les animaux qui ont des intestins assez longs, assez efficaces, assez bien rangés dans le ventre. Mais, comme pour la forme des fleurs, ou le plan d’ensemble des animaux, c’est la physique qui définit la forme, et le darwinisme lui-même ne sert à rien pour calculer la forme elle-même : le darwinisme passe après.(1) Savin T, Kurpios NA, Shyer AE, Florescu P, Liang H, Mahadevan L, Tabin CJ. On the growth and form of the gut. Nature. 2011 Aug 4; 476(7358):57-62.

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